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‘Racebending’ et diversité à l’écran : un business juteux?

L’utilisation d’acteurs issus de la diversité dans des rôles traditionnellement réservés à des Blancs est de plus en plus fréquente à Hollywood. Cela peut sembler être une forme de justice sociale. Toutefois, derrière elle se cache aussi vraisemblablement une volonté de rentabilité.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.media

Racebending vs Whitewashing

Aux Etats-Unis, on appelle racebending une pratique consistant à utiliser des minorités ethniques pour incarner des personnages traditionnellement blancs dans des fictions.

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On appelle aussi parfois racebending le phénomène inverse. Plus souvent toutefois, on donne un nom différent à ce dernier. Il s’agit de ‘whitewashing’ (‘lavage en blanc’).

Cette différence de terminologie traduit, pour certains observateurs, une différence de traitement. En effet, en quoi serait-il acceptable d’enlever à des Blancs ce qu’on considère comme inacceptable pour des minorités?

Ce genre de débat, qui rejoint celui de la supposée (in)existence d’un racisme anti-blanc, entraîne souvent des réactions violentes de frustration sur le net.

Idris Elba renonce à James Bond

Ces réactions ont eu raison de l’intérêt d’un acteur comme Idris Elba pour le rôle de James Bond.

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En juin 2019, le célèbre acteur britannique l’annonçait à nos confrères de Vanity Fair. En réaction aux propos haineux à l’idée d’un James Bond noir, il abandonnait l’idée d’incarner le célèbre agent 007.

Halle Bailey, une actrice noire pour interpréter la petite sirène

En juillet 2019, une autre annonce provoquait des réactions similaires. Disney choisissait Halle Bailey, une chanteuse noire américaine, pour incarner le rôle de la Princesse Ariel dans une comédie musicale de la Petite Sirène.

Des internautes exprimèrent le caractère inapproprié de ce choix. Le mot-dièse #notmyariel accompagnait les protestations. Leurs arguments étaient les suivants. D’abord, Ariel était une sirène blanche à peau rousse dans la version animée de ce récit datant de 1989. Ensuite,  le créateur de l’oeuvre originale, le conte La Petite Sirène, Hans Christian Andersen (1805-1875), était danois. La mythologie nordique aurait inspiré la rédaction de l’oeuvre. Il est fort possible qu’Andersen n’ait jamais cautionné qu’une femme noire incarne le personnage de la sirène Ariel.

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La chaîne de télévision Freeform appartient à Disney.

Dans un long message publié sur Twitter, la chaîne a défendu son choix. Le texte rappelle que si Ariel était danoise, il existe des Danois noirs. En outre, il s’agit d’un personnage imaginaire.

Le cas n’est toutefois pas isolé. Le racebending a récemment eu lieu dans des fictions historiques. C’est le cas du film Marie Stuart, Reine d’Ecosse (2018). De nombreux acteurs noirs et asiatiques y incarnaient des personnages centraux de la vie politique de le Grande Bretagne du 16ème siècle.

Certes, ce genre de pratique a le mérite de respecter la loi en donner leur chance à tous les acteurs indépendamment de leur origine ethnique.

La diversité à l’écran, une réalité plus rentable 

Toutefois, on peut se demander pourquoi on ne produirait pas plus de films et de séries historiques relatifs à l’histoire de minorités avec des castings ethniquement homogènes. Tout les acteurs obtiendraient du travail, l’histoire de chacun y serait respectée , les amateurs de vérité historique y trouveraient leur compte et tout le monde serait satisfait.

Cette option est toutefois peu considérée à Hollywood. Basons nous en effet sur le Hollywood Minority Report 2019. Selon ce rapport,  les films et séries au casting ethniquement homogène font moins recette que les castings avec une diversité ethnique. Les films et séries avec 31% à 40%  de leur distribution issue de la diversité ont connu les recettes les plus importantes à l’échelle mondiale. De même, les séries et films avec une distribution majoritairement issue de la diversité obtiennent à l’échelle mondiale les meilleurs retours sur investissement.

De quoi ajouter un autre facteur que la justice sociale au phénomène du racebending en faveur de la diversité à Hollywood: celui de l’argent.

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