SOCIÉTÉ

Les violences xénophobes anti-africaines sur le continent

Avant les Sud-Africains au 21ème siècle, nombre de populations et de pays africains se sont distinguées par des actions ou des décisions xénophobes à l’endroit de populations immigrées africaines.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.media

Les violences xénophobes en Afrique du Sud

Au 21ème siècle, la montée de la xénophobie des Noirs sud-africains vis-à-vis des immigrés noirs africains a été particulièrement médiatisée. Celle-ci a conduit de nombreux Africains à diaboliser les Noirs sud-africains en tant que peuple, voire à leur nier leur légitimités d’ ‘Africains’.

Pourtant, nombre de ces Africains  ignorent que leurs compatriotes se sont aussi livrés, au vingtième siècle, à des raisonnements similaires. Comme en Afrique du sud, ils ont conduit à des actes xénophobes envers des immigrants noirs africains dans leur pays. En voici quelques exemples.

1958 : Pogroms  anti-Dahoméens en Côte d’Ivoire

Durant la colonisation, les Dahoméens avaient été particulièrement réceptifs à l’éducation coloniale. Cette formation devait justifier le surnom donné au Dahomey (futur Bénin), de ‘Quartier Latin de l’Afrique’. De par leur formation, ils étaient souvent choisis pour occuper des postes administratifs ailleurs en Afrique de l’Ouest. D’autres y travaillaient dans le privé alors que les autres y étaient installés à leur compte. Accusés de s’accaparer les emplois du pays, ils s’attirèrent les foudres d’Ivoiriens. La Ligue des Originaires de Côte d’Ivoire, une organisation de jeunes chômeurs ivoiriens fut à l’origine d’une vague d’attaques xénophobes contre les Dahoméens, Togolais, Nigérians et leurs possessions entre le 24 et le 26 octobre 1958. La situation fut rapidement hors de contrôle pour les autorités. Ces 17000 étrangers furent expulsés de Côte d’Ivoire.

1969 : L’expulsion d’étrangers au Ghana

En 1957, le Ghana proclamait son indépendance de la Grande Bretagne. Douze ans plus tard, des tensions éclataient entre des commerçants étrangers, notamment nigérians et les populations indigènes. Les premiers étaient jalousés par les secondes à cause de leur succès économique. Ils étaient aussi critiqués pour leur supposée attitude déplaisante envers les Ghanéens. Sous la pression de Ghanéens, le gouvernement adopta des mesures protectionnistes réservant spécifiquement aux Ghanéens et en en excluant les étrangers. Suite à cette mesure, entre 900000 et 1200000 étrangers quittèrent le Ghana.

1983 : Le « Ghana must go » du Nigéria

Dans les années 1970, les pays du Golfe avaient mis en place un embargo envers les pays occidentaux et le Japon dans le contexte du conflit israélo-palestinien. Le Nigeria en avait profité pour s’enrichir s’était enrichi grâce à ses réserves de pétrole. Ce boom économique  avait entraîné l’arrivée de nombreux immigrants africains. Une décennie plus tard toutefois, la situation économique s’était détériorée. Les étrangers furent alors jugés responsables de cette situation ainsi que de la montée de la criminalité. Le président nigérian Shegu Shagari prit la décision d’expulser plus de 2 millions d’étrangers en 1983 et 300000 autres en 1985. Une grande partie de ces étrangers étant Ghanéens, cette exode est aujourd’hui connue sous le nom de ‘Ghana must Go’ (le Ghana doit partir), le slogan accompagnant la volonté nigériane de leur départ.

Cette liste n’est pas exhaustive. On pourrait par exemple lui ajouter les pogroms anti-Rwandais en Zambie en 2006 mis de manière opportuniste sur le compte d’accusations de crimes rituels. Tous ces actes de xénophobie afrophobes en Afrique résultent de frustrations  des populations locales liées à la situation économique  qu’instrumentalisent souvent les gouvernements masquer les échecs de leurs propres politiques.

 

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