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L’Afrique est le continent à l’urbanisation la plus rapide de la planète

Société

L’Afrique est le continent à l’urbanisation la plus rapide de la planète

Par Makandal Speaks

L’urbanisation de la majeure partie de l’Afrique avance rapidement, en particulier au sud du Sahara. Comme vous allez pouvoir vous en rendre compte, cela n’a pas que des avantages.

L’Afrique subsaharienne s’urbanise au rythme le plus rapide au monde. Ainsi, si l’on en croit le rapport de 2016 « Lions on the Move II » de McKinsey & Compagny, cabinet de conseil auprès des directions générales, l’urbanisation effrénée de l’Afrique s’expliquerait par une augmentation de la productivité du continent. Toujours selon McKinsey, « l’urbanisation a une forte corrélation avec le taux de croissance du PIB réel » et « la productivité dans les villes est plus de deux fois supérieure à celle des campagnes » [1]. La question qui nous interroge, pour notre part, serait de savoir si les infrastructures urbaines répondent de manière adéquate aux besoins d’une population en pleine expansion.

Un rapport récent du Financial Times, relatif aux avantages et aux inconvénients d’une urbanisation rapide en Afrique, s’est concentré particulièrement sur Bamako, la capitale malienne, l’érigeant en exemple de ce phénomène à l’échelle du continent [2]. L’article fait référence à une estimation de la Banque Mondiale selon laquelle la population de Bamako, s’élevant actuellement à 3,5 millions d’habitants, est 10 fois supérieure à celle de l’indépendance en 1960 [3]. Issa N’Diaye, professeur de philosophie à l’Université de Bamako estime que la croissance de la ville est « une catastrophe annoncée » qui constitue une véritable « bombe à retardement« .

Graphic show that Bamako in Mali is one of the fastest growing cities

Zones bâties urbaines et suburbaines et espaces ouverts urbanisés. sources : Atlas of urban extension. © Financial Times

Mais ce n’est pas tout, le professeur note par ailleurs que la ville ne dispose pas de cadastre (c’est à dire un document dressant l’état de la propriété foncière d’un territoire), même en plein boom immobilier. Cette explosion démographique se traduit par des prix du foncier élevés qui encouragent malheureusement la corruption. Saupoudrées à travers le rapport du Financial Times, de nombreuses statistiques sont particulièrement saisissantes. Par exemple, Somik V. Lall un économiste de la Banque mondiale en faveur du développement urbain en Afrique, observe que le continent Noir est désormais à 40% urbain, avec un PIB par habitant de 946,63 . Au moment où l’Asie a atteint ce niveau d’urbanisation, son PIB par habitant était de 3012,01 €.

Les statistiques sur le continent sont généralement basses, mais pour ceux qui ont l’habitude de voyager en Afrique, l’explosion de la population urbaine est une évidence tant elle se voit comme le nez (épaté ?) au milieu de la figure. Il en va de même pour les bidonvilles, le manque criant d’écoles, les pénuries d’eau à répétition ainsi que les routes non pavées. Les jeunes sans emploi sont légions et constituent, eux aussi, une véritable bombe à retardement notamment en terme d’instabilité politique. L’expérience prouve (comme dirait l’autre) que l’urbanisation ne peut être inversée, car peu de résidents sont disposés à retourner au village, à moins d’y être forcés. Cependant, aucun État africain ne dispose de moyens de coercition adéquats pour réduire sa population urbaine, comme ce fut le cas dans la Chine de Mao. L’urbanisation africaine se poursuivra et les pouvoirs publics disposeront de peu d’outils pour la gérer.

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Notes et références

[1] Jacques Bughin, Mutsa Chironga, Georges Desvaux, Tenbite Ermias, Paul Jacobson, Omid Kassiri, Acha Leke, Susan Lund, Arend van Wamelen, and Yassir Zouaoui ~ « Lions on the move II: Realizing the potential of Africa’s economies« , mckinsey.com, publié en septembre 2016.

[2] David Pilling ~ « African cities surge to top of global growth league« , ft.com, publié le 11 septembre 2018.

[3] « Africa’s Cities : Opening Doors to the World« , worldbank.org, publié le