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Christophe Raineteau : mercenaire, aventurier ou entrepreneur ?

Société

Christophe Raineteau : mercenaire, aventurier ou entrepreneur ?

Par Makandal Speaks

En mai-juin 2018, le nom du citoyen français Christophe Raineteau a été entendu dans presque tous les principaux médias africains en lien avec la dégradation de la situation en RCA. 

Christophe Raineteau : mercenaire, aventurier ou entrepreneur ?

Ces jours-ci l’histoire a continué.

Essayons de mener une analyse approfondie de la personnalité de Christophe Raineteau sur la base des sources ouvertes. Et répondre à la question : Christoph Raineteau, est-il mercenaire, aventurier ou entrepreneur ? Qu’est-ce que lui et ses congénères portent pour l’Afrique ?

Dominique Christophe Raineteau est surnommé « Alpha ». Citoyen français, né le 16 octobre 1969. Originaire des Gorges, près de Nantes. Il a reçu une formation économique à l’université de Hartford (University of Hartford, Cape Town, Afrique du Sud). De 1988 à 1993, il a étudié et vécu en Afrique du Sud.

Directeur général de l’entreprise Aruba Inc security.

Christophe Raineteau se positionne comme entrepreneur et expert en géopolitique africaine et en sécurité, à partir de 1998. Conseiller spécial de François Bozize, Président de la République centrafricaine (RCA) en 2003-2005. De plus, selon son profil LinkedIn, il a travaillé pour différentes missions au Niger, en Sierra Leone, en Côte d’Ivoire, en Crimée (lorsqu’elle faisait partie de l’Ukraine) et en Mauritanie.

François Bozizé 8 Jan 2013 © REUTERS/Luc Gnago

Les faits d’armes de Raineteau

Le 30 mai 2018 au cours de l’entretien détaillé (« Des ennemis de la paix œuvrent à la déstabilisation de la Centrafrique ») avec la chaîne de télévision France 24, le Président de la République centrafricaine Touadera a déclaré que les citoyens français, Bernard Cousin et Christophe Raineteau :

« manipulent certains hommes politiques, des groupes armés et une partie de la société civile en Afrique centrale dans le seul but de déstabiliser le régime démocratique de Bangui ».

En outre, selon le chef de l’Etat, ces sujets français communiquent régulièrement avec l’un des chefs rebelles Abdoulaye Hissen [1].

Abdoulaye Hissène

L’étape suivante c’est la mise en accusation officielle du Procureur général de la République centrafricaine, Eric Didier Tambo, du 3 juin 2018. Dans sa déclaration, le Procureur général a annoncé l’ouverture d’une enquête judiciaire contre deux Français après les violences entraînées la mort de 24 personnes et les blessures de centaines, le 1er mai 2018. En plus d’être proches des rebelles de Séléka, les Français sont accusés de collaborer avec le général Nimery Matar Djamous, surnommé « Force », et de former son équipe en matière de sabotage.

Nemery Matar Alias Force, Leader criminel de PK5 à Bangui

Les actes de terrorisme, les meurtres et la destruction de la sécurité intérieure de l’État font partie des dix paragraphes d’accusation. Un mandat d’arrêt international pour les Français selon ces accusations est en préparation pour soumission à Interpol. Dans sa déclaration, le Procureur affirme également qu’il a fourni au juge des preuves irréfutables sous forme de photographies et d’enregistrements audio. Les représentants officiels de la France n’ont pas réagi.

Position de Christophe Raineteau

Christophe lui-même a réagi le lendemain à ces accusations sur les réseaux sociaux.

« Je n’ai jamais cherché à déstabiliser le Président Touadéra, je me suis entretenu tout simplement avec l’ensemble des acteurs politiques du pays de l’opposition jusqu’à la majorité afin d’essayer de comprendre pourquoi ce pays ne cesse de dysfonctionner malgré la bonne volonté de nombre d’acteurs politiques. Je suis un analyste et un spécialiste de la sécurité, je ne suis pas un spécialiste de l’insécurité et du chaos. On a voulu me prêter différentes intentions aussi invraisemblables que déraisonnables… Je dis simplement la chose suivante que celui qui perd son temps à trouver des complots prenne son courage à deux mains et qu’il rassemble l’ensemble des Centrafricains autour de la paix !»[2]

Plus tard, dans une interview détaillée avec Presse-Océan, Christophe Raineteau a également déclaré sa non-culpabilité et a parlé de ses activités en Afrique. Raineteau se positionne comme un « aventurier humaniste » qui avait parcouru l’Afrique pendant 25 ans pour son entreprise. En outre, il refuse de se considérer comme « mercenaire » ou « agent de la France ».

Le 23 septembre 2018 dans une interview avec Presse-Océan Christophe Raineteau déclare :

« Aujourd’hui, j’ai repris toutes mes activités de conseil en géopolitique africaine. Les chefs d’entreprise avec qui je travaille m’ont maintenu leur confiance et j’ai eu des assurances de la diplomatie française : je voyage sans craindre une interpellation mais, pour l’instant, j’évite encore la Centrafrique »[3].

Jean-Serge Bokassa

Il a également dit qu’il avait toujours « des intérêts dans la RCA ». Il convient de noter que Jean-Serge Bokassa fait partie des personnes de poids qui ont confirmé les compétences de Raineteau en tant que manager (sur sa page officielle du réseau social de contacts professionnels LinkedIn)[4]. Thierry Simbi, journaliste de Bangui, écrit également sur les liens significatifs de Christophe en RCA existant aujourd’hui.

« Christophe entretient des liens étroits avec Clément Ndotizo, chef du 7ème arrondissement de la capitale Bangui. Chef de la société Fox Security, Clément Ndotizo fait partie de la majorité présidentielle. Il fait partie de ceux qui ont travaillé directement pour le président Touadera lors des dernières élections à l’Assemblée nationale en mars 2018. Christophe Raineteau est donc connecté avec des personnes du cercle restreint de Touadera ».

À l’appui de ses propos, le journaliste poste des captures d’écran des photos qui sont déjà supprimées de la page de Christophe, montrant un lien informel entre le Français et la famille de Clément Ndotizo.

Clément Ndotizo

Ces faits réfutent également les propos de C. Raineteau lui-même. En effet, il affirme ne pas être en République centrafricaine depuis 14 ans déjà (les photos de Christophe Raineteau publiées dans un certain nombre de médias africains avec les armes à la main, entouré de militants de la Séléka, font pourtant référence à la période).

Détention de Raineteau à Madagascar.

Apparemment, Madagascar est devenu la prochaine cible (ou la missions de la part des services de renseignement français ?) d’un Français entreprenant. Christophe Raineteau n’a pas annoncé son séjour sur l’île. Il y était sur en décembre. Cette visite coïncidait avec les élections du Président de l’île dont les gagnants ont été accusés de non-légitimité par les médias français. Puis il est revenu en février. Au moment de son retour, le 5 février 2019, un mandat d’arrêt international avait déjà été émis à son encontre par la Cour centrafricaine du 20 décembre 2018. Après être arrêté à l’aéroport d’Ivato, les autorités malgaches ont tenu Raineteau pendant près d’une semaine. Puis, une délégation des représentants des forces de sécurité centrafricaine est arrivée à Antananarivo. Cependant, samedi soir, le 9 février 2019, Madagascar a préféré extrader le détenu à l’ambassade de France. Le juriste Sandra Martin-White commente ce qui se passe pour l’édition Lanouvellecentrafrique [5]:

« Durant sa garde à vue à l’aéroport d’Antananarivo, la France a hésité. Le laisser aux centrafricains pour jugement, ou le sauver ? Paris s’en fichait un peu, des gilets jaunes à gérer. Et c’est là qu’il y a eu pression “très amicale” sur le gouvernement malgache pour le libérer et ne surtout pas le remettre à la justice centrafricaine. Donc, vous vous doutez bien qu’il ne sera pas ensuite expédié en RCA pour être jugé. Nous sommes dans des rapports de force habituels de la Françafrique. Comme disait Bismarck, la Force prime le Droit ». Une autre édition africaine écrit :« C’est à cause de la pression exercée par Paris que le Premier ministre malgache a accepté et ordonné l’envoi de Raineteau en France. Bien que précédemment il a été prévu de le transférer aux autorités de la République centrafricaine, dont les représentants sont déjà arrivés à Antananarivo pour arrêter le criminel »[6].

En outre, cette édition ajoute que Bangui n’a pas apprécié ce droit lorsque la France accepte de ne faire que ce qu’elle veut, en crachant un mandat international de la RCA pour Christophe Raineteau.

Fin heureuse (?)

Le 7 janvier 2019, Raineteau a annoncé sur sa page Facebook la publication de son livre intitulé : « Ma biographie légendaire» (I’m Legend Biography). On suppose que Raineteau adhère aux vues d’extrême droite et, dans une certaine mesure, suit le chemin du « roi des mercenaires » Bob Denard (qui, comme on le sait, avait agi dans l’intérêt de la France et avait collaboré avec les services de reconnaissance française). La dernière tentative d’intervention dans la politique d’un des pays africains (le 27 septembre 1995 aux Comores, tentative de coup d’État armé) avait été faite par Bob Denard à l’âge de 65 ans. Christophe Raineteau n’a que 60 ans. Il a toute la vie devant lui ?

L’ancien mercenaire Bob Denard.

Leçons pour l’Afrique

La France, dont les anciennes colonies africaines trouvent la paix tant attendue, est jalouse des succès remportés par d’autres États. La France a l’habitude de considérer le continent africain comme un territoire d’influence inconditionnelle. L’apparition de la Russie et de la Chine et leur succès en Afrique ne plaisent pas au Paris officiel. Pour tenter de regagner son influence d’antan, la France a recours aux services d’un type douteux – de divers aventuriers et de véritables criminels.

Cette pratique existe depuis de nombreuses années. Au cours de la seconde moitié du 20e siècle, des centaines de « soldats de la fortune » venus d’Europe avaient participé à des dizaines de coups d’État en Afrique. En effet, ils s’ingéraient dans la vie intérieure de nombreux États et avaient utilisé les opportunités offertes par les grandes entreprises occidentales à des fins personnelles. L’extradition légale et équitable de Christophe Raineteau à la justice de la RCA mettrait fin pour toujours à cette pratique perverse. Cependant, dans une longue histoire, ce n’est que des points de suspension.

Notes et référence :

[1] Abdoulaye Hissen, chef du Front populaire pour la renaissance de la Centrafrique, ancien commandant de campagne de Séléka, général et chef de la milice contrôlant le quartier PK5 à Bangui, où la plupart des musulmans vivent dans la capitale de l’Afrique centrale. Une des parties aux accords de paix de Khartoum en République centrafricaine (entre les dirigeants des groupes armés anti-Balaka et ex-Séléka).

[2] «Je n’ai jamais cherché à déstabiliser le Président Touadéra, je me suis entretenu tout simplement avec l’ensemble des acteurs politiques du pays de l’opposition jusqu’à la majorité afin d’essayer de comprendre pourquoi ce pays ne cesse de dysfonctionner malgré la bonne volonté de nombre d’acteurs politiques. Je suis un analyste et un spécialiste de la sécurité, je ne suis pas un spécialiste de l’insécurité et du chaos. On a voulu me prêter différentes intentions aussi invraisemblables que déraisonnables… Je dis simplement la chose suivante que celui qui perd son temps à trouver des complots prenne son courage à deux mains et qu’il rassemble l’ensemble des Centrafricains autour de la paix!»

[3] Océan : vous êtes désormais libre de vos mouvements ? Christophe Raineteau : «Le président centrafricain Touadéra, qui m’avait nommément accusé sur France 24 d’être le commanditaire de l’attentat du 1er mai à Bangui (NDLR : 26 morts et plus de cent blessés, mitraillés dans une église), a eu l’intelligence de se rendre compte que je ne pouvais pas être mêlé à cette tuerie. Son renoncement à transmettre le mandat d’arrêt est un aveu… Aujourd’hui, j’ai repris toutes mes activités de conseil en géopolitique africaine. Les chefs d’entreprise avec qui je travaille m’ont maintenu leur confiance et j’ai eu des assurances de la diplomatie française : je voyage sans craindre une interpellation mais, pour l’instant, j’évite encore la Centrafrique»

[4] Jean-Serge Bokassa, fils du dictateur centrafricain Salah Eddine Ahmed Bokassa. Sous la présidence de François Bozize, Bokassa a été nommé ministre de la Jeunesse, des Sports, des Arts et de la Culture en avril 2011. Il a occupé ce poste jusqu’à l’an 2013. Àux élections présidentielles de décembre 2016, il s’est présenté sans succès aux élections. Il a ensuite soutenu la candidature de Touadera au deuxième tour organisé en février 2016. Touadera a remporté les élections et, après son entrée en fonction, il a nommé M. Bokassa au gouvernement en tant que ministre de l’Intérieur, de la Sécurité publique et de l’Administration territoriale en avril 2016.

[5] «Durant sa garde à vue à l’aéroport, la France a hésité. Le laisser aux centrafricains pour jugement, ou le sauver ? Et finalement, c’est la cellule africaine (datant de la coloniale) du Quai D’Orsay qui a tranché. Paris s’en fichait un peu, des gilets jaunes à gérer. Et c’est là qu’il y a eu pression “très amicale” sur le gouvernement malgache pour le libérer et ne surtout pas le remettre à la justice centrafricaine.Donc, vous vous doutez bien qu’il ne sera pas ensuite expédié en RCA pour être jugé. Nous sommes dans des rapports de force habituels de la Françafrique. Comme disait Bismarck, la Force prime le Droit.»

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