SANTÉ

La césarienne est 50 fois plus mortelle en Afrique

La césarienne représente une intervention sur trois en moyenne en Afrique. De plus, le taux de mortalité néonatale après cette opération chirurgicale est le double de la moyenne mondiale.

La césarienne est 50 fois plus mortelle en Afrique

Pour ceux qui ne seraient familier du terme, la césarienne c’est l’utilisation de la chirurgie dans le but de mettre au monde un bébé. Cette technique est souvent nécessaire lorsqu’un accouchement par voie vaginale met le bébé ou la mère en danger (travail obstrué, jumeaux, etc). Il est important de savoir que l’Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande que la césarienne soit pratiquée uniquement lorsque cela est médicalement nécessaire [1].

Le taux de mortalité lors des opérations chirurgicales est deux fois plus élevé en Afrique qu’en moyenne dans le monde.

Ainsi, le journal The Lancet Global Health a publié vendredi 15 mars 2019, une étude d’observation de plus de 3 500 mères de 22 pays africains. Celle-ci révèle que le taux de mortalité maternelle (indice statistique de la mort maternelle) après une césarienne en Afrique pourrait être 50 fois supérieur à celui des pays dits riches [2]. En effet, le taux de mortalité maternelle semble être nettement plus élevé que prévu.

  •  5,43/1 000 opérations (sur la base de 20 décès après la césarienne sur 3 684 mères africaines étudiées),
  • contre 0,1/1 000 opérations au Royaume-Uni.

Une femme sur 6 a eu des complications au cours de ce type d’intervention chirurgicale (17,4%, 633 femmes sur 3 366), soit près de 3 fois plus que les femmes américaines (6,4%, 85 838 femmes sur 1 339 397 ont présenté une complication). Toujours selon cette étude, les saignements préopératoires et postopératoires sévères représentaient la complication la plus fréquente chez les femmes en Afrique et concernaient 3,8% des mères (136 sur 3 612).

De plus, les résultats soulignent le besoin urgent d’améliorer la sécurité de l’opération. Les mères ayant eu ces symptômes étaient plus susceptibles de mourir après une césarienne:

  • des complications placentaires préopératoires,
  • une rupture de l’utérus,
  • des saignements avant la naissance,
  • des saignements obstétricaux sévères au cours de la chirurgie
  • des complications de l’anesthésie

Les améliorations médicales possibles

Le professeur Bruce M. Biccard, de l’Université du Cap, en Afrique du Sud, qui a dirigé l’étude, souligne les nombreuses lacunes du système médical.

« L’amélioration des résultats chirurgicaux de la césarienne pourrait considérablement améliorer la mortalité maternelle et néonatale, ce qui entraînerait des gains clés pour la santé dans le monde. Nos résultats pourraient potentiellement éclairer les interventions visant à améliorer la sécurité des césariennes pour la mère et le bébé, notamment l’identification précoce du risque (par exemple, risque de saignement), la réduction du seuil d’utilisation des médicaments utilisés pour traiter l’hémorragie post-partum, en particulier là où la disponibilité de sang est faible; amélioration de l’accès au sang et aux produits sanguins ayant une longue durée de vie, et méthodes innovantes de formation des anesthésistes non médecins, y compris une assistance en ligne et des applications mobiles.  » [3]

Les recherches antérieures sur les césariennes et la mortalité maternelle en Afrique n’utilisaient que de petits échantillons de données. Elles n’ont pas étudié les facteurs de risque associés nécessaires pour éclairer les interventions visant à améliorer la sécurité de cette opération chirurgicale. L’étude de The Lancet Global Health visait à combler ces lacunes en répertoriant la mortalité et les complications maternelles chez 3 792 femmes ayant accouché par césarienne avec ou sans intervention.

L’étude a également révélé que le taux de mortalité néonatale (décès dans les 28 premiers jours de la vie) après césarienne en Afrique était le double de la moyenne mondiale. En effet, pour l’ensemble des accouchements en 2016, la moyenne était de 19/1 000, tandis que le taux enregistré dans l’étude était de 44/1 000 naissances (sur la base de 153 décès sur 3 506 naissances vivantes).

Enfin, l’étude de The Lancet Global Health souligne tout de même les progrès substantiels qui ont été accomplis au cours des 20 dernières années dans la réduction de la mortalité maternelle, y compris en Afrique. Néanmoins, des disparités globales persistent à tous les niveaux de soins obstétricaux.

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Notes et références

[1] « WHO Statement on Caesarean Section Rates« , who.int, publié en 2015

Panafricaniste dans l’âme, j’œuvre à mon humble niveau à réunir les membres de la grande famille africaine à travers le monde.

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