« Saloum », un western spirituel 100% africain

Trois mercenaires, des paysages à couper le souffle, un scénario mêlant plusieurs genres cinématographiques… Il n’en faudra pas plus pour être conquis. Pour son second long-métrage, le scénariste-réalisateur franco-congolais Jean-Luc Herbulot présente “Saloum”, un film brut et poétique dans un climat 100% africain, en salles depuis ce 25 janvier. 

Un slalom entre les genres

“Il est temps à mes yeux que l’Afrique trouve à son tour un genre qui lui soit propre, et comme il paraît que nos cartes se situent au sud… Le southern est né” déclare Jean-Luc Herbulot. Dès la première séquence de “Saloum”, après un prologue des plus mystérieux, le réalisateur nous plonge dans une ambiance totalement déjantée, à la sono percutante ponctuée de vifs mouvements de caméras.

Sur fond de coup d’Etat sanglant, nous suivons à la trace Chaka (Yann Gaël), Rafa (Roger Sallah) et Minuit (Mentor Ba), un célèbre groupe de mercenaires surnommé les Hyènes de Bangui, venu exfiltrer de Guinée Bissau un narcotrafiquant mexicain. Désormais en cavale, ces héros-gangsters tentent de faire profil bas en attendant de rejoindre Dakar. Ils trouvent refuge dans un camp de vacances reculé du Sine-Saloum, une région aride située au sud du Sénégal, où ils tentent de se fondre parmi les vacanciers en se faisant passer pour des exploitants aurifères. 

Saloum
Chaka et Awa.

Voilà pour l’intrigue. Du moins c’est ce que nous pensions. Car, au fur et à mesure que nous suivons la progression scénaristique de ce long métrage à la sauce Tarantino, l’atmosphère va peu à peu se teinter à coup d’habiles bascules narratives. Un dîner sous haute tension, qui introduit de nouveaux personnages tels que Awa, une jeune femme sourde-muette s’improvisant maître chanteuse, un capitaine de police ainsi que d’autres résidents de l’auberge, ouvre les portes à une ambiance à laquelle le spectateur ne s’attendait pas.

En un rien de temps, “Saloum” bascule dans le mysticisme et les ténèbres lorsque des esprits – inspirés de plusieurs mythologies africaines – tentent de s’emparer de chaque membre du groupe de vacanciers. Jean-Luc Herbulot parvient à semer un poil de confusion avec un cumule de genre sans que cela ne nuise à son récit. Bien au contraire. En passant du western à l’épouvante, le réalisateur nous prend par la main pour nous rapprocher de son point de mire : les enfants soldats. 

“Saloum”, un succès qui n’était pas garanti

Si “Saloum” se veut unique dans le genre, son chemin jusqu’aux salles obscures françaises n’était pas garanti. Lorsque Jean-Luc Herbulot et la productrice Paméla Diop entament le tournage au Sénégal en 2021, ils n’ont aucun argent public. Leur participation au TIFF (Toronto International Film Festival) dans la section Midnight Madness où “Saloum” est le premier film africain sélectionné, leur apporte les financements et la résonance médiatique dont ils ont besoin. “Nous avons présenté le film au TIFF sur la base d’un montage qui n’était pas abouti et où il n’y avait pas d’effets spéciaux. Les esprits étaient représentés par des acteurs qui portaient des costumes” confie Paméla Diop. 

Fort de ses décors pas une mise en scène d’une troublante beauté plastique, “Saloum”, qui se veut respectueux des traditions ancestrales africaines, introduit ses héros et ses mythes dans la modernité. Jean-Luc Herbulot qui espère créer un tout nouveau genre cinématographique propre à l’Afrique avec le Southern, livre un film original et atypique qui en vaut largement le détour. 

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