CULTURE

« Queen & Slim », savant mélange de romance et d’activisme noir

Pour son premier film, la réalisatrice Melina Matsoukas nous offre un véritable florilège de références militantes, une œuvre cinématographique produite par des activistes. Ce film d’amour qui est également un hymne de protestation face à l’oppression systémique outre-Atlantique fait de « Queen & Slim », un récit poignant, engagé et ultramoderne d’un couple de fugitifs noirs dans une Amérique raciste.

« Queen & Slim », savant mélange de romance et d’activisme noir

Depuis sa première diffusion mondiale au AFI Fest le 14 novembre 2019, le film « Queen & Slim » ne cesse d’attirer l’intérêt, tant il révèle un vaste phénomène de société et s’impose tel un électrochoc dans un pays toujours en proie aux tensions populistes et raciales.

Mais au-delà de l’enthousiasme qu’il suscite, confirmé par sa victoire aux Florida Film Critics Circle Awards et par ses nombreuses autres nominations aux Awards, « Queen & Slim » marque surtout l’entrée dans le monde du cinéma d’une réalisatrice qui va compter : Melina Matsoukas. Cheffe d’orchestre d’un premier long-métrage poignant, elle met en mouvement la plume de la scénariste Lena Waithe (connue pour être la première noire récompensée par le Primetime Emmy Award en 2017).

Ensemble, elles dressent le portrait de deux esclaves des temps modernes en fuite, qui, à la suite d’un premier rendez-vous Tinder embarrassant, se font contrôler par un officier quelque peu zélé. Le policier qui les arrête devient agressif et lorsque Queen, avocate, essaie de le filmer avec son téléphone, il lui tire dessus. Dans la bagarre qui suit, le flic est tué par légitime défense et le couple, uni par les circonstances, s’enfuit vers le Sud, fort symbole de liberté.

« Underground Railroad » … trip

Ce road trip tant dramatique que romantique, loin d’être une version afro du duo criminel «Bonnie and Clyde», apparaît plutôt comme un périple à travers un réseau de routes et de maisons complices établis à travers le sud des États-Unis. En cela « Queen & Slim » rappel les esclaves fugitifs qui, du début au milieu du 19ème siècle, arpentaient l’underground railroad afin d’échapper à la servitude vers les États libres… vers le Nord. Ce parallèle et renforcé, par le fait que la ville de Cleveland dans l’Ohio est le point de départ de Queen et Slim alors qu’elle représentait l’une des dernières étapes de l’underground railroad.

Ainsi, comme leurs homologues deux siècles auparavant, les deux compagnons d’infortune prennent tous les risques pour échapper au racisme de la société américaine. Traqués comme au temps du Fugitive slave act de 1850 (loi qui régissait les modalités de capture des esclaves évadés ainsi que leur retour à leur propriétaire), les deux héros seront aidés dans leur fuite par des sympathisants et des abolitionnistes blancs d’un nouveau genre, unis par les problématique sociales et raciales du « pays de l’Oncle Sam ». Face à la terreur que la police provoque, comme les Slave patrols en leur temps, la communauté noire fait preuve d’une grande solidarité.

« Protest Art » de l’expérience raciale afro-américaine

« Queen & Slim » déploie un récit à la fois très ambitieux et engagé, une longue et poignante course d’émancipation à la dramaturgie colorée, constituée de petit instants de bonheur ordinaires, tel cette séance d’équitation improvisée au bord de leur parcours vers la liberté. Mais ce qui frappe, ce sont les occurrences claires (parfois subtiles) à l’organisation communautaire, à l’activisme noir et à la lutte pour les droits civiques. Ainsi se côtoient la notion Support Black business, le radicalisme du New Black Panther Party, les mobilisations contre la violence et le racisme systémique envers les Noirs de Black Live Matters.

« Queen & Slim » est un véritable florilège de références militantes, une œuvre cinématographique produite par des activistes. Ce film d’amour et également un hymne de protestation qui aide à susciter des émotions de révolte chez le public mais qui en retour, peut augmenter le climat de tension et créer de nouvelles opportunités de dissidence. Pari réussi pour Melina Matsoukas et Lena Waithe qui nous offrent un film en passe de devenir un classique du cinéma noir.

Un casting de choix

Mais le coup de force du film tient surtout à son idée de casting qui consiste à faire incarner un couple improbable par Daniel Kaluuya et Jodie Turner-Smith qui brille dans son premier rôle au cinéma. N’oublions pas de saluer les prestations de Bokeem Woodbine, Chloë Sevigny, Sturgill Simpson ou encore Indya Moore.

La poésie du film ainsi que le jeu d’acteur résume tout le projet du cinéaste, qui raconte la naissance d’un couple au début difficile, libéré de la peur par la recherche effrénée de la liberté.

En attendant la sortie de « Queen & Slim », le 12 février prochain dans les salles obscures de l’Hexagone, nous vous proposons la bande-annonce :

VOUS AIMEREZ AUSSI :

Daniel Kaluuya et Jodie Turner-Smith dans « Queen & Slim »

Panafricaniste dans l’âme, j’œuvre à mon humble niveau à réunir les membres de la grande famille africaine à travers le monde.

Articles : 630