CULTURE

À Abidjan, de jeunes ivoiriens s’enjaillent autour de la Culture Générale

Par Dozilet Kpolo. Oui, à Abidjan, tu peux t’amuser autrement qu’en allant te faire marcher sur les pieds en boîte ou en prenant le maquis!

« C’est une famille…Chaque fois que je viens ici, ça se passe bien ! » reconnaît ce jeune homme presque ému aux larmes, dont l’anniversaire est célébré ce samedi 5 Octobre 2019. Ceux qui à la nuit tombée chantent joyeux anniversaire ! ne font pas partie de sa famille biologique mais plutôt de sa famille adoptive : celle de la Quizzine. Ce sont de jeunes gens issus différentes classes sociales qui se retrouvent régulièrement  pour tester leur culture générale autour d’un jeu de questions/réponses, networker et ensuite casser carreaux – danser jusqu’à épuisement.

Gros plan sur cette autre manière de s’enjailler à Abidjan, « le plus doux au monde ».

PROPOSER UN NOUVEAU CONCEPT

Les chefs, prêts à vous servir culture générale et bonnes vibes – La Quizzine

C’est sur la terrasse d’une maison située dans le quartier chic de la Riviera 3, dans Abidjan Nord, que cette nouvelle édition de la Quizzine a lieu en ce samedi après-midi.

Vêtements pour météo capricieuse

La météo capricieuse joue avec les nerfs des abidjanais dont le choix des vêtements oscille entre tee-shirts à mot d’ordre et habits manches longues. Le temps que les premiers participants fassent leur choix et arrivent en retard, les trois amis à l’origine de ce divertissement d’un autre genre répondent aux questions. Eux qui en posent d’habitude…

Brigade de lutte anti-ennui

Tee-shirt – avec logo du jeu – près du corps, dont les manches courtes dévoilent ses avant-bras tatoués, un jeune homme à lunettes commence à répondre aux questions : « C’était pour lutter contre l’Éloge de l’ennui pour reprendre tes termes » plaisante le quizzinier Loïc, au sujet d’une fiction parue il y a quelques années. Avant d’enchaîner : «…et puis les soirées on va dire qui donnent un peu trop dans le superflu et la beuverie ».  Puis, le jeune homme taquin, qui esquisse sourire malicieux, poursuit : « On voulait rassembler les gens autour de thématiques où au final ils vont réfléchir ensemble, apprendre des choses ensemble, tout en passant un bon moment ensemble et puis en faisant du networking ».

À chaque Quizzine sa thématique, donc. Celle d’aujourd’hui, c’est : la pop culture.

Est-ce que thème la pop culture ?

Toujours au sujet du pourquoi du comment, le deuxième Quizzinier complète : « Pour changer un peu des jeux d’alcool, aussi. Où les gens font rien de spécial si ce n’est boire ».

Cheveux courts, tee-shirt identique à celui de son ami de longue date Loïc, Junior, dont la grande taille l’oblige à se pencher vers notre téléphone/enregistreur, entre ainsi en scène.

Un projet de longue date.

« L’idée vient de deux moments différents » explique le longiligne jeune homme.

Loïc raconte cette période étudiante, à la fin des années 2000, où à force de traîner avec « des Blancs qui buvaient beaucoup » et « les Africains qui étaient trop dans le m’as-tu vu»,  son ras-le-bol le pousse à organiser des soirées à thème  « en forçant des gens qui se parlaient pas à se parler dans les soirées ».

Sur un ton enthousiaste et tonique, Junior déclare « son amour pour les jeux de culture générale et les jeux télé ». Cette même passion qui l’a « poussée à s’asseoir seul puis avec deux trois amis devant des jeux télévisés » avant d’en parler avec Loïc, Dodji et leur ami Michel.

Petit comité et team building.

Puis, ils multiplient les expérimentations à Abidjan, Assinie, etc., avant que le format actuel ne voie le jour. Cette forme-là rassemble des équipes tirées au sort qui s’affrontent, pour remporter le plus souvent des accessoires, réalisés par des créateurs locaux, places de cinéma et autres lots, le tout sous le crépitement des flashs. Ils ont récemment éprouvé cette formule-là lors d’un team building organisé pour l’Union Européenne.

À LA QUIZZINE, LE RIDICULE NE TUE PAS !

Junior en pleine explication, après le jeu – La Quizzine

Petite moustache bien taillée et poils clairsemés sur le visage, Dodji, le troisième de la bande, a lui opté pour le maillot de hockey des Almighty Ducks et ce violet assorti à ses Puma Suede. « Le premier quizz professionnel, c’était en 2017 » sert-il en guise de première intervention.

Les bises, bonjour !, comment ça va ? et autres signes de politesse des participants sont aussi nombreux que les interventions de certains pays européens dans les affaires courantes d’un pays d’Afrique sub-saharienne ! L’échange suit son cours.

F.C Réticence vs F.C Découverte

Au sujet de la plus grande difficulté qu’ils aient eue, Junior déclare après un hum ! pour accompagner la bise qu’il claque : « C’est la réticence des gens qui ne connaissent pas »,  appuyant bien sur le dernier mot.

« Ils veulent pas venir parce qu’ils se disent que c’est quelque chose de guindé, pour les intellos alors que c’est vraiment pas ça ! ». Puis, le chef Junior qui est aussi à la partie enjaillement de fin de soirée, derrière ses platines assure que : « Tous ceux qui sont venus la première fois, réticents ou pas sont restés ».

Nous, nous sommes venus, nous avons vu et nous sommes restés.

S’inscrivant dans la même lignée que son ami, le vrai-faux hockeyeur démarre lentement :

« Y a le mouvement abidjanais classique, c’est à-dire il y a déjà la peur du ridicule…Les gens vont systématiquement se sentir jugés sur le fait de ne pas connaître une capitale ».

Ensuite, il poursuit ses propos : « C’est pas un clan, c’est pas un mouvement, c’est pas un mouvement d’hipstérisme ! ». Contrairement au « Trivial Pursuit qui n’a pas considéré l’enfant qui est né à Danané (ville de l’ouest de la Côte d’Ivoire », les trois quizziniers ont conçu « un jeu hétérogène pour permettre à celui là-même qui a grandi dans un environnement plutôt sélect et puis soyeux de pouvoir tirer une expérience positive en côtoyant quelqu’un qui n’est pas forcément d’un environnement aussi aisé (ndlr) ».

Depuis qu’ils ont commencé cette aventure, il y a une demi-dizaines d’années, les trois amis en ont entendu des vertes et pas mûres. Captain Foufou – l’un des surnoms de Dodji – en partage une :

« Donc on va vous donner 10 000 pour que vous nous posiez des questions ?  ».

Ce soir-là, ils sont une quarantaine environ à avoir payer 10 000 francs CFA pour qu’on leur pose des questions.

PETITES TENSIONS ENTRE AMIS

C’est à seize heures quarante-cinq que la Quizzine commence, finalement.

Réunis en petits groupe de 4 à 5, voire 6 personnes, les quatre équipes s’affrontent dans une ambiance bon enfant.

Ne jamais crier victoire trop tôt !

Pensant connaître la réponse, quelques néophytes se lancent tête baissée dans le piège et répondent à tout bout de champ, collectant ainsi plusieurs – 1, sanction en cas de mauvaise réponse.

Rires intérieurs et moqueries audibles, ceux qui sont plus expérimentés, les regardent, s’amusent même devant tant de fougue juvénile. Ils ne font plus la même erreur depuis qu’il savent que : « zéro est mieux que moins un ».

Mauvaise foi à tous les étages !

Ce qui ne change jamais par contre, ce sont ces signes de mauvaise foi, ces contestations sur une réponse rejetée parce qu’incorrecte ou incomplète.

Ainsi, un participant voyant sa réponse rejetée parce qu’il a donné « Alphonse » au lieu de « Alfonso » pour  Al Capone a contesté/conteste/contestera jusqu’à la fin de la soirée. Arrivée en finale, une autre équipe incapable de finir dans les temps plaide pour la prise en compte d’une réponse…incomplète. Mais il en faut plus pour amadouer ces juges humains mais intraitables. C’est le costaud Dodji au ton mi-amical, mi-ferme qui remet de l’ordre, le plus souvent.

La Nuit est tombée et la petite tension inhérente à n’importe quel jeu de compétition aussi. Certains poursuivent les contestations sur fond sonore : On the Low de Burna Boy. Les au revoir !  précèdent bises et/ou poignées de main. Les plus bavards discutent sur leur classement.  « Met Arafat, il va danser ! » lance l’un d’entre eux. Junior passe derrière les platines avant de s’arrêter quelques minutes plus tard pour que le garçon à l’honneur dise : « C’est une famille…Chaque fois que je viens ici, ça se passe bien ! ».

Puis, la musique reprend ses droits et certains se font un devoir d’exécuter des pas de danse endiablés.

Ainsi se termine la Quizzine, en attendant le prochain rendez-vous du samedi 9 Novembre.