HISTOIRE

L’empire d’Oyo, le plus grand état yoruba de l’histoire

L’empire d’Oyo (actuels Nigeria et Benin) était l’un des plus puissants empires de l’histoire de l’Afrique.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.media

Quand?

La fondation de la ville d’Oyo-Ile, parfois appelée Old Oyo ou Katunga au centre nord de l’actuel Nigeria date du 10ème siècle environ. Elle deviendra progressivement un royaume, puis un empire. L’empire se désintégra après le saccage et l’abandon d’Oyo-Ile en 1835.

Qui? 

(Quelles populations?)

La population de l’empire d’Oyo était majoritairement de langue yoruba. A l’instar de beaucoup de rois yoruba, les descendants des empereurs d’Oyo prétendent descendre d’Oduduwa, le fondateur de la dynastie d’Ife.

 

empire d'Oyo

Lamidi Adeyemi III, souverain moderne d’Oyo intronisé en  1970

Lire aussi: L’ancienne civilisation yoruba  d’Ife

Cela dit, Oyo se situait à la frontière de la savane. Il était ainsi  en contact étroit avec des populations plus au nord comme les Bariba, les Nupe et les Haoussa. Beaucoup de ces populations, souvent musulmanes, eurent une grande influence sur Oyo. On sait que certains ambassadeurs d’Oyo, par exemple, parlaient et écrivaient l’arabe. Quelques uns des personnages d’Oyo les plus fameux sont les suivants.

(Quels personnages?)

D’abord, le légendaire Oranmiyan d’Ife, qui aurait fondé la dynastie d’Oyo. Ensuite, son fils Shango, que l’on divinisa après sa mort où il devint la divinité impériale d’Oyo, particulièrement associée au tonnerre et à la foudre.

l'empire d'oyo

‘Alaafin Shango’
Source : http://traditionsremixedauction.blogspot.com/2010/09/alaafin-shango

Egalement, le Premier Ministre Gaa, qui au 18ème siècle, usurpa le pouvoir de plusieurs souverains successifs avant d’être renversé par l’un d’entre eux, Abiodun. C’est sous le règne de ce dernier qu’Oyo connut son apogée. Enfin, Afonja,  un gouverneur de la province d’Ilorin, qui essaya au 19ème siècle de se rebeller contre l’autorité d’Oyo-Ile. Il fomenta une rébellion des musulmans de l’empire contre le pouvoir central. En 1817, Ilorin fit sécession de l’empire d’Oyo. Six ans plus tard, Afonja fut assassiné par ses alliés peuls musulmans.

Comment?

Parce que le succès d’Oyo est en partie du à sa position géographique. Il se trouvait en effet au terminus de routes trans-sahariennes et près de gisements de ressources naturelles auxquels les populations plus au sud n’avaient pas accès. Echanger ces produits contribua considérablement à enrichir Oyo. C’est notamment le cas de perles rouges, que l’on associait au pouvoir royal dans la région.  De même, Oyo bénéficia de sa position géographique pour importer des chevaux.

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Représentation d’un cavalier d’Oyo, actuelle République du Bénin, 18-19ème siècle

Ceux-ci n’étaient pas accessibles  dans les régions plus au sud. Elles n’y résistaient en effet pas aux mouches tsé-tsé. Avec ces chevaux, Oyo constitua une redoutable cavalerie. Celle-ci lui permit de dominer les armées des populations plus au sud, seulement composées de fantassins. Par son contrôle direct des ports côtiers du Golfe de Bénin, Oyo s’enrichit aussi par le biais de la traite des Noirs.

Pourquoi?

Parce qu’Oyo est le plus vaste état yoruba jamais créé. Il imposa en effet son pouvoir à un grand nombre de populations yoruba et aussi à des populations de langue Gbe. Les royaumes d’Allada, de Ouidah, de Tado et de Dahomey ont ainsi été ses vassaux. Comme tous les autres, ils devaient payer de lourds tributs annuels à Oyo.

Lire aussi: Le royaume d’Allada

En outre, Oyo pouvait ‘piocher’ dans les butins de guerre de ses vassaux et s’enrichir. Il pouvait aussi utiliser les armées de leurs vassaux pour régler certains de leurs différends politiques. Sur ordre d’Oyo, une armée de Dahomey incluant des Amazones défit ainsi celle de la confédération ashanti en 1764.

Son apogée eut lieu à la fin du 18ème siècle. Selon l’historien britannique Robin Law, à cette époque, son territoire s’étendait sur environ 46000 mètres carrés. Sa population dépassait alors probablement les 750000 habitants.

Où?

Oyo se développa autour d’Oyo-Ile, au centre-nord du Nigeria. Durant son apogée, il était délimité au nord par les royaumes nupe et bariba. A l’ouest Il l’était par les royaumes yoruba de Ketou, de Savè, de Porto Novo et du pays egba. A l’est, il l’était par des cités-états yoruba ekiti,  igbomina, ijesha ou d’Ife, d’Ondo et d’Ijebu. Oyo considérait ce territoire comme le coeur de l’empire. La périphérie était composée d’états vassaux comme le pays yoruba-egba et d’autres territoires de langue Gbe jusque dans l’actuelle République du Bénin.

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Plan approximatif de l’empire d’Oyo

Quoi?

Oyo était dirigé par un empereur, l’Alaafin (possesseur du palais). Celui-ci était accompagnés dans leur règne par des ministres, les Oyo Mesi. Ils étaient très puissants. Ils pouvaient forcer l’Alaafin à abdiquer et à se suicider s’ils le jugeaient inapte à régner. Le culte impérial d’Oyo était celui de Shango. L’Alaafin était son premier responsable. Tous les ambassadeurs et gouverneurs de provinces étaient initiés au culte de Shango. Ils faisaient respecter la loi de l’empereur en menaçant de faire tomber la foudre sur les populations locales.

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Le palais impérial d’Oyo, 19ème siècle

Le témoignage de voyageurs contemporains du 19ème siècle illustre la magnificence d’Oyo-Ile:

Hugh Clapperton : « Les poteaux supportant la véranda et les portes du palais royal et des maisons des dignitaires sont généralement sculptées en bas-relief avec des personnages. Les gens [d’Oyo-Ile] aiment orner leurs portes et les poteaux qui soutiennent leurs vérandas avec des sculptures ; et ils ont aussi des statues ou des personnages sculptés sur leurs poteaux et leurs portes… »

Richard Lander : « [Le temple principal de la capitale est] « le plus extravagamment orné de tous ceux de ce type dans l’intérieur de l’Afrique », bien qu’il en existe cinquante d’autres moins importants et décorés dans le reste de la ville. »

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Piliers de palais impérial d’Oyo-Ile et leurs bases (à droite) (près de 2 mètres de haut au total) fin du 18ème siècle (Crédit photo: Marc Rivière)

 

La fin de l’empire d’Oyo

Ce sont les intrigues d’Afonja, le gouverneur d’Ilorin mentionné plus haut, qui ouvrirent la voie à l’effondrement de l’empire d’Oyo. D’autres de ses  dépendances, comme Dahomey et le pays egbado gagnèrent leur indépendance dans les années 1820. Les Peuls d’Ilorin, désormais inclus dans le califat de Sokoto, rasèrent alors Oyo-Ile en 1835.

L’empire se désintégra finalement malgré des tentatives de le rétablir autour des villes plus méridionales d’Oyo (New Oyo) et d’Ibadan.

L’héritage d’Oyo continue toutefois à vivre. Le mot yoruba était à l’origine une désignation de l’empire d’Oyo par les Haoussa. De plus, le dialecte yoruba standard est principalement basé sur le dialecte d’Oyo. De même, les Egungun, revenants fameux du pays yoruba seraient originaires d’Oyo. Enfin, chez les Yorubas continentaux comme chez les Afro-descendants des Amériques, le culte de Shango est probablement le culte d’origine africaine le plus populaire.

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