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Rickman : un artiste en quête de ses racines

Société

Rickman : un artiste en quête de ses racines

Par Lindy

De son vrai nom Eric Bakaman, Rickman est un artiste Guyanais dont les morceaux ont fait le tour du monde. A 33 ans, ce mélomane reconnu a fait de sa culture un atout de séduction et une arme de transmission des savoirs. De ses origines à ses premiers succès, découvrez le portrait de cet Aluku en quête de ses racines.

Un artiste, une histoire.

Rickman est descendant de bushinengés. Ses parents sont Alukus. Les Alukus, les Djuka et  les Saramaka sont des bushinengés, littéralement « hommes des bois », qui ont fuit l’esclavage en se cachant dans la forêt pour créer leur propre communauté. Les Alukus ont été en guerre avec les Djuka et les Saramaka, qui avaient signé le traité de paix avec les colons, explique Rickman.

Il raconte l’histoire de ses aïeux : « Ils nous poursuivaient et nous pourchassaient. Notre village était situé  vers Maripasoula tandis qu’eux, ils étaient vers le Suriname. Ils ont tué notre chef, ils ont coupé sa tête. Mais ça s’était avant. » . Aujourd’hui toutes ces communautés vivent ensemble. Néanmoins, y a plus de Saramaka à Saint- Laurent et plus de Djuka à Kourou.

L’enfance à Maripasoula.

Maripasoula est une très belle commune qui accueille toutes sortes de personnes. Elle est accessible par avion ou par pirogue car il n’y a pas de route. Tout le monde  vit ensemble et partage tout : « Maripasoula c’est une commune sans frontières. C’est une commune française mais on trouve des produits qui viennent du Suriname, du Brésil, de la Guyane, de partout et ça soulage notre poche » décrit le chanteur.

Rickman a effectué sa scolarité chez les sœurs, en internat jusqu’à  la classe de troisième. Il a dû quitter Maripasoula car la commune n’abrite aucun lycée.  Il a donc rejoint celui de Max Joséphine, dans le centre-ville de Cayenne, pour y apprendre la plomberie.  C’est le début d’une passion, mais qui n’a rien à voir avec les études : « Quand je suis arrivé à Cayenne, j’ai découvert le Sound Système, musique d’origine Jamaïcaine. »

Premier sound system et premiers morceaux

Les sound system se déroulent chez Man Sérotte, boîte de nuit située dans la capitale. C’est la boîte à la mode. Rickman y est présent. Il  y accompagne son oncle mais à l’époque, il ne s’implique pas encore dans la musique. Tout commence quand il rencontre les membres de Magnum sound, un groupe qui l’inspire et fait décoller sa carrière. Il voulait faire du dancehall. Tête baissée gogo laro* (tête en bas, fesses en l’air) ou Boug pa gain fanm, famn pa gain boug  (Les hommes n’ont pas de femme et les femmes n’ont pas d’homme) sont ses premières créations qui vont bien fonctionner en Guyane.

Son premier morceau réalisé avec des jeunes de Maripasoula ne rencontre pas de succès auprès du public cayennais. Alors qu’il ne parle que le créole de la commune, il apprend le créole guyanais pour plaire au public du littoral : « On a commencé avec du rap, les sons bling- bling. A cette époque le rap donnait avec les sons de 50cents. On a fait des sons comme Siroté, tout moun ka siroté. Nous à la base on aime bien faire la fête. Je distribuais mes sons aux Dj ».

Le début de la reconnaissance

La carrière de Rickman s’installe petit à petit. Toutefois, cela ne l’empêche pas de viser un autre public. Sa collaboration avec l’artiste jamaïcain Turbo wine lui permet d’atteindre le million de vues sans passage à la tv ou à la radio.

Rickman connaît la consécration avec le titre Je suis un boni. C’est un mélange d’Aléké, un rythme bushinengé traditionnel, mêlé à des tonalités modernes. Le clip se démarque par son engagement : « Au début du clip je rappelle l’histoire de mes aïeux, notre culture et nos traditions. C’est pour rendre hommage à nos ancêtres et faire connaître cette culture au-delà des frontières de la Guyane.

Un devoir de mémoire

Tous les guyanais ne connaissent pas leur histoire, c’est le constat que fait Rickman : « Dernièrement, à Maripasoula, une institutrice m’a appelé pour que je passe dans sa classe afin d’expliquer à ses élèves, l’histoire des bushinengés. Je pense qu’il faut faire un programme scolaire pour apprendre aux Guyanais leurs origines. Il ne faut pas attendre que sur l’Education nationale ».

Pour cet artiste originaire du fleuve Maroni, il faut tout faire pour ne pas perdre cet héritage et assurer la transmission des danses, des rythmes et des rites et de la tradition, : « On est sortis du Ghana, de la Côte d’ivoire, du Congo, du Bénin pour se retrouver au Suriname, en Guyane. Tous ces pays représentent nos identités. Mon oncle, Jean Moomou, a écrit Le Monde des Marrons du Maroni en Guyane (1772-1860). Je me suis fait un devoir de transmettre son message.»

Une œuvre récompensée

Le titre Je suis un Boni a été récompensé à la cérémonie des Lindor (cérémonie qui récompense les meilleurs artistes guyanais). Toute la Guyane vibrait au rythme de ce morceau, découvrant les pas traditionnels bushinengés. Le succès est au rendez- vous, à tel point que naît le « Je suis un Boni challenge ».

Pour Rickman, heureux d’avoir reçu le trophée, la meilleure des récompenses reste la reconnaissance du public : « Même si je n’avais pas eu un Lindor, je n’aurai pas été déçu. Les gens m’ont déjà félicité avec le Boni challenge, j’ai eu la reconnaissance du public. » Père de famille et artiste prolifique, Rickman fait une pause musicale. Toutefois, le public est demandeur de ses tubes.  En attendant son prochain morceau, vous pouvez vous abonner à sa chaîne Youtube.