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Stérilité, ce mal que l’Afrique conjugue au féminin

Société

Stérilité, ce mal que l’Afrique  conjugue au féminin

Par Redaction NOFI

La question de l’infertilité, qui englobe la douloureuse situation de stérilité, reste centrale du point de vue social et relationnel. Faiblesse de la nature ou phénomène lié aux conditions de vie, cette problématique est un fardeau supplémentaire que la majorité de l’opinion, en Afrique et ailleurs, s’accorde à faire peser sur la femme, alors seule responsable de l’impossibilité de continuer la lignée. Sylvia Apata apporte quelques éléments pour détruire cette maldonne qui conjugue l’infertilité au féminin. 

Par Sylvia Apata

Si dans toutes les cultures du monde donner la vie est l’acte le plus important pour la perpétuité de la race humaine, en Afrique, la fécondité est un signe de bénédiction, un merveilleux évènement souvent entouré de rituels. La naissance d’un enfant dans une famille africaine est toujours saluée avec joie et reconnaissance envers Dieu et/ou envers les divinités tutélaires de la famille.

La progéniture comme essence du mariage chez les hommes

Dans l’Afrique profonde, l’on ne se marie pas uniquement pour partager les joies et les peines de son conjoint mais surtout pour avoir des enfants. De ce fait, la procréation est considérée comme l’objectif premier du mariage, son socle. Vous demandez à un africain « Pourquoi veux-tu te marier ? », il vous répondra tout de suite : « Parce que je veux fonder une famille, avoir des enfants. » La réussite d’un homme est donc d’avoir une femme qui lui donne beaucoup d’enfants. Les hommes dans leur généralité se marient le plus souvent pour avoir des enfants. Même si les femmes également le désirent, les hommes encore plus. Au point où devenir mère pour une épouse lui permet de renforcer sa position sociale vis-à-vis de son mari et de la communauté. Que se passe-t-il lorsqu’après deux à trois années de mariage, un couple n’arrive toujours pas à avoir des enfants ?

 

Le début d’un calvaire pour la femme

Quand l’enfant vient à manquer dans un couple, la femme est celle qui est tenue pour responsable de la stérilité de ce couple par son mari, sa belle-famille et son entourage. Monsieur, qui était doux et tendre envers sa bien-aimée devient son bourreau. Commencent à naître chez ce dernier des attitudes qui auparavant n’avaient jamais fait surface : il découche, devient de moins en moins bavard avec sa femme et dans les cas extrêmes devient violent, il va jusqu’à la battre pour tout et n’importe quoi. On passe donc de la stérilité physique, à une stérilité psychique. L’opinion dont plus de la moitié de la population, y compris ceux qui se trouvent être des intellectuel.le.s, incrimine la femme d’être à la base de l’infertilité du couple. Rares sont ceux et celles qui à l’heure actuelle appréhenderont ce type de situation autrement.

La fertilité, moyen d’expression de la virilité masculine

La sexualité faisant d’un africain une personne accomplie c’est-à-dire, un être capable de perpétuer la vie des ancêtres fondateurs du lignage ; être un homme à part entière signifie qu’il a acquis la qualité suprême de la force : donner la vie. Si bien que l’impuissance sexuelle de l’homme est considérée comme une malédiction. L’homme, à qui la société africaine reconnait la qualité de chef de famille, celui sur qui repose le pouvoir de perpétuer son lignage, ne peut en aucun cas être la cause de l’infertilité de son couple selon les conceptions. Raison pour laquelle, celle qui est tenue pour responsable de ‘’cet échec’’ est la femme. Laquelle est elle-même reconnue en tant que telle par sa capacité à procréer. Etant à la base de la destruction de nombreux mariages, l’infertilité dans le couple est un véritable fardeau pour la femme que l’opinion étiquette comme stérile. Dans ces cas-là, cette dernière commence à douter d’elle-même. Devenue la risée de son entourage, la recherche de remèdes contre ce mal apparent qui la ronge devient imminente. Elle se hâte donc chez les tradipraticien.ne.s (guérisseur.se traditionel.le africain.e qui soigne avec les plantes médicinales) ou chez des marabouts qui affirment détenir des potions magiques pour soigner cette stérilité ou avoir les aptitudes pour conjurer le mauvais sort. Désespérées, ces dernières se baladent de tradipraticien.ne.s en tradipraticien.ne.s, de féticheurs[1] en féticheurs, qui en plus de se prévaloir ‘’médecins’’, leurs assurent que le mal, c’est-à-dire l’infertilité, est en elles. Si un couple n’arrive pas à procréer, c’est la femme qui a un problème ! Avec l’évolution de la société, quelques-unes se rendent en premier chez le spécialiste. Ainsi, gare à celle qui osera, à la demande du médecin ou gynécologue, demander à son époux de faire des tests à son tour afin d’établir un bon diagnostic.

Un autre alibi des hommes :  » J’ai déjà eu des enfants d’une autre union, le problème ne peut pas venir de moi ». Car il y a également cette autre catégorie d’homme qui estime ne pas avoir de problèmes de fertilité puisqu’ils ont eu des enfants d’une autre union avant de rencontrer celle avec qui ils font ménage. De ce fait, lorsque ces derniers s’unissent à des femmes et qu’un enfant tarde à venir, ils rejettent très vite la faute sur leur compagne en brandissant comme argument : « Le problème ne vient pas de moi puisque j’ai déjà eu des enfants. C’est elle qui a un problème pour prendre une grossesse, pas moi ! ». Qu’en est-il de la belle-famille dans ces situations ?

Quand la belle-famille se trouve ne pas toujours être belle

Lorsque ces situations se présentent, la belle-famille qui parfois au début de l’union était clémente envers sa bru devient son ennemie jurée, sa principale antagoniste. En plus de la malmener, cette belle-famille fait main et pied pour séparer le couple et trouver une autre femme à son fils, une qui pourra lui faire des enfants. Ce conflit va jusqu’à créer une tension entre le fils et sa famille si ce dernier venait à s’opposer à divorcer de sa femme. Mais l’africain étant naturellement très attaché à sa famille génitrice finit le plus souvent par se plier à la demande de ses parents et à se prendre une autre femme. Quelques rares fois, acculée par sa belle-famille, la femme préfère se retirer du ménage pour ne pas être la cause de la désunion entre son mari et sa belle-famille. Voilà comment la belle-famille qui est censée être « belle », finit par devenir le pire cauchemar de l’épouse.

Quand l’infertilité s’avère justement ne pas être toujours féminin

Le plus souvent, c’est après s’être uni à une autre que l’homme, sa famille et son entourage finissent par se rendre compte qu’en réalité, le problème vient de leur fils, non de son épouse qu’il a quittée. En effet, un homme stérile est une honte pour la famille en Afrique. Ce dernier, pour sauver son honneur et montrer à la société qu’il est virile (laquelle virilité ne prend forme réellement que par sa capacité à engendrer) s’empresse de se prendre une autre épouse pour que celle-ci lui fasse des enfants. Une fois la nouvelle union scellée, toujours pas d’enfants, il commence maintenant à s’interroger sur sa santé génitale. Qu’est-ce que donc l’infertilité au sein du couple ? Quelles sont ses différentes formes et comment y remédier ?

Médicalement parlant, pour qu’il y ait une fécondation naturelle, il est nécessaire que l’homme possède un nombre suffisant de spermatozoïdes fonctionnels, que la femme ait une ovulation de bonne qualité et que toutes les conditions soient réunies pour permettre une fécondation. En moyenne, la probabilité pour un couple fertile de concevoir lors de chaque cycle menstruel serait de 25% à 30%. Ce qui revient à dire que la fertilité est une ‘’potentialité’’. Selon le docteur en médecine Medhi Jaidane, l’infertilité est définie par « l’incapacité pour un couple d’obtenir une grossesse après 24 mois de rapports normaux réguliers et non protégés. » L’infertilité d’un couple peut donc être féminine, masculine ou liée au couple tout simplement. Une étude menée en 2011 par le Groupe Interafricain d’Etude, de Recherche et d’Application sur la Fertilité (GIERAF) a mis en évidence le partage des responsabilités dans les problèmes d’infertilité : le couple, c’est-à-dire la femme et l’homme, est en cause dans 40 % des cas et dans les 20 % de cas restants, les deux personnes du couple ont chacune des difficultés à concevoir. Une situation parfaitement comparable aux autres régions du monde. Mais les causes d’infertilité, elles, sont spécifiques au continent : trompes bouchées en raison d’infections sexuellement transmissibles mal soignées, les avortements pratiqués en dehors du milieu médical ou des accouchements qui se font parfois dans des conditions génératrices d’infections[2]. S’agissant des hommes, les causes environnementales (pollution, exposition à des produits toxiques) jouent un rôle important dans la mauvaise qualité du sperme mais les causes infectieuses viennent majorer le problème. Il en résulte une anomalie des spermatozoïdes sous la forme d’une azoospermie, c’est-à-dire, une absence totale de spermatozoïdes dans le sperme.

 

Les différentes formes d’infertilité

Il existe deux types d’infertilités : l’infertilité primaire quand il n’y a jamais eu de grossesse et l’infertilité secondaire s’il y a eu une ou plusieurs grossesses à terme. L’Afrique reste le continent le plus touché par l’infertilité. Ce sont entre 15% et 30% des couples africains qui ont des difficultés à procréer. Il convient par ailleurs d’établir une différence entre infertilité, hypofertilité et stérilité. Une dissemblance entre fécondité et fécondabilité. En effet, contrairement à l’infertilité qui est une incapacité à concevoir qui peut être réversible ou non en fonction des causes, la stérilité est une incapacité irréversible de procréer. En revanche, l’hypofertilité est le fait d’avoir une fertilité réduite, des difficultés à procréer. Quant à la fécondité, c’est le fait d’avoir déjà conçu et mis au monde un enfant. On parle de fécondabilité lorsqu’il y a probabilité d’obtenir une grossesse au cours d’un cycle menstruel. Si elle est nulle, on parle de stérilité ; si elle est faible, on parle d’hypofertilité. Avoir un enfant ne va donc pas toujours de soi, contrairement à la conception présente dans les mentalités africaines. Il existe des personnes très fertiles, avec une fécondabilité élevée et des personnes peu fertiles, qui devront dans certains cas avoir recours à une assistance médicale pour pouvoir procréer. En cas de difficultés, il est recommandé que les deux partenaires se rendent chez un gynécologue ou spécialiste en infertilité afin de faire un bilan de fertilité pour déterminer l’origine du problème. La cause peut se trouver chez l’homme, chez la femme, ou chez les deux.

 

 

Ayant été fertile, on peut devenir infertile

Une autre chose qu’il est primordial de comprendre est que le fait d’avoir déjà des enfants ne constitue aucunement une garantie de pouvoir toujours en avoir. On peut ‘’devenir’’ infertile et cette infertilité concerne autant l’homme que la femme. Toutefois, ce qui est regrettable en Afrique, c’est que les couples qui font face à l’infertilité, principalement les femmes vu que ce sont les premières à être incriminées, tournent en rond, se focalisent sur la médecine traditionnelle, ingurgitent toutes sortes de potions avant de finalement prendre le chemin menant chez le gynécologue. Cela est du fait de l’ignorance des populations urbaines et rurales de l’existence de médecins spécialiste en infertilité. Pour celles vivant en zone rurale, l’insuffisance de moyens financiers est un facteur qui les conduit à se tourner vers les tradipraticien.ne.s ou féticheurs/féticheuses pour trouver un remède à leur mal. En somme, la perception de la femme dans la société ne se résume par conséquent qu’à deux rôles : mère et épouse. L’on considère le mariage comme une union dans laquelle la femme doit offrir une progéniture, un héritier à son mari. Le mariage en Afrique rime donc toujours avec enfants sans quoi, l’union n’a pas de sens. Si bien qu’une femme sans enfant vit très mal sa vie de couple dans la mesure où tout le monde s’interroge sur la durée de son mariage. Elle vit ce que nous qualifierons de « drame sociétale ». Le regard de l’autre, les pressions internes venant du mari, de la belle-famille et de son entourage finissent par la faire sombrer.

De l’utilité d’un nouveau regard sur la femme africaine

Les us, coutumes et religions ont contribué à façonner ces représentations de la femme. Pourtant, la femme en tant qu’être humain, en dehors des rôles qui lui sont attribués, est une personne à part entière dont les droits fondamentaux doivent être respectés. Ces aspects socioculturels de la conception de la femme dans les mentalités africaines sont de nature à contribuer à la non-application du principe de l’égalité homme-femme. Oui, être femme c’est avoir la capacité de procréer. Tout comme être femme, c’est également vivre librement sa vie sans avoir à être confinée à des rôles bien précis en raison de son sexe. Un enfant ne confère pas la qualité de femme parce que femme, on l’est déjà nécessairement, même sans avoir procréé et qu’en tant que telle notre existence ne peut en aucun cas se réduire à l’enfantement. Femme tu es, femme tu resteras, en dehors de toutes autres considérations culturelles, ethniques ou religieuses.

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Par Sylvia Apata (Abidjan), Experte en Droits de l’Homme et action humanitaire,Spécialiste des droits des femmes en Afrique.

 

Référence :

Mehdi Jadaine, l’infertilité masculine, Sousse : Faculté de médecine, Département d’Urologie, pp1-8.

http://noireetpsy.com/fertilite-fecondite-et-sterilite-un-tabou/479/, consulté le 11/10/2017 à 15H GMT.

http://www.ceafri.net/site/spip.php?article304, consulté le 11/10/2017 à 15H GMT.

http://www.lemonde.fr/afrique/article/2016/03/18/l-afrique-continent-le-plus-touche-par-l-infertilite_4885427_3212.html, consulté le 11/10/2017 à 15H GMT.

[1] Didact. ou régional (français d’Afrique). Prêtre des religions traditionnelles (animistes), en Afrique; initié capable de susciter et de faire agir des fétiches.

[2] Ernestine Gwet Bell, Gynécologue obstétricienne au Cameroun.

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