HISTOIRE

Le génocide allemand des Héréros et Nama de Namibie (1904-1907)

Entre 1904 et 1907, dans le cadre de guerres entre populations natives de l’actuelle Namibie , les Héréros et Nama et colons du second Reich allemand, eût lieu une campagne d’extermination des premiers orchestrée par les seconds. Bien plus méconnue que d’autres orchestrés plus tard dans le 20ème siècle, ce crime en demeure toutefois l’un des deux premiers génocides.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofipédia

Contexte et casus belli

Depuis 1884, l’actuelle Namibie était un territoire colonisé par l’Allemagne dans ce qui était alors l’Afrique du Sud-Ouest allemande. Vers 1903, Samuel Maharero, chef suprême du peuple héréro aux pouvoirs et possessions largement dépendants du pouvoir colonial, soutenu par des missionnaires et autres colons allemands, souhaitait voir la construction de nouvelles réserves de terres inaliénables appartenant aux Héréros. Une opposition se manifesta chez d’autres colons qui de leur côté, cherchèrent eux aussi à acquérir davantage de terres. En janvier 1904, quelques jours après le départ du gouverneur allemand Leutwein pour mater une révolte plus au sud, les Héréros profitèrent de la situation pour mener une rébellion sous le leadership de  Samuel Maharero.

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Le casus belli semble avoir été une série d’affronts perpétrés par Ralph Zürn, le gouverneur allemand, sur les populations héréro. 123 allemands furent tués en quelques jours, bien que sur la demande de leurs chefs, les guerriers héréros avaient épargné femmes,  enfants et missionnaires. En quelques jours, les Héréros avaient réoccupé tout le centre de la Namibie. Ils n’investirent toutefois pas les bases fortifiées allemandes et les deux partis s’engagèrent dans un certain nombre de combats. De nombreux Héréros n’ayant pris part à la bataille furent attaqués ou pour certains condamnés à mort.

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Réactions dans l’opinion publique allemande

Les réactions publiques en Allemagne furent toutes vindicatives. Alors que les plus modérées prônaient simplement la récupération des terres et du bétail, d’autres, plus radicaux manifestaient leur volonté d’exterminer les Héréros. Le Gouverneur Leutwein, jugé trop modéré pour ne pas partager cette opinion allait être remplacé par le Lieutenant von Trotha, un militaire aguerri et coupable de ce qui serait aujourd’hui considéré comme des crimes de guerre en Chine et Afrique De l’Est. Considérant les Héréros comme des ‘non-humains’, il  prévoyait que, dans le cadre d’une ‘guerre raciale’,  « les tribus rebelles allaient être exterminées dans des fleuves de sang » « par de la pure terreur et même avec de la cruauté ».

Guerre contre Héréros et génocide

La bataille décisive commença le 11 août 1904 dans la région du Waterberg. Les Allemands remportèrent une victoire militaire, mais de nombreux survivants fuirent dans la région semi-désertique de l’Omaheke. Trotha, dont les troupes avaient poursuivi les Héréros jusque dans  l’Omaheke lança un ordre sans équivoque dans sa finalité génocidaire:

« Les Héréros ne sont plus des sujets allemands. Ils ont assassiné et volé, ils ont coupé les oreilles et les nez et les autres parties du corps de soldats blessés et maintenant, ils sont trop peureux pour continuer à se battre. Je vous dis ; chaque personne qui ramènera comme prisonnier un des capitaines recevra 1000 marks ;qui ramènera Samuel Maharero recevra 5000 marks. Cependant, les Héréros devront quitter le pays sans quoi je les forcerai à le faire avec un canon. A l’intérieur des frontières des frontières allemandes, chaque Héréro armé ou non, avec ou sans bétail, devra être tué. Je n’accepterai plus de femmes ni d’enfants. Je devrai les renvoyer avec les leurs ou ferai en sorte qu’ils se fassent tirer dessus. »

Lothar von Trotha

Lothar von Trotha

Les Héréros restant moururent de soif dans l’Omaheke lors de leur fuite, parfois en mourant de maladie après avoir bu le sang de leur bétail. Alors que la suggestion de les y sauver et aider avait été proposée à Trotha par Estorff, un critique de sa politique radicale, le commandant en chef de l’armée allemande avait refusé cette option, désirant ‘leur extermination totale’.

Le calvaire d’une survivante de cette atrocité, Katherine Zeraua, est narré comme suit par un missionnaire :

« Comme des milliers d’autres, elle avait fui dans le désert. Elle avait perdu leur trace dans le désert et était accompagnée par trois orphelins. La misère devait alors commencer. Il n’y avait rien à manger et la soif était encore pire… Elle ne marchait pratiquement que la nuit. La journée elle cherchait refuge sous les rochers et les buissons épineux. Pendant son voyage elle tombait sans arrêt sur des cadavres. Un jour, ils tombèrent sur un abri broussailleux et elle s’y rendit dans l’espoir de trouver à manger pour les enfants. Mais elle n’y trouva que des personnes mortes ou des personnes mourantes. Elle tomba aussi sur un visage familier d’Otjimbingwe. Elle le salua. Puis elle lui dit : « Allez, nous devons nous accrocher. » Il répondit : « Pourquoi devrais-je continuer ? Quelle raison y-a-t-il pour moi de vivre à présent que j’ai tout perdu, ma famille et mes biens » ?

Guerre contre les Nama et camps de concentration

L’ordre d’extermination fut toutefois finalement levé après que les troupes allemandes eurent été requises pour affronter un autre peuple natif s’étant soulevé, celui des Nama, conduit par leur leader charismatique Hendrik Witbooi.

Hendrik Witbooi, assis

Hendrik Witbooi, assis

Entre-temps, les Allemands avaient mis en place des camps de concentration près de tous les importants lieux de peuplement où des enfants, hommes et enfants héréros étaient intégrés dans des conditions volontairement inhumaines : travail forcé, sous alimentation. Les Nama qui avaient appris des erreurs des Héréros évitèrent le combat direct et décidèrent d’utiliser des techniques de guérilla particulièrement efficaces. Malgré une forte résistance qui dura jusqu’à fin 1907, les Nama furent toutefois progressivement défaits et leur leader Hendrik Witbooi fut tué en octobre 1905. Nombre d’entre eux furent internés dans les camps. Les archives coloniales font état de la mort de 7682 prisonniers entre octobre 1904 et mars 1907, soit entre trente et cinquante pour cent des populations internées. Nombre d’entre eux moururent des conditions de détention, de maladies telles que le scorbut ou de typhus. Alors que les Héréros étaient au nombre de 80000 en 1903, ils n’étaient plus que 15130 en 1911. Les Nama, quand à eux, étaient passés de 20000 à 9781 pour la même période.  En janvier 1908, pour l’anniversaire de l’empereur, les derniers internés furent libérés. La fin de ce crime donnait naissance à un autre et s’établissaient à ce moment des lois d’apartheid faisant qu’aujourd’hui encore, la majorité des fermes de Namibie sont la possession de fermiers blancs.

 

Des survivants héréros

Des survivants héréros au génocide

Si l’on admet avec les Nations Unies qu’un génocide peut se définir comme ‘n’importe quel nombre d’actes accomplis avec pour intention de détruire, en tout ou partie, un groupe, national, ethnique, racial ou religieux on conviendra que le traitement des Nama et Héréros, que ce soit dans le cadre de la guerre et des camps de concentration par le second Reich allemand constitue le second -après celui des Boers par les Britanniques- génocide du vingtième siècle, qui allait fournir ses grandes lignes à celui commis par le Troisième Reich contre les populations juives, tsiganes et homosexuelles. En 2004, le gouvernement allemand de Gerhard Schröder admit cette réalité mais refusa toute compensation financière aux descendants des victimes.

Bibliographie

Genocide in German South-West Africa: the Colonial War (1904-1908) in Namibia and its aftermath / edited by Jürgen Zimmerer & Joachim Zeller ; translated from the German by Edward Neather

 The Kaiser’s Holocaust : Germany’s forgotten genocide and the colonial roots of Nazism / David Olusoga and Casper W. Erichsen

The Herero War – the First Genocide of the 20th Century? Par Martin Weiser

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