Brown Sugar Night #3

ASSATA SHAKUR : L’EXIL DEPUIS 1979

Politique

ASSATA SHAKUR : L’EXIL DEPUIS 1979

Par SK

Depuis mai 2014, Joanne Chesimard, aka Assata Shakur, révolutionnaire activiste de la Black Liberation Army (BLA), en exil à Cuba depuis 1984, figure sur la liste des 25 terroristes les plus recherchés par le FBI.

Par Kandas

C’est en 2005 qu’Assata Shakur est sobrement qualifiée de « domestic terrorist » par le FBI, qui met sa tête à prix pour 1 million de dollars, encourageant mercenaires et autres chasseurs de primes à la kidnapper pour la ramener finir sa vie derrière les barreaux au pays de Barack. Huit ans plus tard, en mai 2013, à l’occasion du quarantième anniversaire de la mort du policier prétendument tué par Assata en 1973 et pour laquelle elle reste condamnée à la prison à vie aux États-Unis, la prime est doublée, à 2 millions de dollars, et Assata Shakur se retrouve sur la liste des 25 terroristes les plus recherchés par le FBI, aux côtés d’Ayman Al-Zawahiri, le chef d’Al-Quaida. À noter : elle est la première et unique femme de la liste. Et la seule Noire. Rewind : le 2 mai 1973, Joanne Chesimard, aka Assata Shakur, se retrouve impliquée dans une fusillade au cours de laquelle son camarade Zayd Malik Shakur, également membre de la BLA, et un policier, sont tués. Assata est blessée, ainsi qu’un policier. Arrêtée, touchée à deux reprises (la police lui tire dessus alors qu’elle a les bras en l’air, puis dans le dos), Assata est accusée d’enlèvement, d’assaut armé et de braquage. Elle sera acquittée de ces chefs d’inculpation, mais reconnue coupable par un jury exclusivement blanc de la mort du policier, et condamnée à l’emprisonnement à perpétuité. Six ans et demi de prison dans le New Jersey, principalement chez les hommes, dont deux à l’isolement total. Assata comprend vite que c’est sa vie qui est en jeu. Qu’elle peut mourir n’importe quand… En 1979, avec l’aide de la BLA, et de son frère Mutulu Shakur *, elle s’évade de l’aile ultrasécurisée de Clinton, maison d’arrêt pour femmes. Après un passage aux Bahamas, celle qui se qualifie d’« esclave du XXe siècle en fuite » obtient l’asile politique à Cuba où elle vit depuis 1984. Le mot « terroriste » n’est pas nouveau dans la bouche du gouvernement US. Déjà, dans les années 60 et 70, il permettait de justifier le terrorisme d’État et le harcèlement criminel exercé par la CIA et le FBI, qui s’en donnaient à cœur joie, dans le cadre du Cointelpro (Counter Intelligence Program), pour éradiquer purement et simplement tous les mouvements de libération noirs de l’époque. Infiltration, organisation de complots et d’assassinats politiques, mise en place de procès à charge des supposés « terroristes » en relayant toujours ce « mot-clé » dans les médias… Telles étaient déjà les techniques du gouvernement US. D’où l’exil, pour échapper à la prison à vie ou à l’assassinat, de nombreux leaders et activistes noirs. Surtout, concernant Assata Shakur, cette mise à prix doublée et ce placement récent sur la liste des 25 terroristes les plus wanted […] justifient purement et simplement les crimes, en l’occurrence passés, commis par l’État US et le FBI contre les dissidents noirs. Merci Barack. Une autre probable raison de ce regain d’intérêt pour Assata est qu’Obama veut redorer son blason en Amérique Latine et réorienter sa politique, notamment envers Cuba.

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La récente visite de Jay Z et Beyoncé à Cuba, discrètement accompagnés d’un membre du Département d’État (!), n’aurait été en fait que le prétexte à des communications non officielles avec le gouvernement cubain, pour l’informer de l’intention d’Obama de mettre un terme aux quarante années de boycott illégal de l’île. À l’annonce de cette ouverture, les Républicains ont évidemment crié au scandale, mais dans le vent… Car lever le boycott de Cuba est devenu indispensable aux USA pour essayer de réaffirmer leur domination dans une Amérique Latine post Chavez-Fidel. Alors Assata dans tout ça… un pion, une vulgaire monnaie d’échange dans la diplomatie impérialiste des USA. C’est en tout cas l’avis de Dhoruba bin Wahad, cofondateur de la Black Liberation Army, ancien membre des Black Panther et compagnon d’armes d’Assata, interrogé récemment sur l’incidence de la visite du couple Jay Z-Beyoncé à Cuba sur le sort d’Assata Shakur. Heureusement, des artistes comme Common, Mos Def, Talib Kweli, ou Dead Prez… se sont mobilisés pour médiatiser, surtout auprès des jeunes, la situation d’Assata : « The Government’s terrorist is our Community heroine ». Cruelle réalité qui donne le vertige. L’apparition du nom d’Assata Shakur sur les listes du FBI date de mai 2013… tout juste cinq mois. On est donc dans le vif du sujet. Oui oui, il y a un président noir à la Maison-Blanche… Qui, c’est vrai, a plus de style que Bush ou Romney… L’Amérique n’en reste pas moins une société concentrationnaire, en guerre permanente depuis toujours pour asseoir sa domination partout dans le monde. Quant à Barack Obama, se racines africaines ne l’ont pas empêché de mener une politique aussi criminelle, voire plus, que ses prédécesseurs en Afrique (Somalie, Libye, RDC, partition du Soudan, renforcement de l’AfriCom**…), et dont la finalité est de combattre et d’éradiquer, à l’image de la répression politique aux USA, tout mouvement de libération des peuples africains. Pour plus d’infos sur Assata Shakur et ce que vous pouvez faire pour la soutenir : handsoffassata.net. • *Assata Shakur est la tante du rappeur activiste Tupac Shakur, mort en 1996. Et la sœur de Mutulu Shakur (beau-père de Tupac), militant de la Black Liberation Army, en prison depuis 1986, accusé notamment d’avoir participé à l’évasion de sa sœur en 1979. • ** L’AfriCom, créé en 2007 par George Bush, est un dispositif de commandement militaire pour l’Afrique, destiné à contrôler à terme, le pétrole, les matières premières et les réseaux politiques sur le continent. ENCADRÉ ou 2e papier La lettre d’Assata Shakur au pape En 1998, le gouvernement américain a officiellement demandé au pape Jean-Paul II, en visite à Cuba, d’intervenir auprès du gouvernement cubain pour qu’Assata Shakur soit extradée aux USA. En réponse, Assata s’est à son tour officiellement adressée au pape. « Mon nom est Assata Shakur, et je suis une esclave en fuite du XXe siècle. À cause de la persécution d’État, je n’ai eu d’autre choix que celui de fuir la répression, le racisme et la violence qui dominent la politique du gouvernement US envers les gens de couleur. J’étais une prisonnière politique et je vis en exil à Cuba depuis 1984. J’ai toujours été une activiste politique, et bien que le gouvernement US ait fait tout ce qui était en son pouvoir pour me criminaliser, je ne suis pas une criminelle et je ne l’ai jamais été. Dans les années 60, j’ai participé à plusieurs luttes : et surtout les mouvements de libération de mon peuple. Puis j’ai rejoint le Black Panther Party. Le BPP voulait la libération totale du peuple noir, il est donc devenu, en 1969, la cible numéro un du programme du FBI, le Cointelpro. Son chef J. Edgar Hoover l’a qualifié de « plus grosse menace pour la sécurité intérieure du pays », et a alors entrepris d’éliminer ses leaders et ses militants activistes… » Elle évoque son évasion. Elle n’avait pas le choix. Elle savait sa vie en danger. Le message est clair. Assata parle, mais pas pour elle. Elle ne revendique rien d’autre que la libération de son peuple. Des centaines de prisonniers politiques incarcérés depuis des décennies, et qui meurent en détention. Elle parle de Mumia Abu Jamal… Elle dénonce, avec à l’appui des chiffres qu’on a du mal à entendre, ce « nouvel esclavage » qu’est la prison. Et dans toutes ces statistiques, la proportion de Noirs explose, toujours. Assata parle. L’underground, la prison, la mort ou l’exil : le choix des révolutionnaires aux États-Unis, dit-elle. Ses mots ont été entendus, ils ont fait le tour des radios, des journaux, du Net. Aujourd’hui, ils sont plus que jamais d’actualité. Assata représente la résistance, l’espoir, la vie. Rejoignez la campagne Hands Off Assata, pour que jamais le FBI et autres agents d’État « terroristes » ne puissent remettre la main sur notre héroïne.

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