Trilogie Kemi Seba

[MAURITANIE] PREMIER PAYS ESCLAVAGISTE AU MONDE

Politique

[MAURITANIE] PREMIER PAYS ESCLAVAGISTE AU MONDE

Par SK

Avec environ 150 000 esclaves pour 3,8 millions d’habitants, la Mauritanie présente la plus grande proportion d’esclaves. Sur place, l’IRA (Initiative de Résurgence du mouvement Abolitionniste), estime que les esclaves représenteraient aujourd’hui jusqu’à 20% de la population mauritanienne

L’esclavage dans ce pays prend une forme essentiellement héréditaire et reste profondément ancré dans la société. « La condition d’esclave s’est transmise à travers les générations. (…) Les esclaves peuvent être achetés, vendus, loués ou offerts comme cadeaux. (…) Ils n’ont le droit de rien posséder et sont eux-mêmes considérés comme des biens », explique Diko Hanoune, secrétaire général de l’Association des Haratines de Mauritanie en Europe (A.H.M.E).

Elle se manifeste dans tous les secteurs, y compris, bien sûr, au niveau politique.«L’asservissement des populations noires-africaines par les communautés arabo-berbères, qui sont minoritaires, est la forme la plus courante d’esclavage ». Il s’agit notamment des Haratines, « ceux qui ont été libérés » en dialecte arabe hassanya, c’est-à-dire les descendants d’esclaves. « Dans les années 80, par exemple, le ministre noir de l’Agriculture, Timera Boubou, a été destitué par le président de l’époque Maaouya Ould Sid’Ahmed Taya parce qu’il était Haratine.

Les femmes souffrent tout particulièrement de cette pratique, l’autorité et le contrôle des maîtres s’exerçant de manière plus forte dans la sphère domestique où elles mènent l’essentiel de leurs activités. Elles font souvent l’objet de violences sexuelles, de sévices et de tortures. Officiellement pourtant, des lois successives interdisent la pratique de l’esclavage dans le pays, et ce depuis 1981. La dernière loi datant de 2007 impose des peines allant de 5 à 10 ans d’emprisonnement et des amendes ( !). Mais ces lois n’ont jamais été appliquées. « Il est difficile pour les esclaves d’avoir accès à la justice. La charge de la preuve leur incombe, et aucune instruction ne peut être lancée tant qu’elles n’ont pas porté plainte. Les ONG ne peuvent, par exemple, pas porter plainte pour une victime. »

Ces conditions transforment souvent les démarches juridiques en un parcours du combattant pour les esclaves, pour la plupart illettrés et ignorants de la loi, qui doivent entreprendre les démarches administratives sans assistance. « Les esclaves n’ont souvent pas connaissance de leurs droits ou des possibles recours à la protection de la loi. Le gouvernement ne prévoit aucun programme de soutien destiné à les aider à formuler leurs plaintes. » De telles entraves expliquent en grande partie pourquoi des sanctions n’ont été appliquées qu’une seule fois depuis l’entrée en vigueur de la loi de 2007. « C’est sans fin. Les chefs de tribus qui ont des esclaves votent pour les esclavagistes, et le gouvernement fait pression sur les juges et les victimes contre l’application des peines. » A la préservation politique et sociale des intérêts des plus forts s’ajoute une légitimation religieuse de ces pratiques. Biram Ould Abeid, le président de l’IRA, précise que les autorités mauritaniennes appliquent les principes des « livres de Khalil », un texte de droit musulman datant des XIIe et XIIIe siècles justifiant l’esclavage. « Ce code est élevé au niveau constitutionnel comme principale source de loi dans le pays. Les juges, les gendarmes, les imams, les administrateurs, connaissent tous ce texte et l’appliquent textuellement. Il a valeur de loi divine, supérieure à toutes les autres. » Les esclaves, pas plus que les descendants d’affranchis, ne peuvent présenter de candidats aux élections.

L’IRA et le RAG dont la lutte contre l’esclavage est le cheval de bataille, se sont vu refuser toute reconnaissance officielle. En novembre 2012, le gouvernement a interdit les candidatures indépendantes, supprimant ainsi définitivement toute possibilité pour les représentants des « abolitionnistes » d’accéder au scrutin. La répression contre les activistes s’est aussi accélérée. Le 6 octobre, dans la ville de Boutilimit, à 164 km au sud-est de la capitale Nouakchott, un sit-in organisé par des militants abolitionnistes devant un poste de police a été violemment réprimé par la police. Au cours de cette manifestation, les activistes ont mis en avant le cas de Noura Mint Aheimed (photo), jeune fille de 19 ans, devenue un véritable symbole de la lutte contre l’esclavage après avoir porté plainte contre ses maîtres après 14 années d’asservissement. Dans ce contexte, les prétendus efforts du gouvernement en matière de lutte contre l’esclavage ressemblent à une vaste stratégie de communication. En mars 2013, un organisme national chargé de lutter contre l’esclavage a été mis en place : l’agence pour la lutte contre les séquelles de l’esclavage, l’insertion et la pauvreté. Si l’objectif supposé de cette structure est de s’attaquer au problème de la pauvreté qui entretient l’esclavage (et inversement), rien n’est dit quant à ses moyens d’actions pour lutter contre la pratique même de l’esclavage. Une escroquerie de plus… (blog de Diko Hanoune, SOS Haratines).