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Covid-19 : En Chine, des Africains sont expulsés et discriminés

Société

Covid-19 : En Chine, des Africains sont expulsés et discriminés

Par Redaction NOFI

Nofi a pu s’entretenir avec une jeune étudiante africaine installée à Guangzhou, au sud-est de la Chine. Dans cette ville de 15 millions d’habitants, des Africains vivent une situation alarmante comme en témoignent les nombreuses preuves que nous avons récoltées.

Les faits se déroulent à Canton  («Guangzhou» en mandarin), une métropole du sud-est de la Chine où vit la plus grande communauté africaine d’Asie. Renommée péjorativement « Little Africa » ou la « ville chocolat » en raison des 15 000 Africains qui y vivent, Guangzhou connaît régulièrement des tensions entre la population chinoise et les immigrés africains. Aujourd’hui encore, la ville est le théâtre de situations alarmantes où des Africains témoignent de discriminations et d’expulsions abusives.

Les lanceurs d’alerte des réseaux sociaux

La diaspora africaine représente près de 300 millions de personnes réparties sur tous les continents. Un potentiel incroyable qui peut nous rendre plus forts si nous veillons les uns sur les autres. Notamment à travers les réseaux sociaux, nous pouvons diffuser des informations, dénoncer, faire peser notre voix et nos intérêts. Ainsi, grâce aux alertes que nous avons reçues, nous sommes entrés en contact avec une jeune étudiante à Guangzhou. C’est elle, érigée en lanceuse d’alerte, qui nous a donné les renseignements nécessaires à ce dossier. Nous saluons son courage et remercions tous les relais qui nous ont menés à elle.

Elle témoigne de ce que vivent les Africains avec gravité et lucidité. Une vidéo à regarder jusqu’au bout!

La psychose autour du Covid-19

Le virus Covid-19 est apparu en décembre 2019 à Wuhan, chef-lieu de la province de Hubei, en Chine. Officiellement découvert dans le marché des animaux sauvages de Huanan, le Covid-19 a provoqué la mise en place de mesures drastiques de la part de l’Empire du milieu.

Alors qu’une seconde vague de contamination est attendue, les habitants de ville de Guangzhou peuvent sortir depuis le 27 mars dernier. Néanmoins, la peur d’une rechute a engendré des rumeurs qui ont coûté cher aux Africains sur place. En effet, un communiqué de la municipalité de Canton a indiqué que cinq Nigérians avaient été testés positifs et s’étaient rendus dans plusieurs restaurants et hôtels de la ville sans respecter leur quatorzaine, conduisant les autorités sanitaires à retrouver et tester 2 000 personnes potentiellement à leur contact. S’en est suivi des mesures abusives sur l’ensemble de la communauté africaine de la ville.

Selon plusieurs Africains contactés par l’AFP, des membres de la communauté ont été soumis à des dépistages massifs et placés en quarantaine.

Expulsés de leurs logement, les Africains se retrouvent à la rue

Avec ses 1.3 milliard d’habitants, la Chine n’a pas fait pas dans le détail en ce qui concerne les mesures de décontamination : prise de température systématique, désinfection des rues, des personnes, confinement prolongé, vidéosurveillance…

C’est pourquoi, dans ce contexte de contrôle minutieux de la population, on imagine mal que les autorités sanitaires chinoises aient laissé circuler des Africains contaminés, de surcroît, dans la ville de Guangzhou. Pourtant, cette rumeur a eu de graves conséquences pour l’ensemble des Africains de la métropole chinoise: refoulés des hôtels, mis à la porte de leur logement, nombre d’entre eux témoignent de discrimination et d’arrestation abusives ces derniers jours. Certains résidents ont déclaré à la BBC qu’ils ont été expulsés de leur appartement d’autres indiquent qu’ils ont été forcés à se mettre en quarantaine sans connaître les résultats de leurs tests.

Dans les vidéos qui suivent, nous constatons les dégâts causés par la rumeur de contamination. Ce sont tous les Africains qui sont désormais suspectés d’être porteurs du virus, bien que la majorité des cas importés soient des ressortissants chinois ayant voyagé.

L’intervention exemplaire du consul du Nigeria

Autre fait: des Nigérians installés en Chine pour affaire se retrouvent expulsés à deux reprises de leurs hôtels et ont subi deux quarantaines. Alerté, le consul du Nigeria (vidéo suivante sur Twitter) se déplace afin de rétablir justice et récupérer les passeports confisqués par les autorités sanitaires chinoises.

« Rendez-nous immédiatement ces passeports. »

Interrogé jeudi, un porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Zhao Lijian, a reconnu des « malentendus » dans les mesures de prévention à Canton.

« Le gouvernement chinois traite tous les étrangers en Chine de la même manière […] et a une tolérance zéro vis-à-vis des paroles et actes discriminatoires« , a-t-il assuré lors d’un point presse régulier.

Le virus anti-Africains se propage

En plus des expulsions, contrôles et retraits de papiers, une discrimination sociale vise en particulier les Noirs de Chine. Interdits dans certains endroits par peur de contamination et insultés sur les réseaux sociaux, le virus anti-Africains se propage dangereusement.

Cette affiche d’un restaurant McDonald, mentionne explicitement que les Noirs ne sont pas les bienvenus.

« Nous avons été informés qu’à partir de maintenant, les noirs ne sont plus autorisés à entrer dans le restaurant. Pour votre santé, informez la police locale pour une isolation médicale (quarantaine). Veuillez comprendre les désagréments occasionnés. »

Sina Weibo, est une plateforme souvent qualifiée de « Twitter chinois ». Régulièrement censurée pour son contenu « nocif » par les autorités chinoises, elle est visiblement l’exutoire de racistes décomplexés. Il convient de préciser et de garder à l’esprit que tous les Chinois ne tiennent pas ces discours odieux. Ne tombons pas dans le piège d’un racisme primaire auquel nombre des Noirs sont eux-mêmes confrontés.

1 : « Les Noirs sont la forme d’être humain la plus basse, paresseux et ils ont un taux de criminalité élevé. ils sont aussi des barbares. Regardez la France et nous savons à quel point elle a été érodée depuis longtemps. Que le monde entier les tue tous. Et oui, je suis raciste. »

2: « Ils sont paresseux, ont un taux de criminalité élevé, un faible QI, et ils doivent contrôler leurs émotions. »

3: « Je suis sérieusement raciste, les noirs qui déconnent en Chine devraient bientôt mourir. »

4: « Je me suis toujours demandé pourquoi certains pays détestent les Noirs. Maintenant, je le comprends. »

5: « Oui, je suis raciste et oui, je méprise les Noirs, c’est la pire des races. »

6: « Je rejoins l’équipe de ceux qui détestent les Noirs, je me sens irrité en les regardant. Ils ont le mauvais œil.

L’Union Africaine réagit…tardivement

Suite aux nombreuses indignations des réseaux et à l’ampleur du scandale, l’Union Africaine a réagit. Faki Mahamat, le président de la Commission a convoqué l’ambassadeur chinois à l’UA. De son côté, le département d’État aux États-Unis conseille aux Afro-Américains d’éviter la ville de Guangzhou.

« Mon bureau a invité l’ambassadeur de Chine auprès de l’UA, M. Liu Yuxi, pour exprimer notre extrême préoccupation face aux allégations de mauvais traitements infligés aux Africains à Guangzhou et a appelé à des mesures correctives immédiates », a tweeté Moussa Faki Mahamat, président de la Commission de l’UA.

 

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