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Après des agressions, des Noirs boycottent des boutiques asiatiques

Société

Après des agressions, des Noirs boycottent des boutiques asiatiques

Par Sandro CAPO CHICHI

Au début du mois d’août 2018 aux Etats-Unis, deux gérants de commerces d’origine asiatique ont agressé physiquement des  clients noirs. Ces agressions filmées ont entraîné un boycott médiatisé  de commerces asiatiques américains par certains membres de la communauté noire américaine.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.media

Le 3 août 2018, dans un salon d’esthéticienne du quartier d’East Flatbush à New York aux Etats-Unis, une violente altercation a eu lieu entre des employées et des clientes.

I’m not 100% sure what happened here, but I would like to be in touch with the women being attacked. I have been tagged to this video on more than one page. If anyone knows them, please help me make contact. . . . . #Repost @theblackupstart ・・・ Brooklyn Nail Salon (1426 Nostrand Ave, Brooklyn, NY) Protest is today. If you're in NYC …pls go. // Three Black women were beat with a metal rod in a Brooklyn nail salon, one is a mother whose daughter was held hostage by one of the employees who used his arms to detain her. A Black mom didnt like how her daughter's eyebrows were waxed and refused to pay. As a result, she and another customer were beat by employees who worked in the store. The Black women were arrested after police were called. Dont buy where you ARE not respected. #rp @africanunification

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D’après plusieurs témoins et une vidéo de l’incident, l’altercation a été à sens unique, voyant Huiyue Zheng frapper à coups de bâton une de ses clientes et lui jeter de l’acétone au visage. La victime de l’agression, Christina Thomas, une cliente, était accompagnée de ses deux petites-filles qui furent elles aussi frappées et retenues par des membres du personnel. La raison de la violence de Zheng sur sa cliente serait la suivante. La grand-mère, bien qu’ayant payé pour les pédicures, l’épilation des sourcils et la manucure de ses petites-filles a refusé de payer pour l’épilation de ses sourcils, qu’elle estimait ratée.  Des témoins ont insisté sur le fait que l’épilation ne coûtait que 5 dollars et qu’une agression était d’autant plus abusive pour un tel montant.

D’autres sources affirment que Thomas aurait refusé de payer les soins prodigués à ses petites-filles et que c’est elle qui aurait commencé la bagarre. Il y est toutefois reconnu qu’elle n’a, contrairement à Zheng, utilisé aucune arme.

Toujours est-il que les deux femmes ont été emmenées et retenues au commissariat avant d’être relâchées.

Cette altercation a été suivie par une importante campagne de boycott de la part de la communauté noire locale. Après la fermeture temporaire du salon, la devanture de celui-ci a été taguée d’inscriptions Comme ‘Black Dollars Matter’, ‘des femmes noires se font frapper ici’ ou encore ‘ne dépensez pas ici’.

L’incident n’ayant été accompagné par aucune insulte raciste, on aurait pu s’attendre à ce que le boycott ne prenne une couleur aussi communautaire.

Racisme anti-Asiatiques?

Plusieurs facteurs permettent d’expliquer pourquoi les Afro-Américains traitent cet événement de manière si sensible.

En premier lieu, cet incident entre commerçants asiatiques et clients noirs est loin d’être le premier. Le plus tragique d’entre eux eût lieu en 1991 quand Soon Ja Du, une commerçante d’origine coréenne tua d’un coup de pistolet derrière la tête la jeune Latasha Harlins, 15, qu’elle soupçonnait d’avoir volé du jus d’orange. Bien que condamnée pour homicide involontaire, Du n’a pas été condamnée à de la prison ferme. Pour beaucoup, cet incident aurait été une des racines des terribles émeutes de Los Angeles len 1992.

Asiatiques

Natasha Harlins (1975-1991)

Sans se terminer de manière aussi tragique, de nombreux cas de commerçants asiatiques traitant de manière dégradante des clients noirs ont régulièrement suivi dans les décennies qui ont suivi. Pas plus tard que le 13 août 2018, à Tulsa dans l’Oklahoma, Changseok Jun, un commerçant d’origine coréenne frappa au visage April Harding, une Afro-Américaine, après que son fils de 3 ans ait volé ans un porte-clés à 99 cents sans qu’elle ne le remarque. Quand Jun la confronta, elle lança le porte clef vers le magasin et repoussa le commerçant avant qu’il ne l’agresse, lui laissant trois points de suture sur la lèvre.

Cet incident a entraîné une manifestation le jour même d’Afro-Américains y appelant au boycott de la boutique de Jun.

Cleo Harris, l’organisatrice de la manifestation, a ainsi déclaré à nos confrères de Tulsa World:  “Vous prenez des dollars noirs, mais nous ne  vous faisans pas confiance lorsqu’on vient acheter votre produit qui n’existerait pas sans nous. »

Comme le quartier new-yorkais d’East Flatbush, celui du magasin de Changseok Jun  à Tulsa est en grande partie noir. Il vend de plus des services largement destinés aux Noirs.  Depuis plus d’un siècle, des Noirs Américains ont noté l’importance de consommer chez des commerçants de leur propre communauté dans leurs quartiers. Il ne s’agit pas là de racisme, mais d’une volonté de rendre une situation aussi profitable aux Noirs américains dans leurs quartiers qu’elle ne l’est pour les autres communautés ethniques dans leurs quartiers. Ou du moins de se faire traiter dignement par ceux qui les en empêchent. Les Noirs Américains  auraient une tendance à très peu dépenser dans leur communauté. Des chiffres largement répandus dans les discours d’Afro-américains présentent ainsi un dollar dépensé par un Noir Américain comme restant six heures dans sa communauté contre 28 jours dans la communauté asiatique aux Etats-Unis.  Bien qu’ils ne soient pas sourcés, ces chiffres servent de miroir  au manque de prospérité économique de leur communauté perçu par les Afro-Américains.

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