SOCIÉTÉ

Montreuil, l’insupportable silence: le père s’exprime à l’antenne d’une radio francilienne

L’école maternelle Jules Ferry de Montreuil (Seine Saint-Denis) se retrouve au coeur d’un scandale: la famille M., qui a accepté de nous rencontrer, accuse en effet l’institution d’avoir laissé un ou des membres du personnel porter atteinte à l’intégrité physique de leur fils aîné. Des parents contre un structure étatique, une municipalité contre une famille et une affaire qui prend une tournure politique. Aujourd’hui, la procureure en charge du dossier a classé l’affaire « sans suite ». Depuis, le père s’est exprimé à l’antenne du palabre show « Disons-nous les choses », sur BlockOut.

Retour sur les faits.

La famille M., originaire du vingtième  arrondissement parisien, emménage à Montreuil il y a quelques mois. Les parents inscrivent leur fils à la maternelle Jules Ferry après les vacances de la Toussaint. Dans la semaine du 15 juin 2016, « C », 3 ans, commence à se plaindre de douleurs aux fesses, à perdre l’appétit et à refuser d’aller à l’école. Les jours passent, il a du mal à marcher, à s’asseoir et se montre, selon sa mère, plus colérique qu’à l’accoutumée. Jamais ses parents n’auraient pu deviner que ce garçon vif et intelligent vivait un drame dans une enceinte qui a pour mission de le protéger et de participer à son éducation. Elle retrouve d’abord des slips souillés dans ses affaires. Des plaques apparaissent au coin de sa bouche. Lorsque quelques jours plus tard, la mère décide de regarder le fessier de l’enfant, elle remarque alors une blessure importante. Questionné, il raconte alors que son copain « J », lui a « rentré des jouets dans les fesses », que lui en a fait autant ainsi qu’à un autre camarade « H ». Une activité étrange qui se serait déroulée en présence d’une certaine « S », autre petite camarade ainsi qu’une ou plusieurs adultes.  La mère prévient son conjoint et d’instinct, ils décident de pendre des photos des blessures. Un réflexe salutaire et déterminant pour la suite de l’affaire.

Découvrez l’entretien du père dans la Néosphère de Block Out radio, pour l’émission « Disons-nous les choses ».

Le parcours médical et médico-légal

Une bataille s’engage alors pour cette famille montreuilloise. Connaître la vérité, les détails et les circonstances de l’affaire et surtout, faire examiner l’enfant par des médecins. Rongé par la culpabilité, en pleurs, il raconte encore et encore la même version. Direction les urgences de l’hôpital Robert-Debré (Paris 19), où la pédiatre émet l’hypothèse d’une constipation, avant de voir les slips et de constater la présence de bactéries dans l’anus. Le jeudi 23 juin à 14h, au commissariat de Montreuil, les parents déposent une plainte. Le vendredi 24, dans l’après-midi ils sont reçus à la Brigade des mineurs. La pédiatre de la famille  refuse de l’examiner, de peur d’être impliquée dans ce qui ressemble à une affaire de pédophilie. L’enfant est alors envoyé vers un confrère qui constate une « fissure anale » qui s’étend « jusqu’aux testicules ». Il prend des photos et rédige une lettre à un autre confrère d’un hôpital parisien (Paris 12ème), détaillant l’état physique du garçon , précisant qu’il a contracté de l’Herpès. Depuis, il s’est retiré du dossier et refuse de réitérer son expertise. Enfin, le personnel d’un de Bondy (Seine-Saint-Denis), effectue des prélèvements sur la victime. Il se montre agressif et méprisant à l’égard des parents: » vous vous croyez dans les séries américaines !? » lance une employée, avant de réhabiliter l’hypothèse de la constipation…

Une administration qui a des choses à cacher ?

La directrice de l’établissement, madame F, joue à plusieurs reprises la carte émotion. Elle se défend d’avoir eu vent de l’affaire, éclate en sanglots face aux parents mais surtout, semble dévoiler des manquements organisationnels au sein de son école.

Patrice Bessac, maire de Montreuil

Patrice Bessac, maire de Montreuil

Patrice Bessac, le maire (Parti communiste) de Montreuil, a lui décidé de noyer le poisson en faisant de ce cas une affaire politique de « pro-Noirs anti-France » contre l’establishment blanc. Il s’est donc rendu à l’école maternelle, accompagné du commissaire de police pour discréditer la famille, distillant le doute sur la véracité des accusations. Version que la Fédération des conseils de parents d’élèves (FCPE) soutient, par le biais d’un communiqué de sa porte-parole Dominique Attia, qui, appuyée par le commissaire, affirme qu’il n’y a pas de traces d’abus sexuel sur l’enfant. Évidemment, entre-temps, la blessure a cicatrisé…La famille passe pour menteuse et une omerta s’est installée au sein des équipes pédagogiques et des services locaux. Quelques rares anonymes cherchent discrètement à en savoir plus. Le parquet de Bobigny a classé l’affaire sans suite. La directrice de l’école a déposé une plainte pour diffamation.

Une affaire politique ?

Au départ, le collectif M-UDC et d’autres militants panafricains étaient les seuls réels soutiens de la famille, qui l’ont accompagnée lors de toutes les mobilisations pour que l’affaire trouve écho, notamment sur les réseaux sociaux . C’est d’ailleurs leur présence que la mairie utilise pour faire de ce sombre récit une histoire de racisme. La confusion est amplifiée par le fait qu’habituellement, les cas de pédophilie sont étalés sur la place publique, mais pas cette fois, étrangement. La victime est un enfant du 93, face à un système qui ne semble pas prendre au sérieux ces accusations d’agression. Personne ne semble vouloir réellement prêter attention aux dires de l’enfant, qui est pourtant le principal intéressé dans cette histoire. Depuis, des volontaires se sont regroupés autour des parents pour former le collectif « Justice pour C. »

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La famille a retiré son fils  de l’établissement.  Aucun suivi psychologique n’a été proposé aux M., le père avoue lui-même tenir le coup grâce à la solidarité des gens qui se mobilisent et rester fort pour son garçon. Selon lui, ce dernier  se serait retrouvé au coeur d’un « réseau de pédophilie », impliquant plusieurs personnes influentes de la ville, tant les efforts de la municipalité à le décrédibiliser sont acharnés. Progressivement, l’enfant confie d’autres détails à son père et à sa mère. A l’heure actuelle, les parents n’ont jamais pu rencontrer ceux des trois autres petits camarades identifiés par leur fils, et on ne sait toujours pas précisément  qui sont les ou les auteurs des méfaits . Jeudi 14 juillet, une marche partira de la Place de la République jusqu’au Ministère de la Justice (Place Vendôme).

SK est la rédactrice/ journaliste du secteur Politique, Société et Culture. Jeune femme vive, impétueuse et toujours bienveillante, elle vous apporte une vision sans filtre de l'actualité.

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