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Hissène Habré, ancien président du Tchad en pleine tempête judiciaire

Politique

Hissène Habré, ancien président du Tchad en pleine tempête judiciaire

Par SK

Hissène Habré fut le 7ème président de la république du Tchad. Actuellement dans les ennuis judiciaires à cause de son régime de terreur, poursuivis pour crimes contre l’Humanité, son procès s’est ouvert au Sénégal le 20 juillet dernier. L’occasion, en ce jour de commémoration de l’indépendance, de revenir sur le parcours d’un chef d’Etat complexe.

Issu d’une famille de berger, Hissène Habré grandit parmi les bêtes. Ses parents remarquent ses capacités intellectuelles et l’envoient à l’école. Il quitte donc le désert du Djourab pour les classes, puis,  le Tchad pour l’Institut des hautes Etudes d’Outre-mer, en France en 1963.

Hissène Habré s’oriente vers le Droit et la politique. C’est à cette période qu’il découvre les écrits de Frantz Fanon et d’autres révolutionnaires de l’Histoire comme Che Guevara.

Au début des années 1970, diplômes en poche, il rentre au Tchad et devient sous-préfet. Sa carrière politique évolue rapidement, il entre d’abord au Front de libération nationale du Tchad (FROLINAT), mouvement armé créé par les musulmans du Nord pour lutter contre l’oppression sudiste. Plus tard, il fonde le Conseil de commandement des forces armées du Nord (CCFAN), qui deviendra Forces Armées du Nord (FAN).

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Hissène Habré et François Mitterrand (ancien président de la République française).

Le 29 août 1978, il devient Premier ministre de la République du Tchad, sous la présidence de Félix Malloum. Le 12 février 1979, il déclenche une guerre qui renverse le régime et permet l’arrivée au pouvoir de Goukouni Oueddei. Le 7 juin 1982, Hissène Habré prend la place de Oueddei par un coup d’état, soutenu par la France et les Etats-Unis. Arrivé au pouvoir, il supprime le poste de Premier ministre et instaure un régime de terreur grâce à l’armée, mais aussi à la Direction de la documentation et de la sécurité (DDS). Ce service de surveillance « très efficace »  envoie des milliers de tchadiens à la mort ou en prison.

S’ensuit une guerre civile entre les forces militaires d’Habré et l’armée du président déchu Goukouni Oueddei, réfugié dans le Nord du pays. A l’époque, la Libye de Kadhafi cherche à annexer cette partie du Tchad. Ce conflit interne devient donc aussi le terrain d’affrontements géopolitiques mêlant la France, les  Etats-Unis et la Libye :

  • La Libye, présente au Nord, soutient Oueddei et son armée
  • La France met en place l’Opération Epervier (février 1986) qui, sous couvert d’aider le Tchad d’Habré, mène en fait la guerre à Libye qui gagne du terrain sur sa zone d’influence (ancienne colonie). La supercherie se poursuivra sous un autre nom, Opération Barkhane (août 2014)
  • Les Etats-Unis jouent un double-jeu, ils financent le régime Habré, notamment la DDS et profitent du Nord du Tchad pour entraîner des soldats libyens contre Mouhamar Kadhafi.

Hissène Habré gagne finalement la guerre, en 1987, grâce à la France, qui, parvient à éradiquer l’occupation Libyenne.

Le 1er décembre 1990, il est renversé par Idriss Déby Itno (actuellement au pouvoir) et s’exile au Sénégal. Son procès s’est ouvert le 20 juillet 2015 pour crimes contre l’Humanité.