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Thierry Gillon, alias « Pwofésè » est un sculpteur et graveur guadeloupéen.

Thierry Gillon, alias « Pwofésè » est un sculpteur et graveur guadeloupéen.

ParMakandal Speaks

Propos recueillis par Pascal Archimède. Lors de cet échange, Thierry nous a parlé de sa passion pour la sculpture ainsi que du lien qu’il entretient avec la Nature. Il nous a également fait part du regard qu’il porte sur sa terre natale : la Guadeloupe.

Thierry Gillon, alias « Pwofésè » est un sculpteur et graveur guadeloupéen.

Bonjour Thierry, d’où te vient ton surnom « Pwofésè »?

Ce surnom me vient d’un ami qui apprécie la passion dont je fais preuve dans l’approche de certains concepts, notamment la quête d’harmonie avec mon environnement. J’oeuvre en effet dans le but de gérer au mieux mon impact environnemental tout en créant un milieu autonome.

Que représente la sculpture pour toi?

La sculpture est pour moi un moyen d’expression qui permet de toucher l’âme car la sculpture est un langage universel. C’est un moyen d’apaiser, d’honorer la mémoire à travers le temps. C’est une façon de mettre en évidence l’histoire et de sanctuariser notre culture de manière a l’enraciner. La sculpture me permet aussi de mettre en cohérence l’imaginaire et le réel tout en passant au renouvellement tel un passage de témoin. La sculpture est une projection de mon mental qui me permet de transférer et de transmettre mes émotions ainsi que des pensées symboliques. Faire émaner nos us et coutumes ! Mais la sculpture est aussi pour moi une quête identitaire. Elle me permet d’établir une connexion ancestrale et de retrouver un paradigme plus proche de moi.

Je sais que quand tu créés des objets, tu as 1 rituel auquel tu ne déroges   pas. Peux – tu nous en parler?

Je me connecte avec mon âme et me relie a l’univers pour faire sortir et ressortir le génie de la création. De la lumière jaillissent des pensées, des sensations et des émotions. J’ancre alors mes racines jusqu’au cœur de Urantia Gaïa [1]. Cela m’aide beaucoup dans mes écrits ou pour parler de mon art.

De quoi t’inspires-tu quand tu sculptes?

Je m’inspire de la vie, de la mort, du parcours de l’Homme sur la Terre, cet animal bizarre et fascinant à la fois. Capable de tuer pour son plaisir et de détruire son habitat, il consomme sa planète un peu comme un nid de termites dévorerait une planche de bois. Paradoxalement l’Homme est capable de tant de belles réussites quand il s’en donne les moyens.

Quelle relation entretiens-tu avec la Nature?

J’ai une relation privilégiée avec la Nature. Le calme, le chant des oiseaux, l’air pur, l’ombre des arbres, contempler la vie des insectes avec plaisir : toutes ces choses m’inspirent. Mentalement j’arrive à me mettre à la place d’une fourmi afin de comprendre sa vie ! Car la Nature nous voit naître et nous voit également mourir. Elle nous nourrit et nous soigne. Je perçois le caractère sacré de la Nature car elle est le socle de la vie.

Comment choisis-tu les thèmes de tes expositions?

Je m’inspire de l’histoire ou encore de la mythologie Antillaise ainsi que du mystico- religieux Caribéen. J’invite à un voyage intemporel et culturel. Les thèmes abordés se doivent d’être pédagogiques, une passerelle reliant le passé au présent dans le but de créer un socle pour se projeter dans un futur positif.

À quelle fréquence organises-tu des expositions?

J’essaie d’organiser une ou deux expositions personnelles chaque année. J’accepte aussi de participer une à deux fois à des expositions collectives.

Quel regard portes-tu sur la société guadeloupéenne aujourd’hui? La trouves-tu occidentalisée ou au contraire as-tu l’impression qu’elle se rapproche de ses racines?

À mon avis, la société guadeloupéenne  est bel et bien occidentalisée. Nous sommes allés dans leurs écoles qui selon moi représente aujourd’hui la base de notre modèle. Ce qui modifie notre paradigme. Cependant nos héros de grandes révoltes, notre Gwo Ka, les apports de l’Afrique ou encore de l’Inde restent très présents, ce qui représente pour moi une énorme richesse. Mais malheureusement, souvent mis en opposition les uns aux autres. Pour moi l’idéal serait de se  dire que nous sommes le résultat des cultures Africaine, Kalinago, Américaine, Européenne et Indienne. Et peut être ainsi subirons-nous moins les influences négatives.

 Serais-tu en faveur d’une évolution statutaire de la Guadeloupe? Si oui,  sous quelle forme: autonomie, indépendance ou autre?

Oui je suis en faveur de l’évolution statutaire de la Guadeloupe sous forme de coopération gagnant gagnant, car tous les peuples ont droit a l’émancipation et au respect. On vit dans un monde interdépendant, donc je ne serais pas pour l’isolement ni pour l’enfermement. Je pense que chaque région a son mot à dire sur chacune des lois qui la concerne afin de mieux les adapter en fonction de ses spécificités.

Quels conseils donnerais-tu à un jeune qui souhaiterait faire de la sculpture son métier?

Créer, ne rien lâcher et croire en soi. Apprendre à maîtriser tout ce qui tourne autour de son art. Être le plus autonome possible, s’entourer de personnes compétentes et surtout créer son réseau.

As-tu des projets à venir?

Je souhaiterais créer un lieu culturel qui valorisera le patrimoine vert. J’espère vulgariser l’art à travers des cours d’initiation et partager avec le plus grand nombre mon expérience dans l’environnement et l’écologie. Je souhaite également organiser des visites sur un site en cours d’aménagement. Ce projet se veut innovant et sera un lieu de rencontre avec nos racines profondes. Ce sera l’occasion de créer une connexion avec les ancêtres tout en se tournant vers un avenir raisonnable.

Notes et références

[1]     La planète Terre