SOCIÉTÉ

Une nageuse sanctionnée : « son maillot ne couvrait pas assez ses fesses »

Breckynn Willis a été privée de sa victoire dans une course de natation par une arbitre. Ce dernier lui a reproché son maillot trop court qui « ne couvrait pas assez ses fesses ». Cette décision a été dénoncée comme discriminatoire envers la ‘morphologie de métisse’ de Willis.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.media

Les Noirs et la natation

Les Noirs ne sont pas beaucoup représentés dans la discipline de la natation, on le sait.

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« Pourquoi le poulet a sauté dans la piscine? Parce que les Noirs ne savent pas nager »

Ce manque de représentation est régulièrement associé, par des théories racialistes, aux caractéristiques physiques de la ‘race noire’. Celles-ci seraient supposément peu adaptées à la pratique de la natation.

D’autres l’ont expliquée par la discrimination envers les Noirs dans la pratique de ce sport.

L’affaire Breckynn Willis

C’est un curieux mélange des deux derniers qui a un temps empêché une jeune métisse de remporter une course de natation. Breckynn Willis, 17 ans au moment des faits, a remporté une course lycéenne le 6 septembre 2019 à Anchorage en Alaska. Après en être sortie victorieuse, elle a fait la mauvaise expérience d’en être disqualifiée.

La raison évoquée? Son maillot de bain « ne cachait pas assez ses fesses ». Pourtant, Breckynn Willis s’était parée du même maillot de son lycée que ses coéquipières. C’est manifestement sa morphologie ‘typée’ ‘afro-descendante qui a entraîné cette situation. C’est ce qu’a dénoncé sur son blog et dans plusieurs médias Lauren Langford. Cette dernière est pourtant entraîneuse d’une équipe concurrente de celle de Willis.

Une ‘règle de pudeur’

Il est pourtant vrai que le règlement de la fédération nationale des lycées d’état mentionne une règle de pudeur. Celle-ci stipule que les lycéennes et lycéens doivent voir leur fesses couvertes par leur maillot de bain et qu’ils pouvaient être disqualifiés pour cela. Toutefois, comme l’a fait remarquer Langford, les uniformes sont à blâmer, pas la morphologie des jeunes filles.

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Lauren Langford

Elle a aussi fait remarquer que les uniformes choisis par la fédération n’étaient en général pas adaptés à leurs propres règles ; que Breckynn Willis n’avait par conséquent pas à être la seule disqualifiée.

Ce n’est pas la première fois que l’arbitre Jill Blackstone s’est plainte du conflit entre la morphologie de jeunes Afro-descendantes et des maillots de bain qui leur étaient imposés de porter.  La soeur aînée de Breckynn Willis, Dreamer Kowatch avait déjà été la cible de critiques publiques de la part de l’arbitre aux convictions puritaines. Pire encore, un parent d’élève non moins puritain avait pris une photo de Willis sans son autorisation et l’avait diffusée en ligne pour dénoncer son apparence ‘indécente’.

Du racisme contre les corps noirs?

Le fait que la même arbitre, briefée ou non par des parents d’élèves, se soit attaquée à deux lycéennes afro-descendantes membres de la même famille montre qu’il ne s’agit pas là d’un accident. S’agit-il de filles mal élevées et qui se mettraient volontairement en tenue indécente au mépris du règlement et des bonnes moeurs? Ou bien l’arbitre s’en serait-il pris à ces jeunes filles à cause de leur corps différent de la plupart des autres jeunes filles (en 2010, seul 3,3% de la population de l’Alaska était noire)?

Dreamer Kowatch, suite à la polémique dont elle a été victime, avait dit à ses proches avoir l’impression que son corps n’était pas fait pour la natation. Si c’est le cas, il est difficile à croire qu’elle ait cherché à avoir plus honte en choisissant de porter son maillot de manière indécente. Il est tout autant invraisemblable que sa soeur ait cherché à s’attirer les mêmes problèmes, a fortiori après avoir vu son corps dénigré en ligne.  De plus, le maillot utilisé par Willis est le même pour toutes les étudiantes. Il est donc plus probable que l’on se trouve dans un cas de discrimination envers les jeunes femmes ayant un corps différent. Une catégorie dans laquelle se trouvent malheureusement de nombreuses Afro-descendantes. On est donc peut-être pas à proprement parler dans un cas de conception d’ ‘inégalité des races’ mais d’une situation où des jeunes filles, notamment  afro-descendantes voient leurs droits réduits à cause de leurs ‘gènes’.

C’est le caractère discriminatoire qui a semble-t-il été retenu puisque la disqualification de Breckynn Willis a été annulée le 11 septembre, lui rendant par là sa victoire.

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