CULTURE

Histoire des racines africaines des Réunionnais

Une grande partie des Réunionnais possède aujourd’hui des origines africaines. Dans cet article, on propose un historique de cette présence.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.media

Avant l’esclavage

La bien nommée île de la Réunion est située au carrefour de l’Afrique et de l’Asie. La diversité des populations qui l’ont peuplée au cours des siècles reflète cette situation géographique. Si des navigateurs arabes et probablement aussi indonésiens avaient très tôt une connaissance de l’île, la première présence ‘récente’ et permanente d’Africains à la Réunion est attestée en 1663. Au cours de cette année, dix serviteurs malgaches accompagnent deux Français venus s’installer de plein gré sur l’île. Cette présence de Malgaches s’intensifie durant les décennies suivantes, notamment avec la déportation de femmes malgaches destinées à ‘palier’ le déséquilibre entre le grand nombre d’hommes blancs et l’absence de femme blanches. Des femmes de la côte indo-portugaise sont également déportées à cet effet.

Durant l’esclavage
En 1690, l’esclavage débute officiellement  à la Réunion. Dans le cadre de la florissante cultivation du café dans la première moitié du 18ème siècle, des esclaves originaires de Madagascar sont déportés sur l’île. Cette période voit aussi les débuts de la présence africaine continentale avec la déportation de populations d’Afrique du sud-est, notamment du nord de l’actuel Mozambique puis, plus tard de Zanzibar. Bientôt, le déséquilibre entre les Africains continentaux et malgaches se fait sentir avec selon des estimations cinq Africains continentaux pour un Malgache déporté et réduit en esclavage.

Toujours durant le 18ème siècle, une autre population africaine géographiquement moins proche cohabite auprès des esclaves d’Afrique du sud-est et des malgaches. Devant les tentatives de fuite de ces derniers vers leur terre d’origine avec des pirogues, les colons vont chercher à faire venir des esclaves originaires des contrées bien plus lointaines d’Afrique de l’Ouest. Parallèlement,  des hommes et femmes de Madagascar et de la côte d’Afrique du sud-est seront déportés sur le continent américain. En 1704, un recensement mentionne ainsi, sur 209 esclaves nés à l’étranger, 10 viennent de ce qui est appelé ‘Guinée’, c’est-à-dire de l’Afrique de l’Ouest, ainsi qu’un ‘More‘ contre par exemple 110 venant de Madagascar. La référence à des ethnies ouest-africaines particulières est parfois faite, comme avec les Yolofs (=Wolofs de Sénégambie).

Ce recours à des Africains de l’Ouest qui s’intensifiera entre 1729 et 1735 n’aura toutefois jamais la même proportion à celui des Africains de l’Est ou même des Indiens. En effet, les frais et les pertes humaines causées par ces longs voyages étaient peu rentables pour les colons.

Dès le début de la seconde moitié du 18ème siècle, l’économie de l’île repose  sur la cultivation du sucre à cause de la destruction des plants de café causée par un puceron. La prédominance des esclaves déportés est-africains par rapport aux Malgaches s’est considérablement réduite et en 1808, sur 54000 esclaves, les premiers sont estimés  à 17476 et les seconds à 11547, la majorité du reste étant constituée d’esclaves nés sur place d’origines africaines souvent diverses, et appelés ‘créoles’.

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Types malgaches à la Réunion, par Antoine Roussin

Après l’esclavage

Après l’abolition de l’esclavage en 1848, les colons ont recours à une autre forme de main d’oeuvre. Il s’agit de l’engagisme, une sorte d’esclavage plus ou moins déguisé par des contrats de travail. Bien qu’il concerne largement des populations venues d’Inde, environ 30000 Africains du continent, de Madagascar,  des Comores, du Mozambique, de Somalie ou de l’île voisine de Rodrigues ont migré à la Réunion dans ce cadre. Bien que leurs contrats étaient limités à quelques années, certains d’entre eux sont en fait restés après leur fin.

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immigrant réunionnais originaire du Mozambique, gravure de 1861 d’après un dessin de Roussin

Après la colonisation , des Malgaches ont continué à venir s’installer à la Réunion, bénéficiant de la nationalité française qui leur était octroyée grâce à leur naissance durant la colonisation.

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Travailleurs libres aux îles Mascareignes, (Réunionnais, Mauriciens, ou Rodriguais) lithographie du XIXe siècle. © Musée historique de Villèle

Ce fut aussi le cas de Comoriens et de Mahorais. Depuis le début des années 2000, des natifs de Mayotte, eux aussi de nationalité française sont venus grossir les rangs de cette majorité de Réunionnais d’ascendance africaine.

Bien qu’ils soient souvent la cible de discours xénophobes basés sur la rhétorique de l’invasion, notamment à cause de leur religion musulmane, l’immigration mahoraise à la Réunion reste marginale, selon des études récentes.

Références

Jacqueline Andoche, Laurent Hoarau, Jean-François Rebeyrotte et Emmanuel Souffrin / La Réunion , Le traitement de l’étranger en situation pluriculturelle : la catégorisation statistique à l’épreuve des classifications populaires

Jean Barbier / Le musée de Villèle à La Réunion entre histoire et mémoire de l’esclavage. Un haut lieu de l’histoire sociale réunionnaise

Jean-François Géraud / L’Afrique des sucriers

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