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Bouki et Malice, personnages phares du folklore haïtien

Culture

Bouki et Malice, personnages phares du folklore haïtien

Par SK

Connaissez-vous Bouki et Malice ? Si ce n’est pas encore le cas, nous vous proposons de découvrir deux personnages phares du folklore haïtien.

Bouki et Malice sont les deux protagonistes les plus célèbres des contes haïtiens. A travers leurs aventures (mésaventures pour ceux qui croisent Malice), on met en garde les enfants contre les vices les plus dangereux tels que la gourmandise, la curiosité ou encore l’avidité. « Bouki ». Comme en Afrique et en Europe, le lièvre incarne la malice. Espiègle et incroyablement rusé, il passe son temps à jouer de mauvais tours aux autres, sans qu’aucun remord n’agite jamais sa conscience. Sa victime préférée est Bouki, avec qui on lui prête des liens de parenté, à cause de l’appellation « Nonk Bouki » en créole haïtien, sous lequel on le retrouve et qui signifie « Oncle Bouki ». Ce n’est d’ailleurs pas un hasard s’il s’acharne constamment sur lui car, Bouki est un simplet. Comme son aïeul Wolof Bouki la hyène, il est maladroit et naïf, et se fait donc toujours avoir. C’est comme ça qu’en Haïti on appelle un idiot Bouki.

Bouki et Malice: « deux personnages populaires de la débrouillardise en Haïti ».

Les péripéties qui découlent des tours joués par Malice sont amusantes et tournent en ridicule ceux qui les subissent. Toutefois, si l’on prend ce Malice dans son essence haïtienne, ce personnage est avant tout un débrouillard. En effet, la ruse demeure l’arme du plus faible, entendez par là, du plus démuni, du moins costaud, du moins beau… Elle sert à compenser les inégalités et injustices de la vie, par tous les moyens nécessaires et donc inévitablement au détriment des autres. Poussé à l’extrême pour renforcer l’impact des contes; lorsqu’on transpose le personnage au contexte et à l’histoire d’Haïti, on comprend que Malice n’est pas tant un mauvais bougre qu’un homme rusé qui fait montre d’ingéniosité pour tromper la vie et tenter de l’aborder tant bien que mal, dans les meilleures conditions possibles.

 

De la même manière Bouki, présenté comme un « aloufa » (glouton) et  bien qu’il soit bête, se retrouve piégé dans des histoires compliquées alors qu’il cherche initialement à assouvir un besoin vital, comme dans « Bouki et Tibèf* » ou « Bouki cherche à manger du Waïe ». Ainsi, feu la grande conteuse haïtienne Mimi Barthélémy présente Bouki et Malice comme « deux personnages populaires de la débrouillardise en Haïti ».  A l’instar de ces deux-là, la célèbre auteure  a dit avoir réécrit d’autres histoires populaires de l’île  telles que Aveline et le dindon « en hommage au génie que déploie notre peuple pour survivre ». D’excellentes études et explications de texte sur l’univers de ces contes, que l’esprit humain a imaginé animaliers, sans doute par réflexe, existent dans des recueils malheureusement quasi impossibles à trouver dans les bibliothèques et librairies de France hexagonale (1). Toutefois, internet demeure un excellent outil pour les recherches des plus curieux. Les deux complices, car l’un ne va pas sans l’autre, ont même inspiré la musique. En 1977, les frères Déjean sortent leur album le plus emblématique: Bouki ak Malice , dont voici un extrait:

 Un héritage africain

Les compères Bouki et Malice sont l’un des liens intrinsèques qui relie Haïti à l’Afrique. Selon la légende, les ancêtres de Malice seraient originaires de la Guinée. Les deux tirent donc leurs racines en Afrique de l’ouest. Par ailleurs,  ces histoires se doivent d’êtres racontées dans les mêmes conditions que celles des récits en Afrique, autrefois. C’est généralement un ancien (personne âgée) qui est le conteur. Il prend la parole le soir, durant la veillée, souvent autour d’un feu. Le conteur introduit son récit en lançant le cri « Krik », auquel le public, tout ouïe, répond avec enthousiasme et appétence par un « Krak » général.

On retrouve ce procédé dans toute les Caraïbes; une façon de maintenir le lien avec la terre mère, qui a subsisté même durant l’esclavage… Bref, Bouki et Malice font partie intégrante du folklore haïtien et réunissent les générations, à tel point que le réalisateur Jean-marie Lamour en a réalisé un film d’animation en 2013. Ce technicien canadien d’origine haïtienne est le concepteur du premier film haïtien en 3D en format long, produit sur ses propres fonds et  sorti en 2011 sous le titre « Corrie le seigneur ». Dans une interview donnée à Radio télévision caraïbe, il expliquait son désir de voir des films tirés de la culture haïtienne naître pour le grand public: «Il y a des films Tom & Jerry aux États-Unis, Astérix et Obélix en France, pourquoi ne pas réinventer les histoires de Bouki et Malice en film d’animation?». La conteuse Rose-Esther Guignard et le percussionniste Jean-Taliaut les faisaient également revivre sur scène en 2013 et en 2016. Car, le conte reste le meilleur outil de construction identitaire et morale pour tous !

Bouki et Malice, toute une histoire !

 

Sur Bouki et Malice:

Suzanne Combaire-Sylvain, Le romand de Bouki

Jean-André Victor, Bouqui et Malice ainsi parla l’autre: 50 dialogues choisis 

Colette Rouzier, Bouqui Malice et Zanmi

Mimi Barthélémy, Contes d’Haïti; Malice et l’âne qui chie de l’or et autres contes d’Haïti

 

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