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Sortir du Triangle dramatique

Société

Sortir du Triangle dramatique

Par Anne Rasatie

Dans vos relations aux autres, êtes-vous plutôt bourreau, victime ou sauveur ?

Stephen B. Karpman (psychologue américain des années 1970) a mis en évidence un modèle de détection et d’analyse des jeux psychologiques appelé « le triangle dramatique ». Le triangle dramatique (ou triangle de Karpman) est une théorie des rapports sociaux. Il réduit schématiquement mais pertinemment les liens relationnels sous la forme d’un triangle comportant trois positionnements : la victime, le persécuteur (ou bourreau) et le sauveur.

Le piège du jeu de rôles

Nous avons tous dans notre entourage des proches qui « aiment » sauver, persécuter ou se victimiser. D’ailleurs, nous jouons également un de ces personnages, consciemment ou non. Dans nos rapports sociaux, nous entretenons des rôles prédéterminés qui parfois nous enferment dans une image, souvent bien éloignée de notre personnalité profonde.

Dans l’analyse des rapports sociaux du triangle de Karpman, chaque rôle est dépendant des autres pour vivre (à l’intérieur de son rôle). En acceptant un de ces rôles, l’individu se cloître dans un éternel conflit entretenu par les différentes revendications « légitimes », y compris les siennes. En réalité, ces jeux psychologiques ne mènent nulle part et personne n’en sort jamais gagnant. Afin de déterminer votre propre jeu de rôle et ceux de vos proches, analysons les différents positionnements psychologiques du triangle dramatique.

La victime

Elle a souvent l’impression que quelqu’un lui en veut, qu’elle n’a pas de chance. Elle est souvent confrontée à une situation qui ne veut pas s’arranger et ne se sent pas capable d’agir seule…

Tous ces paramètres pourraient rendre légitime la victimisation (ça n’arrive qu’à moi!), alors que c’est plutôt un état d’esprit « perdant » qui bloque la situation.

En adoptant un comportement de victime (et en subissant les déboires qui en découleront), cette personne attirera l’attention des « sauveurs » et des « persécuteurs ». Ceux-ci, tout aussi enfermés dans leurs rôles, n’ont aucun intérêt à ce que la victime s’en sorte, au risque de ne plus être utiles. Il est alors évident qu’elle finira tôt ou tard par avoir de bonnes raisons de se plaindre !

Conclusion: Les gens qui se plaignent continuellement ne parviennent pas à prendre leur part de responsabilités et à sortir de leur situation de victime. Ils deviennent des victimes chroniques ou éternelles et entretiennent la nécessité des rôles complémentaires de sauveurs et persécuteurs.

Le persécuteur

Il veut toujours avoir raison, prouver qu’il est le meilleur. Il aime la compétition et se comparer aux autres. Il se met facilement en colère et à tendance à critiquer la manière de faire différente de la sienne. Le trop plein d’énergie du persécuteur se focalisera sur ceux qui en ont moins (victimes).

Ce sont les signes (principaux) qui caractérisent le persécuteur.

Les manipulateurs persécuteurs jouent merveilleusement bien ce rôle, mais en réalité, ils portent un masque et derrière leur masque et leur allure de personnes sûres d’elles, ces personnes ont en réalité une très faible estime d’elles-mêmes au point qu’elles se sentent obligées de dénigrer leur entourage pour garantir leur estime personnelle.

Conclusion: Les gens qui s’en prennent aux autres passent pour des manipulateurs mais cela cache un manque cruel de confiance en soi.

Le sauveur

Il veut plaire tout le temps, en faisant plaisir au autres. Il a le besoin de prouver à lui-même et aux autres qu’il est utile, voire indispensable. Il est prêt à voler au secours de tous ceux qui semblent en avoir besoin (victimes), même si cela ne leur est pas demandé.

Le sauveur tombera dans le piège des gens plaintifs et des victimes éternelles. Il s’épuisera à vouloir aider ses « victimes » qui n’ont en réalité aucune envie d’être aidées (elles veulent juste se plaindre et pour la plupart, rester dans leur rôle de victime). Lorsque qu’il aura compris que ces victimes ne veulent pas assumer leurs responsabilités, il leur en voudra d’avoir abusé de son temps et de son énergie et… deviendra leur persécuteur !

Conclusion: Les gens qui veulent sauver les autres finissent frustrés ou à leur tour persécuteurs.

Retrouvez l’équilibre dans vos relations

Ces rôles conduisent à nous enfermer dans une spirale infernale qui nous rendra malheureux, malgré les quelques victoires éphémères du début de relation. De plus, ces rôles ne sont pas figés: nous pouvons dans la même journée, en fonction de l’environnement dans lequel nous évoluons, passer successivement de victime (au travail par exemple), à sauveur (en famille) puis à persécuteur (entre amis).

Ainsi, une fois l’introspection faite, nous pouvons réfléchir aux solutions de sortie de jeu:

  • Pour commencer, il faut déjà prendre conscience du rôle que l’on joue et celui des autres personnes autour de nous. Observez la relation que vous avez avec ceux-ci, pensez à vos comportements dans la vie de tous les jours, car ce sont régulièrement les mêmes schémas qui reviennent inlassablement. Vous pourrez alors déterminer si votre rôle correspond à ce que vous voulez être.
  • Une solution simple pour se sortir de là est de ne pas assumer le rôle attendu. Pour que le Triangle de Karpman fonctionne il faut une Victime, un Persécuteur, et un Sauveur. En sortant de ce triangle, il n’y aura plus de prise à laquelle vous enchaîner.
  • Vous pouvez également jouer le « miroir »: si votre interlocuteur joue la Victime, faites la Victime, s’il joue le Sauveur, faites le Sauveur et s’il joue le Persécuteur, faites le Persécuteur. C’est une bonne façon de bloquer le jeu car vous ne jouez pas le rôle complémentaire. Cela vous permettra aussi de comprendre la personne en face de vous.

Dans tous les cas, privilégiez la communication aux « ping-pong » verbaux. Il ne s’agit pas seulement d’avoir la bonne répartie, mais de ne pas se laisser embarquer malgré vous, dans le cercle vicieux du jeu de rôle. Le meilleur moyen de ne pas tomber dans la dépendance est de prendre ses responsabilités ! Vous en sortirez libre, et par mimétisme, peut-être libérerez-vous même votre entourage de son propre cercle infernal.

 

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Sources:

« Victime, bourreau ou sauveur : comment sortir du piège ? » Christel Petitcolin

penserchanger.com/le-triangle-de-karpman-un-drame-a-trois

blog-fr.coaching-go.com/2012/02/comment-eviter-les-jeux-psychologiques-avec-le-triangle-de-karpman/