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Ghana : vers un apprentissage obligatoire de la langue française à l’école

Société

Ghana : vers un apprentissage obligatoire de la langue française à l’école

Par Sandro CAPO CHICHI

En 2017, le président ghanéen Nana Akufo-Addo a déclaré vouloir rendre obligatoire l’apprentissage de la langue française de l’école primaire au collège dans son pays.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.media

En décembre 2017, le président ghanéen Nana Akufo-Addo prononçait, en réponse à son homologue français Emmanuel Macron, un discours dans lequel il appelait à une autonomie de l’Afrique vis-à-vis de l’Occident. Grâce à ce discours perçu par certains sur les réseaux sociaux comme une gifle à l’endroit du néocolonialisme, le président ghanéen a gagné l’admiration d’un public panafricain.

Derrière l’enthousiasme du public pour ces mots ‘révolutionnaires’, je n’ai pourtant perçu qu’un discours démagogique judicieusement prononcé après l’humiliation sur ses terres du Président burkinabé Roch Kaboré quelques jours plus tôt par le même Emmanuel Macron. Loin de s’être opposé frontalement au Président français, Akufo-Addo a constamment cherché à s’assurer qu’il ne heurtait pas son interlocuteur, rappelant même à qui voulait l’entendre, que l’on disait souvent de lui qu’il était un ‘francophile’.

Moins connues du public panafricain sont d’autres décisions prises plus tôt et que l’on pourrait aussi attribuer à la ‘francophilie’ du Président Akufo-Addo.

langue française

Nana Akufo-Addo

Ainsi, en mai 2017, il annonçait publiquement sa volonté de rendre l’enseignement de la langue française obligatoire dans les écoles de son pays jusqu’au lycée. Pour soutenir cette décision, Akufo-Addo a évoqué l’isolement linguistique de son pays ‘anglophone’ au milieu des pays limitrophes que sont la Côte d’Ivoire, le Togo et le Burkina Faso et qui sont tous trois officiellement francophones.

« Matthew Opoku Prempeh, le ministre de l’éducation, a [cette réforme] pour priorité et je pense qu’entre maintenant et idéalement d’ici la prochaine rentrée année scolaire, il en ressortira quelque chose de bien parce que pour moi il est absolument essentiel que nous la mettions en place pour que nous puissions émanciper notre population en lui donnant la capacité de survivre dans l’environnement de la CEDEAO. Les gens parlent anglais, mais nous ne parlons pas le français. Ce n’est pas une bonne chose ; et je pense que c’est comme ça que nous devons nous y prendre.  » -Nana Akufo-Addo

 

La volonté du Ghana de vouloir échanger économiquement dans de meilleures conditions avec les autres Africains peut sembler relever d’un sentiment panafricain plus que francophile. Toutefois, on pourrait objecter qu’un comportement plus panafricain encore aurait pu consister à favoriser l’enseignement à l’école de langues vernaculaires ghanéennes dont on sait qu’elles sont plus ou moins intelligibles par des populations des pays voisins. On sait par exemple que l’éwé est parlé à l’est au Togo et au Bénin sous la forme du ouatchi et est aussi mutuellement intelligible avec le gen qui est une des langues véhiculaires du sud du pays. Au nord, la langue vernaculaire principale, le dagbani, est aussi mutuellement intelligible avec le moore du Burkina Faso alors qu’à l’ouest, le nzema est parlé en Côte d’Ivoire et le twi y reste proche de nombreuses langues akan comme l’agni ou le baoulé. Certes, tous les résidents de pays de la CEDEAO ne parlent pas toutes les langues de leur pays mais on peut rappeler qu’ils ne parlent pas non plus tous les langues officielles de leurs pays respectifs, qu’il s’agisse de la langue française ou anglaise.

langue française

Le Ministre de l’Education ghanéen Matthew Opoku Prempeh et l’ambassadeur de la France au Ghana, M. François Pujolas (source )

Probablement conscient de ces réalités, Nana Akufo-Addo a semble-t-il voulu jouer la carte du pragmatisme économique. En juin 2017 a ainsi été rendu public le don de 700000 dollars fait par l’ambassade française au Ghana  au gouvernement ghanéen pour développer l’enseignement du français dans le pays. Il va de soi que l’enseignement du français et en français semble, dans cette perspective, bien plus facile à mettre en place que celui de langues nationales et régionales à la standardisation balbutiante et pour lequel aucun financement de ce type ne sera disponible.

En 2006, alors qu’il était Ministre des Affaires Etrangères, c’est ce même Nana Akufo-Addo qui faisait entrer officiellement le Ghana dans l’espace de la Francophonie, espérant probablement faire bénéficier son pays d’un autre espace économique dirigé par une ancienne puissance coloniale que le Commonwealth dont il faisait déjà et fait toujours partie. Il semble donc qu’au delà des revendications d’autonomie, le portefeuille de la France et ses acquis  de la colonisation continuent à dicter les règles du jeu de l’ ‘auto-détermination’ des pays africains.

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