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Fondation pour la mémoire de l’esclavage : les parlementaires en action

Politique

Fondation pour la mémoire de l’esclavage : les parlementaires en action

Par SK

La réunion de commission pour la fondation des mémoires de l’esclavage et des traites s’est tenue ce mercredi 29 novembre en présence de la délégation parlementaire d’Outre-Mer et de l’ancien premier ministre, Jean-Marc Ayrault, président du Groupement d’intérêt public.

La question de la mémoire de l’esclavage et des traites est l’un des défis principaux du fameux vivre-ensemble prôné par les élites françaises. Une question importante en ce qu’elle touche à celle de l’intégration, réelle et définitive, d’une partie de la population française, les ultramarins en premier lieu. Le groupement d’intérêt public (GIP), dirigé par l’ancien premier ministre Jean-Marc Ayrault, travaille avec d’autres personnalités politiques, ainsi qu’avec la délégation parlementaire d’Outre-Mer afin de mener le projet de création d’une fondation dédiée à cette mémoire occultée. Ce mercredi 29 novembre, à l’Assemblée nationale, se tenait une réunion de commission entre les différents acteurs afin de permettre la rencontre et l’échange pour statuer sur les actions de mise en place de cette fondation. L’occasion pour Jean-Marc Ayrault de rappeler l’importance de cette démarche. Citant des figures emblématiques des Lettres et du militantisme Antillais telles qu’Edouard Glissant ou Aimé Césaire, le président de la Mission pour la mémoire de l’esclavage, des traites et de leurs abolitions, a rappelé qu’il s’agit là « d’un défis pour nous tous » et de « franchir une nouvelle étape » dans l’instauration de ces épisode au sein des institutions publiques. La fondation, qui devra voir le jour fin 2018, aura comme missions principales de :

  • co-produire des événements culturels
  • poursuivre des recherches sur le rôle de l’esclavage dans la construction de la France
  • financer des voyages éducatifs
  • mener un travail en relation ave la société civile
  • aborder franchement la question de l’esclavage contemporain

La fondation devra également travailler de concert avec l’UNESCO, qui avait déjà amorcé il y a quelques années la réconciliation avec ce passé douloureux, à travers « La route de l’esclave ».

Olivier sera (président de la délégation parlementaire d’Outre-Mer); Jean-Marc Ayrault (président du GIP) lors de la réunion de Commission le 29/11/2017

 Rassembler et apaiser

Cette discussion survient dans une période particulièrement tendue, après la découverte des images de la vente de migrants noirs Africains en Libye. Alors que la France est secouée par ces images d’un autre-temps, la nécessité de faire prendre à l’Etat sa responsabilité dans ce passé esclavagiste, s’impose de plus en plus comme une urgence. Jean-Marc Ayrault a ainsi tenu à insister sur le fait que le risque de colère et de haine tenait plus du fait de vouloir ignorer cette mémoire que de la partager avec tous les citoyens : « Si nous mettons de côté cette question essentielle, il y a un risque que certaines forces extrémistes s’emparent de ces questions pour les traiter, non pas pour rassembler, mais pour diviser ou renforcer ce sentiment communautariste. » En effet, jusqu’ici, la classe politique peinait à comprendre l’importance d’aborder ces questions avec pédagogie et recul. Les échanges avec les députés ont été brefs mais directs. On retiendra notamment l’intervention de la député Maud Petit, qui a posé la question de la destruction des statues d’anciens personnages tristement célèbres comme Jean-Baptiste Colbert. Ce à quoi le député a répondu qu’il était ouvert à la réflexion. Lui, qui n’avait jamais entendu parler du Code Noir, d’après lequel fut baptisé le lycée où il fit ses études secondaires.

Maud Petit, députée de la 4ème circonscription du Val-de-Marne

L’ancienne ministre de l’Outre-Mer, Erica Bareights, a elle pertinemment dénoncé le « manque de références historiques » dans les espaces ultramarins et le besoin pour ces populations de connaître les « esclaves marrons qui ont eu le courage de fuir », afin de retrouver de l’estime de soi. Elle a également salué la mobilisation de ces milliers de français contre la situation en Libye.

Erica Bareights, ex-ministre de l’Outre-Mer

En dehors des doléances, le GIP et la délégation parlementaire de l’Outre-Mer doivent faire face à des interrogations plus concrètes. A savoir, la forme que prendra cette fondation, l’élaboration d’un rétro-planning, les budgets et la pertinence ou non, d’associer ce projet à celui de la Cité d’Outre-Mer, qui doit voir le jour en 2019. Une concurrence entre deux initiatives d’envergures, qui pourrait poser le problème des financements. Un point souligné par l’ancienne ministre de l’Outre-Mer, George-Pau Langevin.

L’achèvement d‘un long combat

Cette fondation va exister sur la promesse de l’ancien président de la république, François Hollande. Promesse qui fait suite aux longues revendications d’une partie de la société civile mais surtout des associations qui depuis plusieurs années militent pour la reconnaissance nationale de cette mémoire. C’est par exemple le cas du CM98, qui a fait entrer dans la loi un jour de commémoration pour rendre hommage aux ancêtres (le 23 mai). Y succéda la loi Taubira de 2001, pour la commémoration de l’abolition de l’esclavage et le combat du CRAN ces deux dernières années pour la création de cette fondation. Lionel Zinsou, ancien candidat à la présidentielle du Bénin en prendra la tête et le comité historique comptera lui sur des personnalités diverses dont Louis-Georges Tin ou la réalisatrice Leïla Sy. La fondation de Paris fera écho aux autres initiatives autour de cette question mémorielle comme le Mémorial Acte en Guadeloupe.

Quelques chiffres :

  • 40 000 euros/an : le montant basique, selon Jean-Marc Ayrault, pour mener une vraie politique mémorielle
  • <1,5 et 3 millions d’euros : budget de fonctionnement prévisionnel de la fondation
  • 5 millions d’euros : budget de fonctionnement annuel de l’office national des Anciens combattants
  • 2 millions d’euros : budget de fonctionnement annuel de la Fondation Jacques Chirac
  • 280 000 euros : budget du GIP pour l’année 2018

Découvre un extrait de l’audition de Jean-Marc Ayrault:

https://www.facebook.com/bignofi/videos/10154914773280800/

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