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Cécile Kyenge ou le courage face au fascisme italien

Politique

Cécile Kyenge ou le courage face au fascisme italien

Par Atouma NKeussi

Le 27 avril 2013, Cécile Kyenge est nommée ministre pour l’Intégration du gouvernement, elle occupe ce poste entre 2013 et 2014 et devient la première femme noire de l’histoire de l’Italie à être nommée ministre. Une place qui lui vaut bon nombres d’agressions, alors qu’elle aurait plutôt dû donner une image positive à pays.

Son entrée en fonction a fait l’objet de nombreux commentaires et actes racistes, xénophobes ou sexistes sur des sites d’extrême droite. Le député européen de la Ligue du Nord, Mario Borghezio, avait insinué qu’elle devait son entrée au gouvernement à une promotion canapé en l’accusant de vouloir imposer « des traditions tribales » en Italie. Il avait également déclaré que les africains n’avaient « pas produit de grands gènes ». Le gouvernement a décidé d’ouvrir une enquête après la diffusion de ces insultes racistes.

Cécile Kyenge

Cécile Kyenge
Crédit photo: Le Monde

Suite à un fait divers tragique impliquant un immigré clandestin ghanéen en mai 2013, Matteo Salvini membre de la Ligue du Nord accuse « la ministre de couleur d’instigation à la violence à partir du moment où elle dit que la clandestinité n’est pas un délit ». En juillet 2013, Roberto Calderoli, le vice-président du Sénat, la compare à un orang-outan ; ses propos seront sévèrement condamnés par l’ensemble des personnalités politiques italiennes, dont la présidente de la Chambre des députés Laura Boldrini. Calderoli se plaint d’être victime d’un sort de marabout lancé par le père de la ministre qui aurait été fait pour venger sa fille. Depuis, il ne cesserait d’être accablé de malheurs et voudrait que l’auteur de cette malédiction la retire. Ce à quoi Cécile Kyenge répond qu’elle est bonne catholique et ne croit pas à la sorcellerie.

Cécile Kyenge

Francess Cress Welsing
Crédit photo: Black Patrol

En 2013, à l’époque où Cécile Kyenge était en fonction, elle trois mannequins ensanglantés avaient été déposés en 2013 devant un bâtiment administratif avec pour message :

« L’immigration, c’est le génocide des peuples, Kyenge, démission »

Le mot est lâché : génocide. Le génocide des peuples. La peur de l’autre n’est pas seulement liée à la différence épidermique mais aussi à l’annihilation d’un groupe humain que peut entraîner la mélanine d’un autre groupe. Là est le fond du problème. La psychanalyste américaine Frances Cress Welsing avait mis le doigt sur l’une des grandes problématiques auxquelles se heurtent les peuples occidentaux : cette crainte viscérale d’être rayés de la carte du monde à cause du métissage que pourrait engendrer l’immigration.

Une mobilisation des associations européennes de lutte contre la négrophobie

Face à cette agressivité féroce subie non seulement par la ministre mais aussi par l’ensemble de la population noire italienne, Louis-Georges Tin, le président du CRAN (le Conseil Représentatif des Associations Noires), a apporté son soutien à la REDANI (la fédération des associations noires d’Italie) qui oeuvre sur le territoire italien pour défendre la population noire opprimée.

Cécile Kyenge

Louis-Georges Tin

« De manière paradoxale, les partis nationalistes souillent l’image de leur pays, et c’est Cécile Kyenge, qu’ils rejettent, qui par son intelligence et par son courage, nous redonne foi en l’Italie », a commenté Louis-Georges Tin, le président du CRAN.

A la même période, en France, la garde des Sceaux, Christiane Taubira, était elle aussi victime de négrophobie de la part d’une partie de la société et de la classe politique. Une militante du Front National avait comparé la ministre à un singe, ce qui lui fait valu une condamnation, finalement annulée, et l’exclusion du parti.