Trilogie Kemi Seba

La « Republic of New Africa », un état Noir en territoire US

Culture

La « Republic of New Africa », un état Noir en territoire US

Par Makandal Speaks

A l’époque des luttes pour les droits civiques aux Etats-Unis, une organisation séparatiste noire proclamait la Republic of New Afrika. Cet embryon de régime politique africain et indépendant comptait s’établir dans les états du sud ayant une forte population afro-américaine

Robert F. Williams, ancien président du chapitre de la NAACP de Caroline du Nord et premier président de la Repulic of New Afrika

Robert F. Williams, premier président de la Repulic of New Afrika

Louisiane, Mississippi, Alabama, Géorgie, Caroline du Sud, Caroline du Nord, Arkansas, Texas, Tennessee et Floride. Tels étaient les états revendiqués par la Republic of New Africa (RNA). Elle fondée le 31 Mars 1968 lors de la « Black Government Conference » de Détroit par Imari Obadele [1]. Cette République s’était doté d’une constitution, d’une structure gouvernementale et avait établit sa capitale à Hinds County. Elle avait également élu un président en la personne de Robert F.Williams. Ce dernier, avait déjà été président du chapitre de la NAACP de Monroe en caroline du Nord. De plus, c’était un farouche partisan de la défense armée de la communauté noire. D’autres militants de premier ordre se joignirent à ce gouvernement provisoire. L’avocat et homme politique Chokwe Lumumba [2] et Betty Shabazz la veuve de Malcolm X notamment, dévinrent tout deux Vice-Présidents.

La Republic of New Africa avait des revendications précises. La République noire exigeait le paiement de plusieurs milliards de dollars des USA, en réparation de l’esclavage et de la Ségrégation. Elle souhaitait un référendum réservé aux afro-Américains sur l’indépendance vis-à-vis des Etats-Unis.  Sur le plan politico-économique elle s’inspirait du concept d’Ujamma de Julius Nyerere, le père de l’indépendance tanzanienne [3]. La RNA prévoyait aussi de se doter d’institutions pour faire respecter le droit à l’autodétermination des afrodescendants.

Drapeau de la Republic of New Afrika

Drapeau de la Republic of New Afrika, partageant les couleurs du Libération Flag de Marcus Garvey

Le groupe savait que les États-Unis rejetteraient leurs revendications. La Republic of New Afrika réfléchit donc à la mise en place d’une résistance armée et à la création de techniques de guérilla urbaine au cas où les choses tourneraient mal. C’est dans ce cadre que naquit la « Black Legion« , une milice d’autodéfense tenant lieu d’armée à la République afro-américaine.

L’organisation fut très active sur le terrain du militantisme. En effet, La RNA joua un rôle important dans l’épisode de la grève des professeurs de New-York en 1968 [4].Evidemment, l’activisme et les positions radicales de la Republic of New Afrika ne tardèrent pas à s’attirer les foudres du gouvernement américain. En effet, Les autorités fédérales et locales virent d’un mauvaise œil la RNA. Ils craignaient que celle-ci ne soit la source de conflits violents. A l’instar de tant d’autres organisations noires de l’époque, l’organisation était dans le ligne de mire du programme COINTELPRO. La RNA fit rapidement l’objet d’une surveillance accrue et de tentatives de déstabilisation par les équipes du FBI.

Ainsi, en 1969, un an jour pour jour après sa création, la police fit une descente  pendant  de la conférence anniversaire de la Republic of New Afrika. Au cours de l’affrontement opposant les activistes noirs à l’Etat, un policier fut abattu. Les trois membres de la République impliqués furent, cependant, acquittés. La police de Jackson, dans le Mississippi, s’en prit, quant à elle, au quartier général de la RNA. Un autre policier fut tué. Cette fois, en revanche, Onze membres dont le fondateur furent arrêtés et incarcérés pour agression, meurtre et sédition. Trois autres membres tuèrent aussi un policier qui avait fait feu sur leur voiture au Nouveau-Mexique. Après avoir détourné un avion, ils s’enfuirent pour Cuba. L’un d’eux, Imari Obadele, fut condamné une seconde fois pour complot. Il s’acquitta totalement de sa peine en 1980.

La popularité et l’influence de la Republic of New Afrika diminua avec l’incarcération de la plupart de ses leaders. Néanmoins, l’organisation milite toujours et revendique encore, à ce jour, entre 5 000 et 10 000 membres [5].

[1] Imari Obadele était un séparatiste noir, défenseurcdes réparations. Il fut le fondateur et le président de la Republic of New Afrika.
[2 ] Edwin Finley Taliaferro changea son nom en Chokwe Lumumba à son entré dans la RNA. Son nouveau nom est un hommage à l’ethnie sud-africaine des Chokwe et de Patrice Lumumba leader congolais. Il fut le maire de Jackson dans le Mississippi de juillet 2013 à février 2014.
[3] Ujamaa ( «famille» en swahili) est le concept qui a servi de base aux politiques de développement social et économique de Julius Nyerere en Tanzanie après son indépendance en 1961.
[4] La grève des enseignants de New York de 1968 fut une confrontation entre la nouvelle commission scolaire contrôlée par la communauté noire, et la United Federation of Teachers. Dans une démarche de contrôle communautaire de l’éducation, la commission licencia la quasi-totalité du personnel blanc et juif.
[5] http://www.asetbooks.com/Us/Nationhood/RNA/RepublicOfNewAfrika.html