Le massacre de 1804 en Haïti : 7 choses à savoir

Découvrez les aspects clés du massacre haïtien de 1804, un événement historique crucial et tragique. Cet article approfondit les raisons, les méthodes et les conséquences de ce génocide sous la direction de Jean-Jacques Dessalines, offrant une perspective unique sur la brutalité de la colonisation et la lutte pour l’indépendance en Haïti.

1. Un acte de « génocide » sous la direction de Jean-Jacques Dessalines

massacre de 1804
Jean Jacques Dessalines, président puis empereur d’Haïti

Le massacre de 1804 en Haïti, parfois qualifié de génocide haïtien1, a été orchestré par des soldats afro-haïtiens, principalement d’anciens esclaves, sous les ordres de Jean-Jacques Dessalines2 :

(…) tuer tout Français qui souille la terre de la liberté par sa présence sacrilège. Girard, Philippe R. (2005-06-01). « Caribbean genocide: racial war in Haiti, 1802–4« 

Ce fut une réaction brutale contre la population européenne restante, principalement française, suite à la Révolution haïtienne qui avait vaincu l’armée française en novembre 18033.

2. Une réponse à la cruauté coloniale

massacre de 1804
Atrocités commises par le corps expéditionnaire français sous les ordres du Vicomte de Rochambeau

Ce massacre peut être vu comme une réponse extrême à des siècles de brutalité coloniale et d’esclavage. Les atrocités commises par les colons blancs, décrites de manière horrifiante par le secrétaire personnel d’Henri Christophe4, reflètent la cruauté inimaginable subie par les esclaves noirs :

N’ont-ils pas pendu des hommes la tête en bas, ne les ont-ils pas noyés dans des sacs, ne les ont-ils pas crucifiés sur des planches, ne les ont-ils pas enterrés vivants, ne les ont-ils pas écrasés dans des mortiers ? Ne les ont-ils pas forcés à consommer des excréments ?

Et, après les avoir écorchés au fouet, ne les ont-ils pas jetés vivants pour être dévorés par les vers, ou sur des fourmilières, ou attachés à des pieux dans les marais pour être dévorés par les moustiques ? Ne les ont-ils pas jetés dans des chaudrons bouillants de sirop de canne ?

N’ont-ils pas mis des hommes et des femmes dans des tonneaux hérissés de pointes et ne les ont-ils pas fait rouler à flanc de montagne jusqu’à l’abîme ? N’ont-ils pas livré ces misérables Noirs à des chiens mangeurs d’hommes jusqu’à ce que ces derniers, rassasiés de chair humaine, laissent les victimes mutilées pour être achevées à la baïonnette et au poignard ? Heinl, Michael ; Heinl, Robert Debs ; Heinl, Nancy Gordon (2005). Written in Blood : The Story of the Haitian People, 1492-1995 (Revised ed.). Lanham, Md ; Londres : Univ. Press of America.

Ainsi, dans l’esprit de certains, cela justifie la nécessité de cette réaction violente.

3. L’extermination systématique

massacre de 1804
Gravure de 1806 représentant Jean-Jacques Dessalines. Elle représente le général, l’épée levée dans un bras, tandis que l’autre tient la tête coupée d’une femme blanche.

Du 22 février au 22 avril 1804, des escadrons de soldats se sont déplacés de maison en maison à travers Haïti, torturant et tuant des familles entières. On estime que 3 000 à 5 000 personnes ont été tuées, souvent avec des armes blanches pour éviter d’alerter les victimes potentielles. Dessalines avait initialement garanti la sécurité de la population civile blanche restante, mais a ensuite ordonné leur extermination pour des raisons de sécurité nationale. A l’issue du massacre, il déclarera d’ailleurs :

Je me rendrai heureux dans ma tombe. Nous avons vengé nos frères. Haïti est devenue une tache rouge sang sur la face du globe ! Pezzullo, Ralph (2006). Plunging Into Haiti: Clinton, Aristide, and the Defeat of Diplomacy. Univ. Press of Mississippi.

4. Des exceptions notables :

massacre de 1804
January Suchodolski, Bitwa na San Domingo, 1845

Le massacre a exclu les légionnaires polonais survivants5, qui avaient fait défection de la légion française pour s’allier aux Africains asservis, ainsi que les Allemands qui n’avaient pas participé à la traite des esclaves :

L’article précédent ne pourra produire aucun effet tant à l’égard des femmes blanches qui sont naturalisées haïtiennes par le gouvernement, qu’à l’égard des enfants nés ou à naître d’elles. Sont compris dans les dispositions du présent article, les Allemands et Polonais naturalisés par le gouvernement. Art. 13 de la Constitution haïtienne du 20 mai 1805.

Ces groupes ont été accordés la pleine citoyenneté haïtienne.

5. L’impact du massacre de 1804 sur la société américaine :

Les événements du massacre étaient bien connus aux États-Unis au début du XIXe siècle. De nombreux réfugiés de Saint-Domingue se sont installés dans des villes côtières américaines, alimentant les craintes d’éventuelles insurrections dans le Sud des États-Unis et polarisant l’opinion publique sur la question de l’abolition de l’esclavage :

Alors que les abolitionnistes proclamaient haut et fort que « tous les hommes sont créés égaux », les échos d’insurrections armées d’esclaves et de génocides raciaux résonnaient aux oreilles des Sudistes. Une grande partie de leur ressentiment à l’égard des abolitionnistes peut être considérée comme une réaction aux événements survenus en Haïti. Julius, Kevin C. (2004). The abolitionist decade, 1829-1838 : a year-by-year history of early events in the antislavery movement. Jefferson, N.C.: McFarland & Co.

6. Un héritage d’hostilité raciale

« Le Serment des ancêtres », Guillaume Guillon Lethière, 1822

Le massacre a contribué à créer un héritage de hostilité raciale dans la société haïtienne. La constitution de 18056 a défini tous les citoyens comme « noirs » :

(…) les Haïtiens ne seront désormais connus que sous la dénomination génériques de Noirs. Art. 14 de la Constitution haïtienne du 20 mai 1805.

De plus, il a interdit aux hommes blancs de posséder des terres, à l’exception de certains groupes spécifiques :

Aucun blanc, quelle que soit sa nation, ne mettra le pied sur ce territoire, à titre de maître ou de propriétaire et ne pourra à l’avenir y acquérir aucune propriété. Art. 12 de la Constitution haïtienne du 20 mai 1805.

7. Une tache sanglante dans l’Histoire

Cyril Lionel Robert James

Bien que Dessalines ait considéré le massacre comme une nécessité politique et une vengeance, des historiens comme C. L. R. James7 ont critiqué cet acte :

ce malheureux pays […] était ruiné économiquement, sa population manquait de culture sociale, [et] ses difficultés ont été doublées par ce massacre. James, C. L. R. (1989) [Première publication en 1938]. The Black Jacobins ; Toussaint L’Ouverture and the San Domingo Revolution (2e éd.). New York : Vintage Books.

Le massacre reste un chapitre sombre et controversé de l’histoire haïtienne, reflétant la complexité et les tragédies de la lutte pour la liberté et l’égalité.

Pour conclure …

Ce récit du massacre haïtien de 1804 révèle les profondeurs de la souffrance humaine et les conséquences extrêmes de l’oppression. Il nous rappelle l’importance de reconnaître et de comprendre les aspects sombres de l’histoire, non seulement pour honorer la mémoire de ceux qui ont souffert, mais aussi pour tirer des leçons qui peuvent guider notre avenir vers une humanité plus juste et plus empathique.

VOUS AIMEREZ AUSSI

Notes et références

Mathieu N'DIAYE
Mathieu N'DIAYE
Mathieu N’Diaye, aussi connu sous le pseudonyme de Makandal, est un écrivain et journaliste spécialisé dans l’anthropologie et l’héritage africain. Il a publié "Histoire et Culture Noire : les premières miscellanées panafricaines", une anthologie des trésors culturels africains. N’Diaye travaille à promouvoir la culture noire à travers ses contributions à Nofi et Negus Journal.
Chaque article demande du temps, de la recherche, de la vérification, de l’écriture.
Nous finançons nous-mêmes la production éditoriale.

Votre contribution permet de financer :

•⁠ ⁠la rémunération des rédacteurs
•⁠ ⁠les enquêtes et dossiers de fond
•⁠ ⁠la recherche documentaire
•⁠ ⁠l’infrastructure technique du média

Vous pouvez soutenir NOFI par un don libre.

Les dons ouvrent droit à une réduction fiscale de 66 % du montant versé (dans la limite prévue par la loi).
Un reçu fiscal vous est automatiquement délivré.

Concrètement :
Un don de 100 € ne vous coûte réellement que 34 € après déduction.

👉 Soutenir le média NOFI

Merci de contribuer à l’existence d’un média noir libre et indépendant.

News

Inscrivez vous à notre Newsletter

Pour ne rien rater de l'actualité Nofi ![sibwp_form id=3]

You may also like