POLITIQUE

LE DOCTEUR DENIS MUKWEGE RECOIT LE PRIX SAKHAROV

« Chaque femme violée, je l’identifie à ma femme ; chaque mère violée à ma mère et chaque enfant violé à mes enfants. »

Le réparateur des femmes violées de la RDC a reçu mercredi le prix Sakharov.  Cette récompense, remise chaque année par le président du parlement européen, honore ceux et celles qui dédient leurs vies à la défense des droits de l’Homme.

Denis Mukwege est de ces hommes rares qui consacrent leur vie aux autres. En République démocratique du Congo, il est un ange tombé du ciel. Ce chirurgien gynécologue répare les femmes et filles victimes de violences sexuelles. Depuis 1996, il est le médecin en chef de la clinique de Panzi, dans la région Nord-Kivu et, a ainsi soigné plus de 40.000 femmes. En faisant le choix de colmater les blessures des congolaises de la région, il met lui-même sa vie en danger et a plusieurs fois été menacé de mort. Le docteur Denis Mukwege doit  être escorté en permanence, au nom de l’omerta, en vigueur en temps de guerre.

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Le parlement européen attribue le prix Sakharov depuis 1988, au nom de la liberté et des droits de l’homme. Cette année, le combat du docteur Mukwege a été récompensé, lui qui porte secours, courageusement, en dépit du danger. Mercredi, à Strasbourg, lors de la session plénière du parlement, le lauréat a prononcé un discours empreint d’humilité et qui dénonce la situation. [L’intégralité du discours a été retranscrite par nos confrères de Jeune Afrique].

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Car il ne faut pas oublier-et il ne l’a pas oublié- que ces exactions sont le fruit d’une abominable guerre. Le conflit qui se joue dans le Nord Kivu, au Congo Kinshasa, dure depuis déjà près de vingt ans. Dans ce splendide décor équatorial, la mort et la souffrance ont pris leurs quartiers. Des soldats de factions différentes s’entre-tuent, manipulés par les politiciens internationaux et locaux. Dans le chaos, la femme paye toujours la note la plus élevée. Vulnérable, elle possède tout de  même une force, celle de donner la vie. Et là réside tout le problème…

Tant que la région est peuplée, le pillage organisé reste entravé. Quel meilleur moyen pour supprimer une population que de s’en prendre à la source ? Alors les femmes sont violées, d’abord, puis mutilées pour qu’elles ne puissent jamais plus enfanter. Ils terminent sauvagement le travail à coups de tessons de bouteille, de balles ou de coups… Les soldats peuvent en plus prétendre à des primes de contamination quand ils inoculent un virus.

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En prévision, les fillettes sont elles aussi violées et abîmées, et il n’y a pas d’âge minimum. Les vielles femmes également, pour l’humiliation, pour l’affaiblissement. Un double crime donc, et surtout un crime contre l’humanité. Si le viol a toujours été une arme de guerre, c’est d’autant plus vrai dans le Kivu. Et cela se poursuit dans l’indifférence totale. Chaque jour.

L’attribution de ce prix au sauveteur des femmes en détresse, au Congo, attirera-t-elle enfin l’attention sur ce conflit et de manière efficace ?

SK est la rédactrice/ journaliste du secteur Politique, Société et Culture. Jeune femme vive, impétueuse et toujours bienveillante, elle vous apporte une vision sans filtre de l'actualité.

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