Nuttea, 25 ans après Un signe du temps

Le 12 mars 2026, Nuttea investira la scène du Bataclan pour célébrer les 25 ans de l’album Un signe du temps. Plus qu’un simple concert anniversaire, l’événement s’annonce comme un moment de mémoire musicale pour toute une génération qui a vu émerger, à la fin des années 1990, un reggae francophone capable de dialoguer avec le rap, le ragga et la culture populaire française.

Le retour d’une voix majeure du reggae français au Bataclan

Nuttea, 25 ans après Un signe du temps

Né le 26 décembre 1968 sous le nom d’Olivier Lara, Nuttea appartient à cette génération d’artistes qui ont contribué à ancrer le reggae dans le paysage musical hexagonal. Parti vivre en Guadeloupe durant son enfance avant de revenir à Paris, il grandit dans un environnement musical nourri de sound systems et de cultures caribéennes.

À la fin des années 1980, il fait ses premières armes au sein du sound system High Fight International, aux côtés notamment de figures comme Tonton David ou Don Lickshot. Cette scène reggae parisienne, encore souterraine à l’époque, constitue le laboratoire d’une génération qui va progressivement imposer le ragga et le dancehall en français.

Le grand public découvre véritablement Nuttea en 1997 avec le titre Agitateur et sa reprise francophone de Natural Mystic de Bob Marley, dont le clip sera diffusé sur M6. Cette période correspond à un moment charnière pour les musiques urbaines en France : le rap s’impose commercialement, tandis que le reggae francophone trouve une nouvelle audience.

Nuttea, 25 ans après Un signe du temps

Mais c’est en 2000 que Nuttea atteint une visibilité nationale avec l’album Un signe du temps. Le disque, porté notamment par le tube Elle te rend dingue, s’écoule à près de 700 000 exemplaires, un score remarquable pour un album reggae en français.

L’album s’inscrit dans une époque où les frontières entre reggae et hip-hop deviennent poreuses. Nuttea collabore ainsi avec le groupe marseillais IAM, participant notamment au morceau Un cri court dans la nuit sur l’album L’École du micro d’argent.

Cette circulation entre scènes musicales contribue à élargir l’audience du reggae francophone, en l’inscrivant dans la dynamique plus large des cultures urbaines.

Au début des années 2000, Nuttea multiplie les collaborations et les apparitions. Il participe notamment à la bande originale du film Taxi 2 aux côtés de Disiz, Faf Larage ou Jalane au sein du collectif One Shot. Il travaille également avec le groupe britannique UB40 sur le titre Cover Up.

Comme beaucoup d’artistes issus de la vague reggae-ragga des années 1990, sa carrière connaît ensuite des périodes plus discrètes. L’album Urban Voodoo en 2004 ne rencontre pas le même succès commercial, et l’artiste poursuit son parcours de manière plus confidentielle, tout en restant actif sur scène.

Nuttea, 25 ans après Un signe du temps

Il continue toutefois de produire de nouveaux projets, notamment Mister Reggae Music en 2013, puis Tribulations en 2024.

Le concert du 12 mars 2026 au Bataclan marque donc un moment symbolique. Vingt-cinq ans après la sortie de Un signe du temps, Nuttea revient interpréter les morceaux qui ont marqué son parcours et celui de toute une génération d’auditeurs.

Dans un paysage musical où les nouvelles générations redécouvrent les racines du reggae francophone, cette célébration prend une dimension particulière. Elle rappelle qu’avant l’ère du streaming et des algorithmes, une scène reggae locale avait réussi à s’imposer sur les ondes et dans les charts.

Plus qu’un simple anniversaire discographique, ce concert s’annonce comme une réaffirmation : celle d’un reggae français qui, depuis plus de trois décennies, continue de faire le lien entre héritage caribéen, culture urbaine et chanson francophone.

Nuttea, 25 ans après Un signe du temps

Le 12 mars prochain, au Bataclan, Nuttea viendra rappeler que certaines voix traversent le temps. Et que les chansons, parfois, deviennent elles-mêmes des signes de leur époque.

Mathieu N'DIAYE
Mathieu N'DIAYE
Mathieu N’Diaye, aussi connu sous le pseudonyme de Makandal, est un écrivain et journaliste spécialisé dans l’anthropologie et l’héritage africain. Il a publié "Histoire et Culture Noire : les premières miscellanées panafricaines", une anthologie des trésors culturels africains. N’Diaye travaille à promouvoir la culture noire à travers ses contributions à Nofi et Negus Journal.
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