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J’ai testé pour vous : Revenir à l’afro

Lifestyle

J’ai testé pour vous : Revenir à l’afro

Par Naya

Naya a longuement pratiqué le tissage, parce qu’elle pensait que c’était plus facile à entretenir et pour se sentir belle. Après plusieurs années de pratique elle a décidé de tout retirer et de tenter l’afro.

Le tissage, ce passage obligé

Il y a six ans, sous les conseils (reproches je l’avoue) de mon entourage j’ai décidé d’essayer le tissage. Pratique, qui consiste à tresser ses cheveux pour y coudre des lignes d’extensions (synthétiques, naturelles ou brésiliennes). J’ai cédé à l’effet de mode et surtout, ma coupe de cheveux ne me convenait plus. En fait, je n’en avais pas vraiment, de coupe de cheveux. Ma mère me tressait l’ensemble de la tête depuis mes trois ans, et ma ressemblance avec le rappeur Ludacris de 2002 me faisait perdre confiance en moi jour après jour. J’ai donc, décidé de sauter le pas, et de faire comme toutes mes copines, plus qu’en joie à l’idée de me voir adopter le code capillaire « adéquat ». Une fois au salon de coiffure, au détour d’une rue de Saint-denis, je doutais. Plus la coiffeuse évoluait sur ma tête plus je me rendais compte qu’avant cela je ne savais pas comment se faisait un tissage. Ma tête entièrement tressée et les extensions (non brésilienne étant donné ma pauvreté de l’époque) à moitié cousue sur ma tête, un sentiment de panique envahissait mon esprit. Là, je cachais tout. Je rangeais mes cheveux « défaillants » quelque part, pour ne plus les voir, pour exposer ces cheveux lisses, d’une provenance insoupçonnée. Et, que devais-je dire autour de moi ? Personne ne m’avait briefé autour d’une séance « bien vivre avec son tissage ». Devais-je dire que ces cheveux étaient les miens ? Devais-je sauter dans un buisson pour me cacher à chaque fois qu’on me le demanderait ? Ou devais-je simplement dire « non, mes cheveux ne sont pas les miens et ont une provenance insoupçonnée ? »

 

Vivre avec le tissage

Mes trois premiers tissages n’ont pas étés agréables pour moi. Je ne me sentais pas à l’aise. Je les gardais seulement sous la pression de mes amies (oui oui, victime que j’étais) qui m’affirmaient (me menaçaient presque) que je m’y ferai. Comme si c’était une sorte de rite de passage pour devenir une femme. « Tu ne peux pas garder ta coupe de petite fille tout de même ! » et autres « Pourquoi tu ne prends pas soin de toi ? » m’avaient tellement donnés la nausée que j’abdiquais, j’acceptais mon sort. J’ai accepté mon sort pendant presque trois ans. Et je peux vous dire qu’à un moment, le tissage n’avait plus de secret pour moi. J’arborais de longues boucles brunes soyeuses, qui se confondaient bien avec la naissance de mes cheveux naturels, tellement bien que la plupart des gens que je rencontrais pensaient qu’il s’agissait de mes vrais cheveux. J’étais heureuse, les cheveux au vent, je chantais en jupe à fleurs et je m’aimais, j’avais confiance en moi. Les hommes avec qui je sortais, aimaient moins par contre. Autant ils me trouvaient jolie, autant les mouvements de fuite de ma tête lorsqu’ils tentaient de me toucher les cheveux n’étaient guerre à leur goût. Je me regardais dans le miroir pour voir si tout était en place, je paniquais à l’idée que quand je dormais près d’un homme, il puisse s’apercevoir des coutures et de la supercherie. Mon malaise était de retour.

 

Retour aux sources

Je me souviens du jour exact ou j’ai décidé de tout enlever. Entre deux tissages je savais que je ne remettrais plus jamais ce corps étranger sur ma tête. Moi et mes cheveux à un million de dollars, brésiliennes sans venir du brésil, soyeux et jamais emmêlés, c’était une grande histoire d’amour qui prenait fin. J’avais aimé la façon dont ils m’avaient redonnés confiance en moi. J’avais aimé la façon dont j’ai pu affronter le monde, les hommes et les entretiens d’embauches avec simplicité. Je les aimais comme un doudou, un doudou réconfortant qui te fait sentir fort et te donne la possibilité d’affronter la vie sans craintes. Mais aujourd’hui, je n’avais plus besoin d’eux. L’envie de m’en séparer était arrivée en même temps que la multiplication des blogs, des forums et des sites prônant le retour au naturel. Placardant des Solange et autres Erikah Badu partout pour nous montrer à quel point nos cheveux naturels ont du potentiel. Je l’avoue, j’étais séduite par toute cette publicité. Alors j’ai rangé mon tissage au placard, j’ai respiré bien fort et je suis sortie avec ma petite afro, toute mignonne et toute courte.

Le regard des gens

Un mois après ma première sortie, je constatais que les réactions étaient mitigées. Etant extrêmement coquette, j’étais toujours bien coiffée : des nœuds et rubans dans les cheveux, des petits bandeaux colorés. Il y avait ceux qui m’encourageaient, me trouvaient belle et apprêtée. Et d’autres, surtout des femmes (non, SEULEMENT des femmes) qui me demandaient pourquoi. D’après elles, j’étais au summum de ma capacité de séduction avec mon tissage. Lorsque que je leur expliquais, que je me sentais mieux ainsi, que je comprenais ce qui les motivait à adopter le tissage, mais qu’aujourd’hui le tissage m’étouffait, que j’avais besoin d’être moi-même, elles ne pouvaient s’empêcher de me regarder avec des yeux qui révélaient leur incompréhension. En ce qui concerne les entretiens d’embauche, il est vrai que je sentais légèrement le regard de l’employeur scruter le dessus de ma tête, mais je n’ai jamais pu approuver ou réfuter l’hypothèse de « la discrimination à l’afro ». J’avais trouvé un emploi assez facilement.

 

Aujourd’hui je ne porte plus de tissage et je ne sais pas si j’en reporterais un jour. A un moment de ma vie, ou j’en avais le besoin il fut un allié de taille pour me redonner confiance en moi. Mais aujourd’hui je me demande si je l’avais fait pour les bonnes raisons, ou seulement sous les critiques et les assauts de mes camarades me ventant ses mérites. Attention, je ne suis pas contre le tissage, je trouve au contraire qu’il réussit à de nombreuses femmes (lorsque c’est bien fait). D’autre part, je ne suis pas convaincue, comme beaucoup d’articles semblent l’affirmer, que le tissage relève d’une négation de ses racines. Le tissage n’est en fin de compte qu’une coupe de cheveux adaptable à la personnalité de tout un chacun. Et vous, qu’est ce qui vous a motivé à l’adopter ou à le retirer ?