ECONOMIE

[BUSINESS] PORTRAIT DE RACHEL BANZA, BEAUTY ENTREPRENEUSE

« L’union fait la force! Grâce a notre collaboration mes associées et moi pouvons continuer à grandir et à développer nos entreprises.». 

Par SK,

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L’équipe de rédaction NOFI a rencontré Rachel Banza, l ‘une des fondatrices d’Elikya Beauty. Femme d’affaire, épouse et mère, elle s’est donné comme objectif de proposer des instituts de qualité pour la beauté de toutes les femmes. Plus que ça, son concept, qui signifie « espoir » en lingala, est un lieu de rassemblement pour la féminité cosmopolite et une promesse que tout est possible. Afropéenne et fière de ses racines, elle œuvre également pour le continent africain et  défend que l’esthétique est une problématique majeure pour la revalorisation de la femme.

Une leçon d’entreprenariat pour tous ceux et celles qui n’osent pas encore se lancer. Rachel Banza soutient l’idée qu’avancer ensemble est une force et qu’il ne faut pas avoir peur de s’associer. Son entreprise et son parcours sont la preuve vivante que la femme noire, bien entourée, peut prospérer

 

Comment est né le concept Elikya Beauty ?

Il est né en 2007, grâce à une opportunité, c’était un rêve d’enfant. Ma sœur et moi en rêvions depuis maintenant quinze ans, on voulait réunir toutes les femmes à travers des instituts qui pourraient leur offrir des prestations et un service de qualité.

J’ai  toujours été  passionnée de beauté, très coquette et désireuse d’allier mon métier et ma passion. Je suis commerciale de formation, et toutes mes études ont été faites dans  l’optique de travailler dans la beauté. C’était un objectif, je voulais obtenir les bases, monter une affaire, créer une marque à forte valeur ajoutée qui pourrait générer des profits et permettre l’expansion du concept.

Votre famille vous a-t-elle facilement soutenues dans cette entreprise ?

Ma mère est une battante, une femme courageuse mais, pas du tout entrepreneuse. Donc elle n’a pas comprit au départ, elle avait peur car nous étions très jeunes. J’étais employée et ma boîte allait fermer,  je devais donc partir. Quand je lui ai dit que je ne voulais pas rechercher du travail mais me lancer dans cette aventure, elle a eut peur, surtout qu’on n’avait pas d’exemple dans notre entourage de  femme qui aurait entreprit et réussit.

En signant mon premier CDI elle pensait que j’avais trouvé mon travail pour la vie, parce que c’était la sécurité.  C’est vrai que dans notre culture c’est encore difficile à envisager parce que c’est tout de même très risqué de se lancer, surtout lorsqu’on est une femme.

Mais elle ne nous a pas mit de barrières, elle craignait seulement qu’on n’arrive pas à gérer autant de responsabilités, et si tôt. Elle faisait des jeûnes et des prières pour que ma sœur et moi nous sortions cette idée de la tête (rires). A la fin elle était contente et fière, maintenant elle participe même et trouve des idées avec nous.

Se lancer si jeune c’est quand même risqué 

C’est vrai qu’il y’a des obstacles quand on manque d’expérience, on tâtonne un peu. Par exemple, les choses qu’on va faire en sachant à posteriori qu’il aurait fallu faire autrement. Mais c’est très stimulant, c’est une belle aventure.

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Est-ce qu’être noire vous a causé des difficultés pour entreprendre ?

Le fait d’être noire non. C’est une question personnalité, je pense qu’être noire n‘est pas une barrière, ce qui compte c’est la personne. Les réticences venaient plutôt du fait qu’on était jeunes, quand on a commencé, j’avais seulement 22 ans et ma sœur 18. Quand on allait voir des banquiers ils se demandaient ce qu’on pouvait rapporter, ils ont vraiment eu du mal à nous faire confiance. J’ai réussi à vendre ce projet lors d’une rencontre d’affaires où un banquier a cru en l’idée et appréciées nos personnalités. Beaucoup d’opportunités en somme, pour la création du concept. J’ai toujours tendance à dire que l’on attire ce que l’on est, et nous, nous sommes très dynamiques, alors on a attiré des partenaires et des associés dynamiques.

Et aujourd’hui est-ce que cela fonctionne bien ?

On rend grâce à Dieu, on est très épanouies dans nos affaires malgré les difficultés car ce n’est pas facile d’être chef d’entreprise aujourd’hui mais on s’accroche. Nous sommes satisfaites de notre développement et remercions Dieu pour tout.J’ai rencontré deux autres femmes entrepreneurs qui avaient déjà leurs activités. On est quatre depuis 2010. Après, évidemment, il faut s’unir à des gens qui nous ressemblent. C’est grâce à nos deux partenaires : Corinne Ekoto et Sedy Sy  qu’on a pu ouvrir notre second magasin et qu’on résiste. Ces personnes étaient déjà entrepreneuses et nous ont rencontrées parce qu’elles se reconnaissaient dans la vision, la démarche, dans ce qu’on faisait.

Elikya, c’est différent des salons afro qu’on a l’habitude de fréquenter

Un jour, un client m’a dit : « C’est propre ! ça change de la femme belle toujours à la poubelle ! » ça m’a choquée. La propreté touche tout le monde, ce n’est pas une question de race, on a le droit d’être bien accueillie, dans des lieux propres, avec des professionnelles qui connaissent le cheveu et savent nous renseigner au mieux.

L’objectif c’était vraiment de faire un salon accessible, pour tout type de cliente, qu’elles puissent se sentir comme à la maison et bénéficier de prestations et de conseils personnalisés. Nos profils sont tous types de peau, tous types de cheveux, l’équipe est très cosmopolite, un peu comme notre concept.

Justement, la qualité ça a un prix très élevé n’est-ce pas ?

Au début, les gens ont pensé que c’était cher, ils se sont dit : comme c’est propre c’est cher. Après avoir passée la porte d’entrée, les clientes se sont rendu compte que les prix sont quasiment les mêmes qu’à Château Rouge ou Château d’Eau mais avec le cadre et le service en plus. Nous avons été soutenues par les jeunes femmes de la communauté qui sont à la recherche d’espaces de qualité.

Votre salon, c’est surtout du conseil en fait ?

Oui car on récupère énormément de sinistrées (rires). On éduque aussi, on explique au cas par cas, quels produits il faut utiliser, quand et pourquoi. Ici on leur apporte du conseil parce qu’elles avaient l’habitude d’utiliser de mauvais produits qui finalement ne les mettaient pas en valeur.

Elikya ce n’est pas la chaîne, on vous reçoit, si vous avez une question on vous répond et on établit un diagnostique. L’accompagnement est essentiel, par exemple, certaines clientes européennes ont des enfants métisses et ne savent pas comment traiter leurs cheveux. Bon nombre d’entre elles sont perdues donc on leur apprend à s’occuper du cheveu de leurs enfants et à l’aimer aussi, parce parfois c’est difficile.

En quoi consiste un événement Elikya Beauty ?

Elikya signifie « Espoir » et cet état d’esprit a beaucoup de valeur. On est dans la beauté mais on veut aussi pouvoir toucher à des problématiques en lien avec ce sujet. L’équipe organise des cocktails une fois par mois avec une « Beauty Problématique ».

L’année dernière par exemple c’était « la peau claire est-elle synonyme de beauté ? » On essayait de parler aux femmes qui ne l’était justement pas et se sentaient complexées par rapport à ça. On débat sur des problèmes de femme et de beauté identitaire. Nous faisons appel à des intervenants, puis on passe un bon moment à discuter, prendre un verre et même danser parfois ! On se rend compte que les gens aiment beaucoup parce que ça détend, ça sort du cadre conventionnel. Le fait de parler de ces sujets libère les gens, ils se sentent un peu mieux et ça fait aussi vivre la marque  car on offre des prestations sur place, des cadeaux et tout le monde est content.

Aujourd’hui, beaucoup de personnes se sentent mal dans leur peau et ont besoin de poser des questions pour savoir comment se mettre en valeur. On essaye aussi de faire accepter à certaines femmes noires qu’un teint d’ébène ou chocolat c’est aussi une beauté, pour que les gens arrivent à s’aimer.

Que pensez-vous du débat actuel sur l’utilisation de « faux-cheveux » ?

La beauté c’est l’identité, pour être belle il faut se sentir bien dans sa peau. Il y’a des filles qui ont de très longs cheveux mais qui se sentent à l’aise en mettant des rajouts, qui se sentent femmes parce qu’elles peuvent changer régulièrement. Ça, on ne peut pas l’enlever de la tête de quelqu’un, c’est psychologique.         Maintenant, c’est vrai qu’il y’a des femmes complexées, et ça c’est aussi notre rôle en tant que dirigeantes de salon de beauté d’aider à la revalorisation. La beauté est avant tout une question d’état d’esprit. On ne peut pas dire à quelqu’un tu es moche parce que tu as les cheveux lisses ou tu es belle parce que tu es nappy, ça dépend de comment elle se sent quand elle se regarde : Est-ce qu’avec telle ou telle coiffure quand je sors je gagne le monde entier ? Ou est-ce que je perds de mon identité parce que je m’efface ? C’est pourquoi dans nos visuels, on a des filles avec tous types de coiffures, des gros cheveux, des rajouts, des cheveux courts. Tu peux être belle avec ta différence. Je trouve ça un peu dommage comme amalgame parce que ce débat là n’a pas lieu d’être. On peut avoir cette double carte de femme mystérieuse avec un jour ses cheveux, l’autre un tissage et finalement devenir autant de femmes différentes. Mais nous on est pour toutes les femmes.

Est-ce qu’Elikya œuvre pour le continent africain ?

Oui, totalement ! On fait beaucoup d’événements pour soutenir des causes humanitaires. On a crée le salon « Beauty Attitude », qui a pour vocation de réunir des professionnels, sur une journée autour de la beauté. Tous les fonds générés sont entièrement reversés à une association pour soutenir une œuvre en Afrique.

Notre vision est la suivante : le continent africain est grand, il y’a tout à faire là-bas, notamment au niveau de la beauté. Les femmes, sur place, sont encore plus coquettes et donc, on veut renforcer la marque pour, à terme, se développer directement sur place.

Pourquoi  c’est important, selon vous ?

J’aurai tendance à dire qu’on est « afropéennes ». On est africaines par nos parents, la culture qu’ils nous ont transmises et donc on doit toujours garder ça au cœur, ne pas oublier.

Avec quelle association travaillez-vous directement ?

Avec Alliance monde espoir. Ils étaient au Cameroun, dernièrement au Sénégal et seront prochainement au Congo. On travaille avec des associations qu’on connaît et ce qui nous touche ce sont surtout les projets. Celui en cours pour cette association est la construction d’une école au Congo et d’un centre de dépistage pour les maladies oculaires, qui prendra en charge les enfants.

La marque s’associe-t-elle à d’autres initiatives ?

Absolument. Dès qu’une marque nous ressemble et rentre dans notre concept, qui est très cosmopolite, on n’hésite pas à mettre en avant de jeunes créateurs, à les distribuer chez nous. Toujours dans cette optique de réseau, de partage, d’avancer avec l’autre. L’association ça marche, c’est la clé de la réussite.

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Vous pensez qu’il est important de créer du réseau dans la communauté ?

L’union fait la force, j’encourage tous mes frères noirs et fiers à s’unir, travailler main dans la main parce que ce n’est que comme ça qu’on va réussir à avancer. Il y’a une phrase qui dit que seul on va plus vite mais qu’à plusieurs on va plus loin.

Moi, j’adore ce genre d’initiative, mettre en avant la communauté noire, montrer qu’il y’a des talents, des étoiles chez nous. Que l’on fasse des réseaux d’excellence entre nous, des fonds d’investissements pour qu’on arrive à développer nos structures et que ça fonctionne.

Une femme ambitieuse, ça fait généralement peur aux hommes noirs, comment le vivez-vous ?

Moi j’ai eut de la chance car mon mari est également entrepreneur, et partage donc ma vision. Il  m’a beaucoup soutenue et toujours poussée. C’est important de pouvoir partager avec son compagnon et de se sentir encouragée parce qu’il arrive souvent dans la vie d’entrepreneur qu’on soit fatigué, découragé. Il faut assumer son identité et se réaliser.

J’ajouterai qu’il est très important de bien choisir son partenaire car lui aussi constituera un élément clé pour accéder à la réussite et à l’épanouissement personnel ! J’ai beaucoup de chance ! Dieu ma donné le meilleur mari du monde ! (rires).

Quels conseils pourriez-vous donner aux jeunes afro qui souhaiteraient se lancer ?

Il faut mettre en action qui on est. Si vous êtes entrepreneur, il faut vous accomplir en tant que tel et ne pas s’enterrer. Puis, il faut s’entourer de gens qui vous ressemblent, chercher un partenaire qui va dans le même sens que vous et construire une vie qui vous satisfait.