POLITIQUE

En Guyane, la statue de Victor Schoelcher tombée de son piédestal

Par  Jielem. La Guyane française n’a pas échappé au mouvement mondial de déboulonnage de statues jugées problématiques. La représentation mémorielle de l’abolitionniste français Victor Schoelcher a été déboulonnée dans la nuit de vendredi à samedi dans la ville capitale.

Une place Schoelcher désormais dépourvue de statue. C’est la vision qui s’offre au tout venant quand il emprunte le giratoire de la place Schoelcher à Cayenne, en Guyane. La statue de Victor Schoelcher, qui guide une personne mise en esclavage fraîchement affranchie, a été déboulonnée dès les premières heures de ce samedi matin. Seule une poignée de photos, prises dans la nuit, atteste des faits. En effet, au petit matin, la représentation ne gisait déjà plus sur la chaussée. Elle aurait été mise à l’abri par les « autorités », selon la Ville de Cayenne.

Mais quelles autorités exactement ? Le mystère demeure. À cette heure, impossible de déterminer qui de la Ville de Cayenne, la Collectivité Territoriale de Guyane ou encore la préfecture de Guyane est responsable du retrait de la statue déchue. Par ailleurs, le ou les responsables du déboulonnage demeurent encore inconnu.e.s à ce jour.

Place Schoelcher, socle de la statue à l’effigie de Victor Schoelcher (Guyane).
Crédit photo: Jielem.

Un symbole déjà contesté

Le déboulonnage de la statue cayennaise de Victor Schoelcher est le dernier acte notoire d’un rejet marqué depuis quelques temps déjà. En décembre 2017, quelques mois après les mouvements sociaux locaux, la tête de Victor Schoelcher avait déjà été recouverte d’une « cagoule » noire. Un symbole fort à ce moment-là puisque la cagoule était un accessoire utilisé de manière récurrente par le mouvement des 500 frères, qui comptait parmi les acteurs phares de la contestation sociale.

Place Schoelcher, socle de la statue à l’effigie de Victor Schoelcher (Guyane).
Crédit photo: Byloso.

Plus récemment, la statue a été la cible de dégradations encore plus visuelles. La représentation mémorielle a ainsi été maculée de peinture rouge sang, une seringue a été placée dans la main de l’abolitionniste et une masse informe sanguinolente – interprétée comme étant le cœur de l’esclave – a été déposée aux pieds du second protagoniste. Une évolution graphique qui a donné aux lieux des allures de scène de crime. De son côté, la municipalité de Cayenne avait pris le parti de laisser la statue en l’état car « très prise » par la gestion de la crise sanitaire Covid qui secoue actuellement le territoire. La situation devait être gérée ultérieurement.

Conçue en 1896 par Louis-Ernest Barrias, la statue trônait depuis 1897 en plein centre-ville de Cayenne.

Place Schoelcher, socle de la statue à l’effigie de Victor Schoelcher (Guyane).
Crédit photo: France Antilles.

Vers des représentations concertées ?

Si la statue de Victor Schoelcher faisait l’objet d’une contestation grandissante au niveau local, le déboulonnage est loin d’être bien perçu, en particulier au niveau politique local. En effet, la ville de Cayenne « désapprouve l’acte de vandalisme perpétré à l’égard de la statue de Victor Schoelcher ». Au sein de la municipalité, on dénonce également « un acte regrettable qui se place dans le mouvement, dans la pensée révisionniste et révolutionnaire. » La ville de Cayenne prévoit donc d’asseoir autour d’une table des historiens, des associations et des élus afin d’établir un dialogue sur le « passé pour mieux comprendre le présent, le nom [des] rues historiques, [les] symboles [du] territoire ». Mais la population sera-t-elle aussi consultée sur le sujet ?

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