NÉGROPHOBIE

« Les boxeurs noirs ne sont acceptés que quand ils jouent les méchants »

L’ancien champion du monde de boxe Andre Ward s’est exprimé sur ce qu’il pense être une forme de discrimination envers les boxeurs noirs.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.media

Andre Ward, un des plus grands boxeurs du 21ème siècle, quasi-inconnu du grand public

Andre Ward est un ancien boxeur professionnel américain. Actif entre 2004 et 2017, Ward a détenu des titres de champion du monde chez les poids moyens et super-moyens, unifiant, de manière extraordinaire, les quatre titres dans cette dernière catégorie. Il a, durant sa carrière fait partie du top 2 des meilleurs boxeurs au monde toutes catégories confondues. Il a en outre arrêté sa carrière invaincu. Malgré cet impressionnant palmarès, à part peut-être ses rôles dans les films Creed I et Creed II, Ward est largement inconnu du grand public. Ce manque de notoriété est d’autant plus flagrant en comparaison avec celle, très grande, de Floyd Mayweather, Jr, qui le devança notamment dans le classement des meilleurs boxeurs toutes catégories confondues.

« Les gens sont prêts à payer pour le voir perdre »

Selon Ward, la popularité de Floyd Mayweather n’est pas due au hasard. Chez nos confrères d’ESPN, il expliqua qu’au début de sa carrière, Mayweather avait un comportement de gentleman. Puis  Mayweather réinventa son personnage en celui d’un personnage outrancier obsédé par l’argent, les femmes et la controverse. Il commença alors à générer de l’intérêt médiatique et de l’argent.

Lire aussi: Noir et (pas) fier : le pire de Floyd Mayweather

« Quand Floyd Mayweather était [surnommé] ‘Pretty Boy’ Floyd Mayweather, il n’intéressait personne.  Et puis du jour au lendemain quand il devint le méchant, quand il devint ‘Money’ Mayweather, là il valait le prix que les gens étaient prêts à payer pour le voir perdre.

« Si un boxeur afro-américain n’est pas un ‘méchant’, qu’il n’est pas excité, qu’il ne saute pas sur les tables et qu’il ne fait pas de bêtises aux conférences de presse, il ne vaut pas [assez]. Il ne vaut pas votre achat en streaming ou en pay-per-view. C’est quelque chose que je déteste. J’ai moi-même protesté contre cette façon de penser » a déclaré Andre Ward.

Un problème plus vaste?

L’analyse de Ward, métisse d’un père blanc et d’une mère noire et qui a reconnu avoir subi des discriminations des deux côtés, est pertinente. Il ne s’agit pourtant pas, loin de là, du seul facteur discriminant dans le sport. Pendant plus de quinze ans, les frères ukrainiens Vitali et Wladimir Klitschko ont dominé la catégorie ‘reine’ des poids lourds. Blancs et très dominateurs sur le ring, ils étaient également polis et avaient une attitude exemplaire en dehors. Leur règne a toutefois été critiqué à cause de leur style de boxe peu divertissant et leur supposé manque de charisme.

Lire aussi: Pourquoi Mayweather-Pacquiao n’a pas été le ‘combat du siècle’ mais ‘la rencontre de la décennie’

Bien qu’ils ne soient pas américains, leurs successeurs britanniques Tyson Fury et Anthony Joshua jouissent vraisemblablement déjà d’une plus grande popularité qu’eux. Le premier par son personnage fantasque et attachant, le second, qui montre une attitude exemplaire hors du ring, par son style spectaculaire. Andre Ward, comme Floyd Mayweather sont avant tout des boxeurs techniques plus que des bagarreurs plaisant au public. Ceci associé au fait qu’ils ne boxent pas dans la catégorie plus vendeuse des poids lourds a probablement ‘pesé lourd’ dans leur manque de popularité.

On peut aussi se demander si le seul fait de socialiser publiquement et fréquemment avec des célébrités hors du sport n’aurait pas contribué à augmenter la côte de Mayweather.

 

VOUS AIMEREZ AUSSI:

Cecilia Braekhus, le parcours exceptionnel de la meilleure boxeuse du monde

Articles : 1093