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Pourquoi Mayweather-Pacquiao n’a pas été le ‘combat du siècle’ mais ‘la rencontre de la décennie’

Un combat qui va au terme de ses douze rounds; pas de knockdowns; aucun des deux combattants au visage marqué par le combat ; le vainqueur ayant passé son temps à mettre le pied sur la pédale arrière, etc. La majorité des spectateurs, véritables amateurs ou novices en matière de boxe anglaise, sont ressortis pour le moins déçus du combat entre Floyd Mayweather et Manny Pacquiao, dimanche dernier à Las Vegas et pourtant annoncé comme ‘le combat du siècle’. Retour sur ce qui fut selon nous ‘la rencontre de la décennie’.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

Si certains spectateurs du combat Mayweather-Pacquiao crient à l’escroquerie de ce qui fut pour eux loin d’avoir été le ‘combat du siècle’, d’autres spectateurs furent probablement davantage déçus il y a seize ans lorsqu’un autre combat vedette, De La Hoya-Trinidad à l’époque présenté comme  le ‘combat du millénaire’ fit un flop. Ce combat, entre deux combattants jeunes et invaincus frappeurs et considérés parmi les trois meilleurs boxeurs toutes catégories confondues, n’avait tenu aucune de ses promesses, se résumant à un domination technique prudente puis à un évitement total par l’affrontement par De La Hoya dans les derniers rounds.  Même si De La Hoya et Trinidad avaient les capacités de réaliser un combat spectaculaire, De La Hoya avait préféré profiter de sa technique supérieure pour éviter l’affrontement brutal, pensant ainsi s’assurer la victoire.

De La Hoya vs Trinidad, 'le combat du millénaire' (1999)

De La Hoya vs Trinidad, ‘le combat du millénaire’ (1999)

La réalité est que la boxe est un sport de combat où l’on peut, si notre technique le permet, remporter un combat sans se blesser. Beaucoup de boxeurs choisissent cette option en préférant tout naturellement préserver leur intégrité physique. Dans le cas de Floyd Mayweather qui n’a jamais été un puncheur depuis ses débuts, qui excelle dans le jeu défensif et qui aurait pris d’énormes risques en cherchant la bagarre avec Manny Pacquiao, le choix a vite été fait. Toutefois ce choix est généralement très mal vu par le public et on va chercher à expliquer pourquoi.

« T’as trop regardé Rocky »

Preuve de l’intérêt extraordinaire généré par le combat et sur lequel je reviendrai en fin d’article, j’ai entendu hier des commentaires de deux spectateurs, l’un déçu du piètre spectacle offert et l’autre, apparemment pratiquant de boxe, déclarant que la prestation de Mayweather était normale et que ceux qui se seraient attendus à voir un combat brutal ne connaissaient la boxe qu’à travers la vision caricaturale des films ‘Rocky’. Je ne nierai pas que beaucoup de spectateurs ne connaissent la boxe que par ces films ou ceux de Van Damme, avec leurs scènes de combat au manque de réalisme souvent ridicule,  et où un combat sur deux se termine avec un combattant en fauteuil roulant voire dans un cercueil. Toutefois, ce serait faire injure à tous les véritables amateurs de boxe qui n’ont pas apprécié le combat de dire qu’ils ne connaissent rien au sport.

Rocky IV

Rocky IV

Certes un nombre minoritaire d’amateurs du sport s’y intéressent pour la technique et le jeu défensif des protagonistes, mais la grande majorité des amateurs le font car il s’agit d’un véritable sport de combat où est autorisée la bagarre, une pratique jugée illégitime socialement hors de ce cadre. En quelque sorte, le caractère excitant de la boxe (ou du MMA) repose pour la majorité de ses amateurs sur la possibilité de recréer une violence interdite partout ailleurs, violence encore plus célébrée lorsqu’elle se conclut par un KO où un combattant finit inconscient dans une sorte de mort symbolique. Si la majorité de ses amateurs n’était intéressée que par la possibilité de toucher de manière inoffensive sans être touché et de l’emporter en comptant les points, la boxe serait aussi peu populaire qu’un sport comme l’escrime, ce qui est loin d’être le cas. Ce manque de popularité du pratiquant d’un combat de divertissement fuyant l’affrontement n’est d’ailleurs pas limité à la boxe.

Mosaïque romaine montrant un rétiaire contre un secutor

Mosaïque romaine montrant un rétiaire contre un secutor

Chez les gladiateurs romains, le rétiaire, un type de gladiateur au style défensif qui passait son combat à courir et à fuir l’affrontement était considéré comme inférieur aux autres gladiateurs comme le secutor, auquel il était fréquemment opposé et comme l’indique son nom qui signifie ‘le poursuivant’ cherchait sans cesse à engager un combat brutal. Dans la Rome antique comme aujourd’hui, la majorité des spectateurs de sports de combat favorisent le combattant qui ose se mettre en danger pour offrir une mort (symbolique ou non) au public, pas celui qui fuit l’affrontement pour préserver son intégrité physique. D’où le manque de popularité  d’Oscar De La Hoya après son combat face à Felix Trinidad et  de Floyd Mayweather face à Manny Pacquiao, où même face à un boxeur généreux mais limité défensivement comme Arturo Gatti.

Pas le combat du siècle, mais la rencontre de la décennie

Je comprends parfaitement que Mayweather-Pacquiao ait déplu à la plupart des spectateurs du combat et que loin d’être le combat du siècle, il n’est peut-être pas celui du mois de mai 2015. Toutefois, il faut reconnaître que la recréation, ces dernières années, de son personnage par Floyd Mayweather comme un espèce de semi-maquereau fréquentant des gangsta rappeurs a considérablement accru son audience et celle de la boxe auprès du grand public dans le monde entier. Voir des gens dans le métro ou dans un salon de coiffure français parler avec excitation d’un combat de boxe pour lequel ils allaient se lever à 4 heures du matin était encore inimaginable il y a huit ans, mais Mayweather-Pacquiao l’a rendu possible. Le combat n’a pas été à la hauteur, mais cette rencontre à de toute évidence été la plus importante de la décennie pour la boxe.

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Crédit Photo : Naoki Fukuda

 

 

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