ENTREPRENEURIAT

Cette femme recycle des pneus usagés pour en faire des semelles

L’Ethiopienne Bethlehem Tilahun Alemu est la créatrice de soleRebels, une marque de chaussures mondialement célèbre pour utiliser des semelles faites de pneus recyclés.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.media

Les risques de marcher pieds-nus

Nombre d’entre nous sont sûrement familiers avec l’image d’Abebe Bikila, le champion olympique du marathon en 1960. Ce coureur éthiopien, comme à son habitude, avait remporté la course les pieds nus.

semelles

Abebe Bikila

Certains Occidentaux clament aujourd’hui les bienfaits de la course à pieds nus. Toutefois, en Afrique, se promener pieds nus reste un exercice périlleux pour la santé.  Ceux-ci s’y risquant peuvent en effet être victimes de blessures, du tétanos ou de graves infections causées par un contact avec des puces ou des vers.

Recycler des pneus en des chaussures

Un autre défi à relever par de nombreuses populations d’Afrique subsaharienne est celui de la pollution. Or le dépôt de pneus usagés et leur combustion sont particulièrement nocifs à l’environnement.

Dans plusieurs pays comme l’Ethiopie, des réponses ont été apportées aux problèmes du recyclage des pneus et à celui des dangers de marcher pieds-nus. L’une d’entre elles concerne l’utilisation de pneus comme un matériau de confection de chaussures, notamment de leurs semelles.

Ces chaussures sont typiquement destinées à la population locale. Toutefois, d’autres entrepreneurs ont adapté ce concept à une clientèle internationale.

Les chaussures soleRebels et leurs semelles faites de pneus

En 2005, après l’université, Bethlehem Tilahun Alemu a créé soleRebels, une marque de chaussures dans son pays en Ethiopie. Elle souhaitait par ce biais créer des emplois dans son pays, notamment auprès des populations défavorisées. Pour ce faire, elle s’est notamment inspirée de la pratique consistant à utiliser des pneus pour confectionner des chaussures. Celle-ci était déjà bien établie dans son pays. Au fur et à mesure, soleRebels a incorporé dans ses matériaux le coton tissé traditionnellement par des artisans éthiopiens. C’est aussi le cas de matériaux naturels d’Ethiopie comme la fibre koba, du chanvre ou la toile de jute.  Quelques années plus tard, la jeune entrepreneure avait réussi son pari. Elle avait créé des centaines d’emplois et avait fait de soleRebels la première marque de chaussures à portée internationale originaire d’un pays développement.

Un ‘Made in Africa’ qui marche vraiment

Mais le succès de Bethlehem Tilahun Alemu n’est pas seulement du à un marketing écologiste ou à un appel à la charité. Ses produits répondent à des demandes vestimentaires dans le domaine des sneakers, des ballerines, des chaussons et des sandales.  Dans la mode mondialisée, ils peuvent correspondre à un style roots. Dans une perspective plus centrée sur le continent africain, son rôle pourrait être déterminant pour l’élaboration de nouveaux codes vestimentaires du continent, qu’ils soient habillés ou plus décontractés.

Toujours est-il que soleRebels a réussi sa percée à l’étranger. Ses chaussures sont vendues dans le monde entier, notamment à travers sa boutique internet. Hors de son Ethiopie natale, elle a notamment ouvert des boutiques aux Etats-Unis, à Taiwan, au Japon en Grèce, en Autriche,  en Suisse, en Espagne, en Allemagne et à Singapour. Présenté comme le Nike africain, soleRebels aurait réalisé un chiffre d’affaires d’environ dix millions de dollars de revenus. Ceux-ci sont distribués à des artisans à qui elle garantit un salaire quatre fois supérieur au salaire minimum et trois fois supérieur à celui offert dans le secteur ainsi qu’une assurance maladie. Une éthique qui tranche avec les salaires de misère offerts par H&M et Calvin Klein aux ouvriers éthiopiens et décriés dans les médias du monde en 2019.

Son succès, Bethlehem Tilahun Alemu commence aussi à l »exporter’ dans le secteur du café. Elle a lancé en 2016, Garden of Coffee, une marque de café. Comme soleRebels, elle garantit de bonnes conditions de travail à ses employés, qui continuent dans leur travail une longue tradition éthiopienne. C’est peut-être grâce à l’exemple d’entrepreneurs comme Bethlehem Tilahun Alemu, que les Africains réaliseront leur possibilité individuelle d’enrichir leur niveau de vie, ceux de leurs concitoyens et de tirer le monde vers le haut.

 

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