CULTURE

Capoeira, l’art martial afro le plus célèbre au monde

La Capoeira est un des arts martiaux les plus célèbres du monde. En quoi consiste-t-elle? Quelles sont ses origines? S’agit-il plus d’un art brésilien ou d’un art afro?  Est-elle efficace dans les situations de self-defense? Nofi a interviewé ReDef, un pratiquant confirmé, pour obtenir des réponses à ces questions.

NOFI: Qu’est-ce que la Capoeira?

ReDef : La Capoeira est un art martial afro-brésilien. C’est l’art martial le plus populaire à avoir été créé par la diaspora afro-descendante. Elle combine des éléments comme la musique, la danse et des techniques de combat pour donner lieu à un art autrefois interdit et marginalisé au Brésil, mais qui est aujourd’hui la raison d’être d’une communauté globale qui transcende les cultures et les classes sociales.

NOFI: Quelles sont les origines de la Capoeira?

ReDef : De nombreuses histoires racontent les origines africaines de la Capoeira. Elles mentionnent sa pratique clandestine, son combat pour survivre face à l’esclavage, le racisme, la violence étatique et plusieurs autres formes d’oppression durant sa longue existence au Brésil.

Capoeira

Capoeira ou la danse de la Guerre par Johann Moritz Rugendas, 1835

Cela dit, pour expliquer ses originaires africaines, je vais me concentrer sur la linguistique. Comme l’a expliqué le  Dr. Kimbwandende kia Bunseki Fu-Kiau , le mot Capoeira itself vient du mot  kiKongo Kipura. Ce mot signifie ‘voler ou battre des ailes comme un poulet’. De plus, beaucoup de mots dans le vocabulaire de la Capoeira comme Ginga (un mouvement de base en Capoeira) et Axe (Ase) sont originaires des langues de membres de différents groupes ethniques africains que l’on a déportés au Brésil.

L’origine africaine de cet art trouve aussi un écho dans le Call and Response, un type de musique rendu populaire par Fela Kuti et dans les instruments africains utilisés pour rythmer le jeu.

Il est important de noter que la Capoeira n’est pas le seul art martial créé par des Africains de la diaspora. C’est aussi le cas du Danmyé.

NOFI : Pourquoi as-tu commencé la capoeira?

ReDef: Si j’avais eu l’opportunité de faire de la Capoeira en grandissant, j’aurais commencé à en faire dès l’enfance, parce que j’ai toujours aimé les arts martiaux. De plus, il s’agit de l’art le plus amusant et le plus ‘familial’ que je connaisse.

Malheureusement, je n’ai rencontré un enseignant de Capoeira qu’à l’âge de 22 ans. J’ai alors sauté sur l’opportunité. Jusqu’alors, j’avais pratiqué des arts martiaux orientaux (Karate, Tae Kwon Do, Kung Fu) et je voulais vraiment pratiquer cet art martial africain. De plus, mon professeur m’a donné une démonstration du pouvoir de la Capoeira qui m’a aidé à tracer ma voie. Pratiquer et voir de plus en plus de vidéos de cet art m’a donné une envie grandissante de l’apprendre.

NOFI : Est-ce populaire chez les Afro-Américains?

ReDef : Non, ce n’est pas très populaire chez les Afro-Américains. D’abord parce que c’est très cher et moins accessible aux Etats-Unis que dans des villes comme Paris. Et culturellement, ce n’est pas quelque chose de ‘cool’ en comparaison avec le prestige accordé au football américain et au basketball. De surcroît, c’est un art martial peu orthodoxe en comparaison avec la boxe ou le karaté. J’ai essayé de convaincre des membres de ma famille de s’y mettre, mais sans succès.

NOFI : La capoeira est-elle un plus un art martial brésilien ou un art martial africain?

ReDef : Je dirais que c’est afro-brésilien. De la même manière que le jazz et le hip-hop sont des inventions afro-américaines. Ils sont tous les deux des inventions afro-américaines. Ils sont principalement africains mais ils ne seraient pas ce qu’ils sont sans l’environnement dans lequel ils ont évolué.

Depuis que j’ai récemment commencé à étudier l’histoire humaine, je réalise que les cultures humaines ne sont pas pures, ayant été en contact depuis très longtemps. Même avant que l’homme moderne ne quitte le continent africain, il y avait déjà des échanges entre les cultures. Mais j’ai appris que tout remonte à l’Afrique, que cela remonte ou non à loin.

NOFI : Les Africains peuvent-ils selon toi s’en réclamer?

ReDef: Je pense que oui car la plupart des caractéristiques de cet art trouvent leur origine dans des traditions africaines relativement récentes.

La culture de la Capoeira tient l’Afrique en haute estime. On peut le voir dans beaucoup de paroles de chansons qui louent l’Afrique et des héros africains comme Zumbi et des esclaves marrons comme Aidê.

A bien des égards, cet art est comme un enfant perdu attendant d’être retrouvé par ses parents. Toutefois, il n’est pas possible de s’en réclamer avec une ‘pureté africaine’. Son évolution fait qu’elle est liée aux terres sur lesquelles il s’est développé comme le montre l’utilisation du portugais comme langue internationale de la Capoeira.

Toutefois, le latin était autrefois la langue officielle de la chrétienté. Même le statut du portugais dans la Capoeira pourrait changer à l’avenir.

NOFI : La Capoeira peut-elle être utile dans des situations de self-defense?

ReDef : Pratiquer n’importe quel art martial vous donnera un avantage sur un individu lambda parce qu’il vous fait constamment utiliser votre corps, étudier les mouvements de votre corps et pratiquer vos réflexes.  La réponse à cette question dépend plutôt du pratiquant. Parce que le combat est souvent mal vu dans nos sociétés, les pratiquants d’art martiaux vont avoir tendance à éviter les techniques les plus extravagantes et se focaliser sur les techniques de base partagées par la plupart des arts martiaux. Par conséquent, il ne faut pas s’attendre à voir des sauts piqués et des tournoiements de mains dans des combats réels. Toutefois, les coups de pieds, de poings et les projections en Capoeira sont aussi dangereuses que dans n’importe quel autre art martial.

NOFI : Peux-tu nous en dire plus sur tes activités?

J’ai réalisé trois films indépendants traitant de la Capoeira. Ils font partie d’un projet en cours dont l’objectif est de valoriser cet art, le populariser et de dialoguer à son sujet dans un contexte afro et conscient.
Comme dans plusieurs autres arts afro-descendants, des voix de Blancs favorisés peuvent rapidement devenir majoritaires. Cela peut simplement être le cas à cause de leurs positions importantes dans la société. Et inconsciemment ou non, elles interprètent souvent  ces arts d’une manière qui perpétue les stéréotypes négatifs sociétaux et les hiérarchies colonialistes.
Même en utilisant des symboles et des mots africains dans des chansons, j’avais l’impression d’une objectification de l’Afrique. Cela n’était pas basé sur des véritables faits historiques et contribuait à fétichiser les luttes des Noirs, leurs souffrances et leurs oppressions.
Pour cette raison, je continue à travailler sur des nouveaux projets permettant de diffuser cet art dans le monde. Comme je l’ai déjà dit, la Capoeira possède un important aspect familial et communal qui promeut des valeurs humanistes.Dans un monde où les communautés se détruisent, cet art peut être un outil pour réparer des relations et former de nouveaux liens. En effet, nous luttons tous pour trouver notre équilibre face au terrorisme capitaliste et son corollaire, la suprématie blanche.Je veux aussi encourager les personnes de culture et d’origine africaine récentes à pratiquer et à aider à faire évoluer cet art. Qu’ils ne le laissent pas être objectifié et aliéné des cultures desquelles ses racines sont les plus proches.Vous pouvez  retrouver mes vidéos sur Youtube ou sur redeffilms.com.

Voici un lien vers mon premier film traitant de Capoeira (avec des sous-titres français).

FiGHT DANCE SiNG: L’histoire d’un Capoeiriste – avec sous-titres Français (FightDanceSing.com)

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