ENTREPRENEURIAT

Ces jeunes Africains vont enrichir leur pays avec des déchets électroniques

Quatre étudiants en chimie ont créé un système de traitement des déchets électroniques qui permettra la création de plus de 10000 emplois dans leur pays et l’exportation de produits électroniques et électriques.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.media

Les déchets électroniques sont un challenge particulièrement important pour les pays en développement. Cela concerne particulièrement ceux du continent africain. Les Etats-Unis et l’Europe sont les plus grands producteurs de déchets électroniques. Ayant accès à de nombreuses innovations technologiques, c’est à un rythme relativement rapide qu’ils remplacent leurs téléphones, ordinateurs et autres appareils électroniques ou électriques. Les objets remplacés sont souvent exportés dans des pays en développement où ils connaissent une seconde vie.

Souvent, ces produits de seconde main permettent à une grande partie de la population des pays en développement d’avoir accès à la technologie. Toutefois, certains de ces produits étant déjà très usagés, leur durée de vie en Afrique est souvent très limitée.  A leur fin de vie, ils sont déposés dans des dépôts ou au bord de la mer ou de cours d’eau. La récupération, dans ces produits électroniques, de matériaux comme le cuivre se fait en souvent en brûlant des câbles, ce qui génère une importante pollution. Le plus grand dépôt de ce type du continent se situe à Accra, capitale du Ghana.  Appelé Agbogbloshie, il s’agit d’un quartier comptant des milliers d’habitants. Des études scientifiques récentes ont mis en évidence la présence de plomb, de fer ou de polychlorobiphényle et d’autres éléments toxiques dans le sang, l’urine et le lait maternel des habitants d’Agbogbloshie.

déchets électroniques

Agbogbloshie, Accra, Ghana

Un problème similaire frappe l’Afrique du sud. En 2014, ce pays était, après l’Egypte, le deuxième producteur de déchets électroniques du continent avec 0,35 millions de tonnes. Ne produisant pas nombre de produits électroniques, le pays a recours à leur importation, nombre d’entre eux étant usagés. Ces objets sont souvent empilés à l’air libre ou brûlés avec les conséquences déjà évoquées.

 

Un groupe de quatre doctorants en chimie de l’université Rhodes, dans le sud-est de l’Afrique du Sud, a réalisé les dangers de cette situation. Ce groupe, surnommé E-Smart Team, a également réalisé le manque à gagner qu’elle constitue pour leur pays. Selon les membres de cette équipe,  recycler et réutiliser ces déchets oubliés rapporterait 15 millions de rand (plus de 900000 euros) à l’économie nationale ainsi que la création de plus de 10000 emplois d’ici dix ans. Des emplois  destinés à des jeunes et qui consisteront à collecter, à recycler,  à réparer et à créer de nouveaux produits électroniques et électriques sud-africains. Le business plan de ces scientifiques qui jusqu’à présent n’étaient que guère rompus à l’entrepreneuriat a pourtant séduit le jury d’un prestigieux concours sur des projets de création d’entreprises ayant un impact sur leurs sociétés respectives.

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Les membres de l’e-smart team (crédit photo : Université Rhodes)

En avril 2019, à Nairobi au Kenya, Nobuhle Ndebele, Lindokuhle Nene, Reitumetse Nkhahle  et Gauta Matlou ont participé à un concours régional du Prix Hult, un prix internationalement connu et couronnant des étudiants ayant conçu un projet leur permettant de résoudre des problèmes sociaux urgents dans leurs sociétés. De ce concours, qui rassemblait 45 autres groupes d’étudiants, ils ont été classés à la première place.

De quoi espérer, dans un avenir proche, un financement à la hauteur de leur projet qui pourrait  électrifier le développement de leur pays et court-circuiter les préjugés sur l’incapacité des jeunes Africains à prendre avec brio la destinée de leur continent en main.

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