CULTURE

Kassav’, les célèbres créateurs du zouk fêtent leurs 40 ans

A l’occasion du quarantième anniversaire de Kassav’, nous vous proposons un retour sur leur prolifique carrière.

Kassav’, les célèbres créateurs du zouk fêtent leurs 40 ans

L’aventure de Kassav’ ( la cassave est une galette à base de farine de manioc) débute en 1979. Cette année-là, Pierre-Edouard Décimus et Freddy Marshall décident de donner un coup de neuf à la musique antillaise. Ils recrutent Jacob Desvarieux, guitariste et Georges Décimus (le frère du Pierre-Edouard). Petit à petit le groupe mythique prend forme.

La première version de Kassav’ sort son premier album intitulé « Love and Ka Dance« . Le Zouk venait de voir le jour pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Une musique moderne, mais surtout festive et dansante.

L’album suivant, sorti en 1980 aura pour titre « Lagué mwen« . C’est dans cet album que l’on entendra pour la première fois la puissante et mélodieuse voix de Jocelyne Beroard. On y retrouve également mon titre préféré « Soleil« . Écoutez plutôt :

Kassav’ fait une entrée fracassante dans les charts et marquera en profondeur toute une génération (et plus encore). Le troisième album sort en 1981, et Jean-Philippe Marthély ainsi que Jean-Claude Naimro feront leur entrée dans le groupe. Une tournée antillaise débutera au mois d’août de cette année.

Le succès est au rendez-vous. Très productif, le quatrième album de Kassav’ parait en 1982 (sans titre). La même année, sortait « Passeport » suivit en 1984 de « Ayé« .

Kassav’ se lancera dans une nouvelle tournée en Guadeloupe et Martinique pendant la période du carnaval. Il la reprend en août et va même en Haïti. La même année, Kassav sort un autre album pour Noël, « Yélélé » sur lequel on trouve le titre « Zouk la sé sèl médikaman nou ni » (Le zouk est notre seul médicament).

Grâce à ce hit, la notoriété du groupe explosera et dépassera les frontières des départements d’outre-mer.

L’expérience africaine

En 1985, toute l’équipe commence une tournée en Afrique.  C’est la première fois (mais pas la dernière) que Kassav’ tourne hors des Antilles. Le groupe se rendra en Côte d’Ivoire où l’engouement du public est sans précédent. D’autres pays africains profiteront également de l’incroyable énergie du groupe. Ce sera pour Kassav’ comme un retour au source, à leurs racines et aux origines de leur musique.

Kassav’ passera par la France pour une longue série de représentations au Zénith. Le concert affiche complet un mois avant la date du concert, sans aucune promotion. Les tournées s’enchaînent en Algérie, Guyane, Saint-Martin, Sainte-Lucie, l’Angola devant 30.000 personnes à Luanda. mais également au Portugal, Niger, Burkina Faso, Togo, Bénin, Gabon, Côte d’Ivoire et naturellement les Antilles.

Début 1986, ils fêtent leur premier Disque d’Or devant 40.000 personnes rassemblées en Guadeloupe. Puis se produisent une fois de plus au Zénith. Malheureusement, le trompettiste André Laïdli décédera d’une jaunisse aggravée durant une série de concerts au Gabon.

Le 21 juin, jour de la Fête de la Musique en France, est organisé pour la première fois un Carnaval antillais à travers Paris. A la fin du défilé, sur la pelouse de Reuilly, on retrouve le groupe déjà mythique devant 250.000 personnes. De nouveaux, déplacements au Portugal, au Sénégal, au Zaïre suivront…

En 1987, les tournées continuent. Kassav’ se produit dès lors devant un public nouveau (Suisse, Brésil, Mali, Belgique, etc). Ils reviennent à Paris au Zénith pour leur rendez-vous devenu annuel avec le public parisien. En novembre, Kassav’ sort « Vini pou« . L’album devient Disque d’or deux semaines après sa sortie.

En ce qui concerne la sortie de leurs albums, ils évoluent maintenant dans la cour des grands. Ils sont d’ailleurs récompensés par une Victoire de la musique comme meilleur groupe, à Paris en 1988. La machine Kassav’ fait dorénavant zouker partout dans le monde, des Etats-Unis au Japon en passant l’Europe toute entière.

En 1989, Kassav’ obtient le Prix de la Francophonie au Québec. En juillet, il a le privilège d’être le premier groupe noir à se produire en Russie. Cadeau d’anniversaire pour les dix ans du groupe Kassav’ : disque de Platine pour « Majestik zouk« .

D’années en années, Kassav’ continue inlassablement ses tournées sur tous les continents… Et, en 1990, il est sacré Meilleur spectacle, au référendum africain de RFI.

Le 1er juillet 1995, sort « Difé » pour lequel Bruce Swedien et René Moore, (ingénieur du son et programmateur de Michael Jackson) remixent le simple « Difé soupapé« . Parmi les invités, on retrouve le percussionniste cubain Ray Baretto, le batteur Manu Katché et même Stevie Wonder à l’harmonica ! Pour les textes, on compte aussi Patrick Chamoiseau, Prix Goncourt 1992 (prix littéraire français) pour « Pa ni pwoblèm« .

En octobre, le groupe Kassav’ reprend les routes pour une tournée qui le mène évidemment au Zénith en mars 1996 à Paris et qui continue en France métropolitaine, en Europe, aux Antilles et même au Canada pour les Francofolies de Montréal. En avril, « Difé » est Disque d’Or. En octobre, sort un album live « Kassav’ Cho« .

En mai, Jocelyne Beroard et Jacob Desvarieux sont nommés « Officiers du Mérite » au Sénégal par le Président Abdou Diouf. De plus Kassav’ sera élu Meilleur groupe aux Afric Awards à Libreville. Une compilation « Best of 20e anniversaire » verra le jour avec trois chanson inédites.

En 2000, sort « Nou la » (« Nou la, nou byen la » : nous sommes là, bien là). Soit, 15 titres enregistrés à Toulouse et mixés à Paris mais dont la préparation a été faite en Martinique où le groupe trouve son inspiration. A l’automne, le groupe par en tournée à Mayotte, au Seychelles, aux Comores, à la Dominique et à Curacao. Kassav’ reçoit un Music Award à la Martinique pour son concert anniversaire. Les concerts se poursuivent jusqu’au début 2002. Puis, le groupe prend une année sabbatique bien méritée. S’ensuit le départ de Patrick qui quitte le groupe.

Le quatorzième album sortira en 2004, marquant le grand retour de Kassav’. Il s’intitule tout simplement « K’Toz« . Sa popularité est intacte : le groupe triomphe devant 60 000 spectateurs à l’occasion de la 20e édition du festival de Baïa das Gatas, sur l’île de Sao Vicente, au Cap Vert.

En février 2005, Kassav’ donne trois concerts à guichets fermés au Zénith de Paris. L’un d’entre eux est filmé et permet au groupe de sortir quelques mois plus tard le DVD de concert « Carnaval Tour« .

En avril 2006, c’est le best of « Le meilleur de Kassav’ » qui est distribué en métropole et aux Antilles. Jusqu’à la fin de l’année, les cinq membres de la formation continuent à se produire dans des petits festivals aux côtés d’artistes comme Jimmy Cliff.

En 2007, en référence au titre des Beatles « All you need is love« , Kassav’ appelle son nouvel opus « All U need is zouk« . Ceci, pour bien affirmer que ce style n’est pas dépassé malgré ce que certains pourraient penser. Avec ses quatorze titres, il évoque la fête, la détente, le bien-être, mais aussi l’histoire des Antilles avec « Doubout Pikan » ou « Fo pa fann« . L’album est entièrement en Kréyol.

En 2009, Kassav’ fête ses trente ans de carrière avec une série de concerts. En Côte d’Ivoire, à Abidjan, puis en France, où le groupe remplit quatre Zénith à Paris avant d’enflammer le Stade de France. De très nombreux invités participent au show (Fally Ipupa, Jocelyne Labylle, Tanya Saint-Val…) devant 65 000 personnes.

Cette nuit du zouk anniversaire est immortalisée sur CD et DVD (« Live au Stade de France ») et accompagnée de la sortie d’un triple album-compilation (« Saga ») couvrant la carrière de Kassav. Kassav’ part ensuite souffler ses bougies en public en province, puis en Guadeloupe, en Martinique, en Algérie, aux Etats-Unis, à Haïti et à Dakar, au Sénégal.

En 2010, alors que Kassav’ s’apprêtent à prendre l’avion pour cinq concerts aux Etats-Unis, deux des dix-huit membres du groupe se voient refuser leurs visas. La tournée est annulée. Tous sont très affectés par la mort de leur ancien collègue et ami Patrick Saint-Eloi, qui s’éteint à Pointe-à-Pitre le 18 septembre 2010. Puisse-t-il reposer en paix.

Kassav’ poursuit sa tournée à partir de juillet 2011. Le groupe se produit alors à Tours puis à Montréal, Boston, Haïti et au Bénin en août.

Patrick Saint-Éloi est le pionnier du Zouk Love et l’un des piliers du Zouk dans la Caraïbe. Il s’est éteint le le 18 septembre 2010 à 51 ans.

Le seizième album de Kassav’ paraît en mai 2013. Avec « Sonjé« , les cinq musiciens historiques du groupe rendent hommage à leur « frère » disparu, Patrick Saint-Eloi. A la mélancolie se mêlent toujours les rythmiques dansantes qui ont fait le succès de Kassav’, et des textes en créole qui chantent l’identité antillaise. Puis une nouvelle tournée mondiale intitulée « Mawonaj tour » s’ensuit, qui passe par le Zénith de Paris. Le 11 février 2016, l’ancien percussionniste du groupe, César Durcin décède à l’âge de 58 ans des suites d’une longue maladie.

César Durcin, percussionniste du groupe Kassav dans les années 1980. Il s’est éteint le 11 février 2016.

En mai 2016, Kassav’ se produit pour la dernière fois dans sa salle fétiche, le Zénith de Paris, avant une nouvelle tournée mondiale « Chiré Douvan Tour ».

Le 20 octobre 2017, à l’occasion des sept ans de la mort de Patrick Saint Eloi, Kassav’ organise une édition spéciale du Grand Méchant Zouk. De nombreux artistes sont venus interpréter le répertoire de Patrick. Le 16 juin 2018, Jocelyne Béroard sera sur la scène de la Cigale à Paris pour un concert solo avant les préparatifs du 40ème anniversaire.

Au fil de ses 40 ans de carrière, Kassav’ n’a cessé de révolutionner la musique antillaise. Le groupe mythique a contribué à sa promotion en dehors des frontières de la France comme des Caraïbes. Pour célébrer cette longévité le groupe se produira le samedi 11 mai 2019 à La Défense Arena, devenant ainsi le premier groupe français à s’y produire!

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Panafricaniste dans l’âme, j’œuvre à mon humble niveau à réunir les membres de la grande famille africaine à travers le monde.

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