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La crise anglophone du Cameroun mène le pays au bord de la guerre civile

Politique

La crise anglophone du Cameroun mène le pays au bord de la guerre civile

Par Makandal Speaks

Nofi vous propose article de Phyllis Taoua, professeur d’études francophones (Afrique, Caraïbes) sur la crise anglophone au Cameroun, publié à l’origine sur The Conversation.

Les problèmes de gouvernance et de sécurité au Cameroun ont historiquement peu attiré l’attention de l’extérieur. Mais cela semble susceptible de changer, pour deux raisons. La première, c’est la crise politique croissante dans la région anglophone de la nation d’Afrique centrale. La seconde c’est l’élection présidentielle prévue pour octobre 2018.

Environ 20% de la population de ce pays de 24,6 millions d’habitants sont anglophones. La majorité sont francophones. La domination injuste des politiciens francophones du gouvernement a longtemps été la source de conflits.

Des activistes originaires des régions occidentales anglophones du pays protestent contre leur assimilation forcée dans une société à dominante francophone. Ils soutiennent que ce processus viole leurs droits en tant que minorité, protégés par des accords datant des années 60. La représentation politique et la participation des anglophones ont diminué à de nombreux niveaux de la société, depuis que la République fédérale du Cameroun est devenue la République-Unie du Cameroun en 1972. Les appels de la région anglophone à faire sécession du Cameroun sont de plus en plus nombreux.

Ce conflit purulent représente une épreuve majeure alors que le Cameroun se prépare aux prochaine élections d’octobre.

Trois choses sont désormais urgemment nécessaires au Cameroun. La première, c’ est de comprendre les origines de cette crise. La seconde, c’est de soutenir un dialogue national inclusif. Et la troisième, c’est de veiller à ce que les élections de 2018 soient libres et équitables pour tous.

Une crise croissante

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Le président français Emmanuel Macron accueille le président camerounais Paul Biya à son arrivée au palais de l’Elysée.

Avant 1961, le Southern Cameroon était un territoire administré par le Royaume-Uni depuis le Nigeria frontalier. Ils choisirent de rejoindre la République du Cameroun par un plébiscite de l’ONU en 1961, au moment de la décolonisation.

Un accord de partage du pouvoir fut conclu : la branche exécutive du gouvernement devait être partagée entre francophones et anglophones. Mais cet accord ne fut pas respecté et, au fil des ans, la représentation politique anglophone s’éroda progressivement.

La crise parvint à son paroxysme à la fin de l’année 2016 lorsque des avocats, rejoints par des enseignants et d’autres ayant des griefs similaires, organisèrent des manifestations dans les grandes villes de l’Ouest afin d’exiger la protection de leurs institutions et le respect de leurs droits en tant que minorité.

Le président Paul Biya réagit en déployant des troupes dans la région et en bloquant l’accès à Internet. Lorsque des manifestations pacifiques furent violemment réprimées, cela exacerba les tensions et fit passer le conflit local à l’échelle d’une crise politique nationale.

Le 12 juin, Amnesty International publia un rapport sur les violations des droits de l’Homme au Cameroun. L’International Crisis Group affirma qu’au moins 120 civils et 43 membres des forces de sécurité furent tués dans les dernières vagues de violence.

Plus de 20 000 personnes fuirent vers le Nigeria voisin et environ 160 000 personnes furent déplacées au Cameroun.

Certains militants des droits de l’homme craignent que le Cameroun puisse être le site de la prochaine guerre civile africaine.

Agbor Nkongho, un avocat défenseur des droits de l’Homme et directeur du Centre pour les droits de l’Homme et la démocratie en Afrique, a déclaré au Washington Post :

« Nous y arrivons petit à petit progressivement (guerre civile). Je ne vois pas la volonté du gouvernement d’essayer de trouver et de régler le problème d’une façon que nous n’obtiendrons pas. »

Un autre problème est qu’il existe des points de vue divergeant, même au sein des communautés anglophones et francophones, sur ce qui serait le mieux pour l’avenir du Cameroun.

Les obstacles à l’unité nationale

Drapeau de République d'Ambazonie

Drapeau du Southern Cameroon repris par les indépendantistes comme le drapeau de la République d’Ambazonie.

En octobre 2017, le leader séparatiste Julius Ayuk Tabe déclara l’indépendance de la République d’Ambazonie. Son gouvernement intérimaire revendiquait un territoire dont les frontières étaient les mêmes que le territoire du Southern Cameroon alors sous la domination britannique (1922-1961).

Le porte-parole du gouvernement intérimaire, Nso Foncha Nkem, a invité les francophones à quitter la région et a appelé les anglophones du gouvernement Biya à retourner en Ambazonie et de soutenir le mouvement. Il a également plaidé pour l’unité, demandant que les anglophones parlent d’une seule voix.

Cependant, cet appel n’a pas surmonté les défis posés par divers points de vue au sein de la population anglophone elle-même. Certains favorisent la sécession. D’autres veulent revenir à la fédération de 1961 et à l’accord de partage du pouvoir. Il y a ceux qui préfèrent la décentralisation qui déléguerait le pouvoir aux dirigeants régionaux, et certains qui veulent simplement une solution administrative qui laisserait la République du Cameroun dans son état actuel.

Et parmi la population francophone, il y a un certain soutien pour les séparatistes radicaux, alors que certains considèrent la situation anglophone comme une crise générale de gouvernance et d’autres nient tout problème.

Mongo Beti, romancier et militant francophone qui a passé 30 ans en exil, observa après son retour dans les années 1990 qu’une absence générale d’identification avec une nation viable et unifiée due à diverses divisions avait effiloché le tissu social camerounais et constituait un obstacle important au progrès. .

On ne sait pas si Biya, âgé de 85 ans et au pouvoir depuis 1982, se présentera pour une réélection. Ses 38 années au pouvoir comme dirigeant corrompu et absent ont laissé la nation en lambeaux. La grande majorité des Camerounais, qu’ils soient anglophones ou francophones, ont soif de changement.

La voie à suivre?

Il y a un besoin urgent d’un dialogue national inclusif afin d’exploiter ce désir de changement.

Le gouvernement doit reconnaître qu’il fait face à une crise nationale importante et doit prendre des mesures extraordinaires. Un dialogue général sur la gouvernance dans toutes ses régions est également nécessaire. Compte tenu de la profondeur et de la gravité des griefs de la population, une approche holistique est nécessaire afin d’aborder les questions de gouvernance, de sécurité et d’engagement civique dans le but de réparer les liens qui ont été brisés.

Tout ceci est essentiel pour que la crise actuelle soit une opportunité pour le Cameroun de développer une nouvelle feuille de route qui pourrait autonomiser les citoyens.

~ Phyllis Taoua auteure de « How Africa Responded to Independence » (Cambridge University Press, 2018) Professeur d’études francophones (Afrique, Caraïbes), Faculté affiliée aux études africaines, Programme de littérature mondiale et Pratique des droits de l’homme, Université de l’Arizona.

Lisez l’article original

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