Trilogie Kemi Seba

Ces rendez-vous panafricains qui ont marqué le XXe siècle (1900-1945)

Histoire

Ces rendez-vous panafricains qui ont marqué le XXe siècle (1900-1945)

Par Anne Rasatie

Nous pourrions remonter à la célèbre Révolution haïtienne pour parler de panafricanisme, comme le propose Amzat Boukari dans son livre « Africa Unite! », peut-être même au-delà. Mais nous nous contenterons pour cette fois, de relater les grandes rencontres panafricaines qui se sont déroulées au cours du XXe siècle.

« Tant que les lions n’auront pas leurs propres historiens, les histoires de chasse continueront de glorifier le chasseur ». Ce proverbe africain plein de sagesse nous pousse à rechercher les actes qui ont marqué notre histoire. Après la Conférence de Berlin (1885) et l’abolition officielle de l’esclavage dans la majorité des Etats de monde, se sont déroulées de nombreuses rencontres panafricaines. Plus ou moins connues, elles ont contribué à façonner un nouveau système de pensée des élites noires pour l’autodétermination et l’indépendance des peuples. Cette première partie, non exhaustive, revient sur les 45 premières années du XXème siècle.

  • 23-25 juillet 1900: La première Conférence panafricaine se déroule à Londres (Royaume Uni). Le mot « Panafricanisme » est lancé et sera le nouveau mot d’ordre des rassemblements entre Africains et diasporas.

Première conférence panafricaine à Londres, 1900

W.E.B DuBois

Marcus Garvey, fondateur de l’UNIA

  • 28 août-2 septembre 1921: Un deuxième Congrès panafricain se déroule simultanément à Londres (Royaume Uni), Paris (France) et Bruxelles (Belgique).

Deuxième Congrès Panafricain, au Palais Mondial, à Bruxelles en septembre 1921

  • Novembre-décembre 1923: Troisième Congrès panafricain, Londres (Royaume Uni), Lisbonne (Portugal)
  • 30 avril 1924: Création de la Ligue universelle pour la défense de la race noire, Paris (France) dont le fondateur est Tovalou Houénou. Le but recherché est la protection des droits des personnes noires à travers le monde, mais aussi le développement de la solidarité et l’accès à l’éducation pour tous.

Au centre, Tovalou Houénou, fondateur de la Ligue universelle pour la défense de la race noire en 1924, représentant de Marcus Garvey (gauche) en Europe.

  • 26 mars 1926: Création du Comité de défense de la race nègre, par Lamine A. Senghor, Paris (France)
  • Février 1927: Congrès constitutif de la « Ligue contre l’impérialisme et l’oppression coloniale » réunissant différents leaders des pays du Sud. Il vise à l’organisation d’un mouvement anti-impérialiste de masse au niveau mondial, et s’inscrit dans la stratégie communiste du moment.

Lamine Senghor (au centre), militant politique sénégalais, avec J.T.Gumde de l’ANC et autres délégués, au Congrès international contre l’oppression coloniale tenue à Bruxelles , en février 1927

  • Août 1927: Quatrième Congrès panafricain, New York (USA)
  • 13-21 octobre 1945: Le cinquième Congrès panafricain se tient à Manchester (Royaume Uni). Véritable succès populaire, le congrès proclame la « détermination des Africains à être libres » et adopte le socialisme comme philosophie politique. Kwame Nkrumah, futur premier ministre du Ghana, participe à l’organisation du congrès et crée un Secrétariat national ouest-africain. George Padmore est un des hommes clés de se rassemblement.

George Padmore, organisateur du cinquième Congrès Panafricain à Manchester en 1945

Durant première moitié du XXème siècle, les leaders panafricains d’Amérique et des Caraïbes ont impulsé des mouvements contestataires et indépendantistes qui allaient mener aux indépendances des pays africains. Bien que noyautées par les puissances coloniales, ils s’inscrivent dans une idéologie marquée par le désir de liberté, d’autodétermination et de souveraineté, qui a coûté la vie aux plus courageux. Entre séparatisme et multiculturalisme, ces différents courants ont muté tout au long de l’histoire. Diasporique ou africains, leurs dirigeants ont eux aussi changer leur position à de multiples reprises, tant les enjeux étaient colossaux.

Dans la seconde moitié du XXème siècle, les Africains se sont appropriés le combat panafricain dans un contexte colonial qui battait de l’aile. Souvent incompris par leur peuple contemporain, ils ont servi d’exemple à la postérité et leur combat en fait aujourd’hui des héros nationaux. Nous les aborderont dans la seconde partie du dossier « Ces rendez-vous panafricains qui ont marqué le XXe siècle ».