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CEDEAO : pas de monnaie commune ouest-africaine en 2020

Economie

CEDEAO : pas de monnaie commune ouest-africaine en 2020

Par Makandal Speaks

Initialement prévue en 2020, la mise en circulation d’une monnaie unique de la CEDEAO est toujours au point mort. Aucun nouveau calendrier n’a été fixé.

Mardi 24 octobre 2017, lors de la 4° réunion de la Task Force présidentielle de la Communauté Économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), Marcel de Souza a avoué que les travaux visant à mettre en circulation une monnaie unique dans la zone économique d’ici à 2020 avaient échoué. Cette réunion visait initialement à évaluer les progrès pour la mise en place une monnaie régionale unique 30 ans après la première ébauche de celle-ci.

Les présidents Mahamadou Isoufou du Niger, Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire, Nana Akufo Ado du Ghana, Muhammadu Buhari du Nigeria et Faure Gnassingbe du Togo avaient fait un détour par la capitale nigérienne pour prendre part à ce sommet.

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Ainsi, selon Marcel de Souza, le président de la Commission de l’organisation intergouvernementale ouest-africaine a déclaré que la feuille de route du projet n’avait « pas été mise en œuvre avec vigueur« . Il continuera en reconnaissant que :

« nous ne pouvons pas aller en 2020 à la monnaie unique » [1]

Rappelons que pour que la monnaie puisse être effective, quatre critères doivent absolument être remplis par chaque pays membre :

  • Un taux d’inflation à un chiffre à la fin de chaque année
  • Un déficit budgétaire ne n’excédant pas 4% du PIB
  • Un déficit de financement de la banque centrale ne dépassant pas 10% des recettes fiscales de l’année précédente
  • Réserves extérieures brutes pouvant donner une couverture à l’importation pour un minimum de trois mois.

De gauche à droite : Muhammadu Buhari du Nigeria, Faure Gnassingbe du Togo, Mahamadou Isoufou du Niger, Alassane Ouattara de Côte d’Ivoire, Nana Akufo Ado du Ghana.

Toutefois pour M. de Souza :

« les résultats ne sont pas au rendez-vous (…) De 2012 à 2016, aucun de nos pays n’a pu respecter de manière continue les critères de premier ordre du programme de convergence macro-économique.” [1]

L’annonce de mardi dernier intervient après une série de révisions et de reports du plan d’intégration monétaire au fil des ans. En effet, l’objectif d’une monnaie commune, d’abord dans les pays de la CEDEAO n’utilisant pas le fCFA (Ghana, Guinée-Conakry, Libéria, Nigeria et Sierra Leone), puis dans l’ensemble de la zone CEDEAO fut officiellement annoncée en décembre 2000 dans le cadre du lancement officiel de la zone monétaire ouest-africaine (ZMAO).

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Cette monnaie devait d’abord être introduite en 2003, mais elle sera repoussée à plusieurs reprises, en 2005, 2010 et 2014. Lors d’une réunion du Conseil des ministres et gouverneurs de l’Afrique de l’Ouest le 25 mai 2009, l’utilisation de la monnaie fut reportée à 2015 en raison de la crise économique internationale. Une réunion en décembre 2009 a également établi un plan pour commencer à fusionner cette nouvelle monnaie avec le franc des Colonies Françaises d’Afrique CFA dès le lancement de celle-ci; cela devait finalement être réalisé d’ici à 2020.

Cependant, De Souza a énuméré un certain nombre de revers, y compris des échecs à harmoniser les politiques monétaires entre les huit monnaies utilisées par les économies de la CEDEAO, et à mettre en place un «institut monétaire», sorte de précurseur d’une hypothétique banque centrale commune. Huit pays de la CEDEAO utilisent conjointement le franc CFA, contre lequel une frange toujours grandissante de la société civile se mobilise. Ces derniers sont amarrés à l’euro et sont rassemblés au sein de l’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) [2]. Toutefois, les sept autres pays de la CEDEAO ont leurs propres monnaies et aucune d’entre elles n’est librement convertible les unes par rapport aux autres.

A l’heure où le fCFA est de plus en plus décrié par les populations africaines qui aspirent à une véritable souveraineté économique, il convient de se demander si cette future monnaie n’est pas au bout du compte un CFA relooké. En effet, la France a jusqu’aujourd’hui la mainmise économique sur la CEDEAO avec cette devise fabriquée dans le Puy-de-Dôme. Il serait en effet logique pour l’ancienne puissance coloniale de pousser tous les pays de la CEDEAO à plus d’intégration, notamment via l’Opération Barkhane et le prétexte du terrorisme afin de transformer l’organisation intergouvernementale ouest-africaine en un proxy encore plus puissant qui servirait les intérêts et  la domination de Paris en Afrique de l’Ouest. Cet échec actuel de la monnaie unique n’est donc pas nécessairement une mauvaise nouvelle pour tous.

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Notes et références

[1] « L’Afrique de l’Ouest veut toujours sa monnaie unique en 2020, mais ça sera dur » lepoint.fr, publié le 24 octobre 2017

[2] L’Union monétaire ouest-africaine (UMOA) est une zone monétaire créée le  Abidjan.