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Le film ‘Battle of the Sexes’ est à Trump ce que Rocky était à Muhammad Ali

Société

Le film ‘Battle of the Sexes’ est à Trump ce que Rocky était à Muhammad Ali

Par Sandro CAPO CHICHI

Le film Battle of the Sexes raconte l’histoire vraie du match de tennis de 1973 entre la numéro un mondiale de tennis de l’époque Billie Jean King et l’ancien numéro un mondial Bobby Riggs.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

Battle of the sexes : un film aux résonances sur la société d’aujourd’hui

Le 22 septembre 2017 marque la sortie aux Etats-Unis du film Battle of the Sexes. Il raconte, non la prise de quelques libertés, le match de tennis d’exhibition qui a eu lieu en 1973 entre la championne de tennis Billie Jean King et l’ancien numéro 1 mondial alors à la retraite Bobby Riggs. Ce match, remporté par King, prend en 2017 une résonance tout à fait particulière. King était en effet une joueuse féministe pionnière de la lutte pour l’égalité hommes / femmes dans le sport. Dans le film, c’est aussi l’époque où Billie Jean King prend conscience de sa préférence sexuelle pour les femmes. Ces thèmes font évidemment écho à l’actuelle grande médiatisation de la lutte pour les droits des femmes et ceux des homosexuels.

De son côté, Bobby Riggs était un showman, un hustler et surtout un grossier sexiste avoué. Ce personnage rappelle évidemment, dans le paysage médiatique actuel, celui du Président américain Donald Trump, qui est aujourd’hui la cible de nombreux activistes féministes, homosexuels et antiracistes. Dans cet article, je vais postuler que le film est une réponse à l’élection de Donald Trump comme certains opus de la série des Rocky étaient une réponse à la mainmise des Noirs Américains en général et de Muhammad Ali en particulier sur le titre de champion du monde de boxe des poids lourds.

Une mainmise de la gauche américaine sur le cinéma US?

Dans un précédent article, j’ai essayé d’expliquer en quoi la série des films Rocky était en partie une réponse à la frustration de l’Amérique Blanche face à la mainmise des Noirs sur le titre tant convoité de champion du monde des poids lourds de boxe par les athlètes afro-américains. Muhammad Ali exprimait lui-même cette impression en 1979 dans une déclaration assez édifiante:

Muhammad Ali : « Que l’homme noir apparaisse comme le meilleur (…) aurait été contre la doctrine américaine. J’ai été tellement grand dans le domaine de la boxe qu’ils ont du créer une image comme Rocky, une image sur le grand écran, pour contrer la mienne sur le ring. L’Amérique se doit d’avoir ses images blanches, peu importe où elle les trouve. Jésus, Wonder Woman, Tarzan et Rocky ».

Je ne postule pas que la position des femmes dans la société américaine des femmes soit comparable à celle des Blancs américains à la fin des années 70 et 80, une séquence récemment décrite comme ‘extrêmement raciste envers contre les Noirs’ par l’intellectuel américain Noam Chomsky. Les femmes y sont actuellement toujours discriminées par rapport aux hommes. Toutefois, il ne me paraît pas honnête de déclarer que les sympathisants du féminisme ne disposent pas aujourd’hui d’une mainmise similaire sur l’industrie cinématographique que ne la possédait l’Amérique blanche conservatrice durant l’ère Reagan. La prolifération récente de séries et de films au sujet de l’émancipation des femmes le montre amplement.

Plus édifiante encore est l’opposition sans précédent du public et de l’industrie cinématographique américains au président Donald Trump, qui rappelons-le est le président américain le plus impopulaire de l’histoire récente. La cérémonie des Emmy Awards 2017 qui s’est révélée être un véritable plaidoyer anti-Trump en est une illustration frappante. En revanche, la production de films américains à gros budget mettant en scène des thématiques conservatrices est aujourd’hui très rare, contrairement aux années 80, par exemple.

La Bataille des Sexes

La série Glow de Netflix se déroule au début des années 80. Elle retranscrit fidèlement l’utilisation du spectacle à des fins propagandistes durant l’ère Reagan. On y voit par exemple une héroïne blonde attirante habillée aux couleurs du drapeau américain affronter des personnages caricaturaux et maléfiques de Noire ‘voleuse d’allocations’ et de Soviétique sans coeur. Cette configuration manichéenne du gentil blanc américain qui bat le méchant Noir/Communiste est quasiment inimaginable dans le cinéma américain d’aujourd’hui, bien que fréquente dans les années 80.

L’opinion de gauche américaine, principalement composée de féministes et de leurs sympathisants dispose donc semble-t-il, d’une mainmise sur l’industrie cinématographique américaine de nos jours. En cela, sa situation est comparable à celle de la droite conservatrice dans les années 80. Comme cette dernière à l’époque, il lui est tout à fait possible de produire un film destiné à contrer la frustration du public face à la mainmise d’un homme insupportable sur le pouvoir.

Quelques comparaisons entre Rocky et Battle of the Sexes

Pour le public de gauche américain, l’élection présidentielle de 2016 a été une triple désillusion. Celle de la défaite de la candidate du parti démocrate pourtant favorite d’une part, de la potentielle première présidente de l’histoire du pays d’autre part, le tout au détriment d’un homme grossièrement raciste et sexiste.

la bataille des sexes

Pour une partie du public conservateur américain, la mainmise des Noirs Américains sur le titre des poids lourds dans les années 70 était également problématique en bien des aspects. Non seulement ce titre, qui symbolisait la possession d’une virilité supérieure avait été perdu au détriment des Noirs, mais il était en la possession d’une grande gueule dénonçant de manière constante le racisme des Blancs, méprisant l’Amérique étant même perçu comme un raciste anti-Blanc.

La bataille des sexes

Muhammad Ali et Malcolm X

Dans les deux films, des personnages calmes et ‘civilisés’ se voient défier, voire harceler, par des agitateurs qui incarnent l’objet de leurs frustrations et de leurs peurs dans la vie réelle, peurs qui menacent notamment leurs sexualités. Après mûres réflexions et entraînement de rigueur, les ‘personnages civilisés’ surmontent leurs peurs à propos d’eux-mêmes et parviennent à vaincre leurs adversaires, faisant avancer symboliquement, grâce à leurs victoires, les sociétés et les valeurs dont ils sont les symboles.

Emma Stone et Seve Carell dans Battle of the sexes (2017)

Dans les deux cas, il faut toutefois admettre que les scénarios des films et leurs distributions n’ont pas été conçus simplement à des fins propagandistes. Comme je l’ai expliqué ailleurs, le choix de Stallone pour incarner un champion du monde blanc s’inscrit avant tout par une volonté de l’acteur d’endosser le rôle titre. De même, le scénario de Battle of the sexes est basé sur une histoire vraie dont une réutilisation tombe à pic dans le contexte d’aujourd’hui.

Malgré la mainmise des conservateurs sur la présidence américaine aujourd’hui comme dans les années 80, il semble donc que l’industrie cinématographique et télévisuelle  réagisse fort différemment face à celle-ci à ces deux époques. Ce qui était autrefois un agent de propagande des oppresseurs est passé aux mains des oppressés qui ne s’en sont pas privés pour régler leurs comptes avec le sexisme et l’homophobie comme on réglait autrefois ses comptes avec les Noirs ou avec les communistes.

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