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Lorsque les anciens esclavagistes recevaient des milliards d’euros de compensation lors de l’Abolition

Culture

Lorsque les anciens esclavagistes recevaient des milliards d’euros de compensation lors de l’Abolition

Par Sandro CAPO CHICHI

La question des réparations financières en faveur des descendants d’esclaves noirs reste controversée, bien que régulièrement évoquée lors des débats sur la traite des Noirs. Ironiquement, peu connu est le fait que les esclavagistes britanniques furent immédiatement indemnisés lors de l’émancipation officielle des esclaves en 1838.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.fr

Dans les romans nationaux de pays occidentaux au passé esclavagiste et que de nombreux descendants d’esclaves s’adonnent naïvement à présenter comme des vérités historiques universelles, la fin de la traite négrière est présentée comme le résultat d’un sursaut d’humanisme et de justice de la part de grands hommes blancs de ces nations qui auraient mis un terme à ce crime contre l’humanité. Devant cette version, quelques questions se posent toutefois. Quel type de ‘justicier’ digne de ce nom se permettrait de payer des criminels pour qu’ils arrêtent leurs méfaits? Quel type de justicier maintiendrait en position de victime d’anciennes victimes au profit de leur ancien bourreau sans les indemniser?

Dans les Antilles britanniques, où l’économie esclavagiste contribuait largement à l’économie métropolitaine, l’émancipation des esclaves avait entraîné une compensation de la part de l’Etat britannique. La compensation de 20 millions de livres (estimés à environ 76 milliards de livres dans le contexte de l’économie d’aujourd’hui) n’était toutefois pas destinée à ceux qui en avaient été victimes, mais ceux qui avaient été ‘victimes’ de son abolition. Les anciens esclaves ne reçurent ni argent, ni propriété, ne recevant comme perspective que d’être employés à moindre coût par leurs anciens bourreaux. Dans son ouvrage ‘The economics of emancipation’, K.M. Butler montre une longue liste de banquiers britanniques esclavagistes et l’incroyable montant de leur indemnisation compensatoire, de 93965 livres de l’époque pour W., R. & S. Mitchell, 59545 livres pour  W., G. & S. Hibbert ou encore 38247 livres pour Judah & Hannah Cohen. Ces nouveaux gains allaient être largement réinvestis dans l’économie britannique, comme le montre par exemple le cas du propriétaire terrien esclavagiste John Gladstone, qui après avoir reçu 111000 livres de l’époque pour avoir perdu le privilège de ses esclaves au Guyana et en Jamaïque en réinvestit une part significative dans l’économie métropolitaine contribuant à la richesse de la Grande Bretagne et aux difficultés psychologiques et socio-économiques des descendants de ses esclaves jusqu’à ce jour.

Il manque un dessin entre le quatrième et le cinquième de cette excellence planche...

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Pour en savoir plus

The economics of emancipation : Jamaica & Barbados, 1823-1843 / Kathleen Mary Butler

Britain’s black debt  : reparations for Caribbean slavery and native genocide / Hilary McD. Beckles