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Akhénaton, premier promoteur connu du monothéisme

Histoire

Akhénaton, premier promoteur connu du monothéisme

Par Sandro CAPO CHICHI

Célèbre pour avoir été le premier promoteur connu de la croyance en un seul dieu (le monothéisme) et pour ses représentations artistiques peu conventionnelles, Akhénaton est l’un des Pharaons d’Egypte les plus connus du grand public. 

Par Sandro Capo Chichi / nofipédia

Origines et jeunesse

Akhénaton est né sous le nom d’Amenhotep dans la première moitié du quatorzième siècle avant notre ère, probablement durant la deuxième partie des années 20 du Pharaon Amenhotep III.

Amenhotep III, père d'Akhénaton

Amenhotep III, père d’Akhénaton

Il est le fils de ce dernier (aussi appelé en français Aménophis III), son prédécesseur sur le trône d’Egypte,  et est de ce fait appelé Amenhotep IV avant son changement de nom en Akhénaton. Sa mère est Tiyi, la Grande Epouse Royale d’Amenhotep III.
Tiyi, mère d'Akhénaton

Tiyi, mère d’Akhénaton

Le couple aurait eu au moins six enfants, dont quatre filles (Satamon, Henutaneb, Isis et Nebetah) et deux garçons,  Amenhotep IV et son aîné, Thoutmosis. C’est ce dernier qui avait été choisi comme prince héritier et sans sa mort aux alentours de la vingt-neuvième année du règne de son père, Amenhotep IV n’aurait peut-être pas régné.

Le prince Thoutmosis, frère aîné d'Akhénaton

Le prince Thoutmosis, frère aîné d’Akhénaton

Comme les autres princes égyptiens de l’époque, il grandit certainement sous la tutelle d’un homme de confiance du roi, qui l’initie aux activités intellectuelles telles que la maîtrise des hiéroglyphes et des mathématiques ou encore la maîtrise des activités de combat. Lors de la trente-huitième ème année de son règne, Amenhotep III meurt. Amenhotep IV prend alors le pouvoir, probablement alors simplement âgé d’une petite dizaine d’années, vers le 25 novembre d’une année qui pourrait être 1352.

Accession au trône et transition vers le culte d’Aton

Les premières représentations d’Amenhotep IV n’apparaissent que lors de son accession au pouvoir. Il apparaît dans des représentations de style conventionnel où son visage trahit un léger embonpoint. Il prend le nom de couronnement de Neferkheperure Waenre ‘Parfaites sont les manifestations de Rê, l’Unique de Rê’, organise, comme le veut la coutume,  les funérailles de son père et ordonne des constructions religieuses en hommage à / ou en continuité avec son père. L’une d’entre elles reste inachevée et il justifie cet abandon par un besoin de construire un autre monument. Il s’agit d’un monument, situé au sein même de celui de la divinité impériale Amon Rê en l’honneur d’un autre dieu « Re Horakhty qui jubile dans l’horizon en son nom de Shou qui est dans l’Aton », nom donné en Egyptien au disque solaire et dont il se présente comme le ‘premier prêtre’. Dans cette inscription, qui est probablement rédigée avant la première année de son règne, il se présente toutefois toujours comme étant sous la protection du dieu Amon Re. Aton est désormais de plus en plus mis en avant et lors du passage de sa troisième à sa quatrième année de règne, Akhénaton organise une fête sed, une sorte de jubilé, qui ne sont généralement proposés qu’après trente ans de règne. Il a été proposé que ce jubilé n’avait été organisé que pour affirmer son caractère divin, ou alors le caractère royal de son dieu, une tendance qui se précisera par la suite.

Nefertiti, grande épouse royale d'Akhénaton

Nefertiti, grande épouse royale d’Akhénaton

C’est à cette époque qu’apparaît Nefertiti, sa grande épouse royale. Trois filles naîtront de cette union entre l’an IV et l’an VII du règne du Pharaon. Cette même quatrième année, il fait inscrire le nom de son dieu, désormais appelé Aton et qu’il représente par un disque solaire, dans un cartouche, généralement réservé aux souverains.

Akhénaton et Nefertiti adorant l'Aton

Akhénaton et Nefertiti adorant l’Aton

Par le leitmotiv ‘Aton a été trouvé’, il exprime une nouvelle idéologie politico-religieuse. Celle-ci, basée sur le fait que l’énergie lumineuse du soleil est à la fois la source de toute existence et de la légitimité royale dont il est le grand prêtre et même le seul prophète, se fait au détriment de l’ancien dieu dynastique Amon-Re Enfin, il fait construire un immense complexe en l’honneur de ce dieu près du temple d’Amon Re.

Temple d'Amon à Karnak par Steve F-E-Cameron

Temple d’Amon à Karnak par Steve F-E-Cameron

Elle se fait grâce à une nouvelle technologie de construction, des petits blocs de trois fois la longueur de la main en grès, faciles à transporter et appelés aujourd’hui ‘talatat’.

Des talatats

Des talatats

Dans celui-ci apparaît aussi une nouvelle forme d’art royal, centré sur le roi et aux canons moins conventionnel que l’on appellera amarnien, du nom de Tell Amarna, nom moderne de la ville dont Amenhotep IV allait faire sa capitale sous le nom d’Akhetaton.

Règne à Akhétaton (Tell el Amarna)

Lors de sa cinquième année de règne, Akhénaton déclare officiellement vouloir créer une nouvelle capitale qu’il appellera Akhetaton, ‘L’horizon d’Aton’, au centre de l’Egypte.

Tell el Amarna, l'ancienne Akhétaton par 1worldtours.com

Tell el Amarna, l’ancienne Akhétaton par 1worldtours.com

Les raisons sont peut-être dues à un conflit avec le puissant clergé du Dieu Amon à Thèbes, qui s’il est théoriquement soumis à la tutelle royale, semble avoir refusé d’adopter sa nouvelle religion. Lors de la septième ou de la huitième année de son règne, il s’y installe et peu après, change son prénom Amenhotep, qui signifie ‘Amon est satisfait’ en Akhenaton, nom signifiant ‘celui qui est utile à Aton’. Ces événements sont suivis par une campagne de martelage du nom d’Amon et des autres divinités. Le culte d’Aton ne semble pas avoir réuni beaucoup de nouveaux adeptes à travers le pays, bien qu’il semble qu’à Thèbes et bien sûr à Akhetaton, le roi ait ordonné de remplacer systématiquement le nom des autres divinités par celui d’Aton. Peu après son arrivée à Akhetaton, Nefertiti offre à Akhénaton une nouvelle fille, Neferneferouatontacheryt, puis quelques années plus tard dune cinquième et une sixième fille appelées Neferneferoure et Setepenre.

Akhénaton, Nefertiti et leurs filles

Akhénaton, Nefertiti et leurs filles

Grâce à des documents écrits en akkadien, à l’époque langue de communication de l’Egypte et du Moyen Orient, on connaît les relations entre l’Egypte sous Akhénaton et les puissances asiatiques voisines. Dans certains cas, comme avec l’état d’Amorrou, la Palestine et la Galilée, il s’agit de celle d’un suzerain à ses vassaux, dont Akhénaton doit s’assurer qu’ils verseront leur tribut sous peine de quoi leurs voisins sont pillés. Pour les grands empires comme les Mitanniens, Assyriens, Babyloniens et Hittites, il s’agit de relations égalitaires. L’An XII, qui marque l’apogée du règne du Pharaon voit, lors d’une grande procession des représentants de tous les pays étrangers en relation avec l’Egypte apporter leur tribut. Peu après ce moment de bonheur, Akhenaton et son royaume vont sombrer dans des années bien moins heureuses, marquées par des turbulences dans les relations exterieures de l’Egypte et peut-être par une épidémie dont la famille d’Akhénaton fera les frais.

Tête du jeune TOUTANKHATON, unique fils d'Akhénaton par Jean-Pierre Dalbéra

Tête du jeune TOUTANKHATON, unique fils d’Akhénaton par Jean-Pierre Dalbéra

Fin de règne et mort

Après être devenu le père d’un premier garçon appelé Toutankhaton par une femme dont le nom est inconnu mais que la génétique a identifié comme étant sa soeur, Akhenaton doit faire à la montée en puissance et en influence de l’Empire hittite au détriment de celle de son allié du Mitanni. Ce phénomène sera géré par Akhénaton par l’encouragement, entre les deux royaumes, d’un état tampon, celui d’Amourrou (nord de l’actuelle Syrie). Entre temps, dans le cadre de ce qui est peut-être une épidémie, Akhénaton perd quatre de ses filles (Setepenre, Neferneferoure,Meketaton et Nefernerouaton Tacheryt) puis sa mère Tiyi vers l’an XIV.

Akhénaton et Nefertiti

Akhénaton et Nefertiti

Nefertiti semble disparaître quelques années plus tard. Sur le plan de la politique extérieure, les choses s’empirent. L’Amourrou, comme Qadesh, font le jeu des Hittites et attaquent les états vassaux de l’Egypte, menaçant l’influence de cette dernière. En guise de représailles, Akhenaton convoque Azirou, le roi d’Amourrou, en vain ; il dépêche aussi une expédition contre Qadesh, qui est vaincue. En l’an XVII de son règne, Akhenaton meurt, probablement à un peu moins de 30 ans et laisse l’Egypte dans une position extrêmement critique tant au niveau de la supposée épidémie que sur celle de ses états tributaires en Syrie-Palestine que les Hittites s’apprêtent à attaquer.

Héritage
Après la mort d’Akhenaton et l’Egypte en grand danger, sa fille aînée Meritaton demande au roi hittite Shouppiliouliuma de lui envoyer un époux. C’est peut être le fils de ce dernier, Zannanza assassiné peu de tent après être arrivé en Egypte qui succèdera très brièvement à Akhénaton comme Pharaon d’Egypte sous le nom de Smenkhare.
Toutes les inimitiés engendrées par Akhenaton par le sort qu’il réserva aux autres cultes, associé à la période de turbulence qui conclut son règne et à l’épidémie qui fut peut-être interprétée par ses compatriotes comme un rejet du culte d’Aton entraînera un rejet unanime de la mémoire de ce Pharaon qui perdurera peut-être dans les textes, jusqu’au Xème siècle de notre ère.

Akhénaton

Akhénaton

Son héritage est toutefois fort précieux dans l’Histoire de l’humanité par le changement qu’il apporta à la religion traditionnelle égyptienne et par le monothéisme dont il fut le premier promoteur connu. Abandonnant le recours à la momification il promut la survie par la seule érection de statues célébrant la mémoire, après, selon lui que les êtres ne soient retournés vers l’Aton. Cette conception de la mort trouve un nombre importants de parallèles en Afrique et dans le monde moderne en général. Cette similarité du culte d’Aton avec celui du Dieu dans le reste de l’Afrique  est aussi mesurable dans son caractère non révélé et qui fait que la connaissance de ce Dieu, pourtant unique n’a pas besoin d’être enseigné tant il est perçu de manière innée par l’être humain, bien qu’il ne soit distant et que le commun des mortels ne puisse s’adresser à lui. Akhénaton nous aussi laissé un texte de portée philosophique, l’hymne à Aton, dont l’explication du rôle des rayons de soleil sur la vie est confirmé par la science moderne. Les vingt sept ans de la vie d’Akhenaton retentissent donc aujourd’hui encore dans le monde, plus de 3000 ans après sa mort.

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Peinture moderne d’Akhénaton par Sandro CAPO CHICHI

Références:
Marc Gabolde (2005), Akhenaton, du mystère à la lumière, [Paris] : Gallimard
Fabien Hertier  (2012) « Deux mentions du prænomen d’Akhénaton dans une encyclopédie byzantine du
Xe siècle », ENIM 5, p. 115-117.
Dimitri Laboury (2010),  Akhénaton, Paris : Pygmalion
Théophile Obenga (1990), La philosophie africaine de la période pharaonique : 2780-330 avant notre ère, Paris : l’Harmattan

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