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James Marion Sims : racisme et horreurs à l’origine de la gynécologie

Histoire

James Marion Sims : racisme et horreurs à l’origine de la gynécologie

Par Mathieu N'DIAYE 8 février 2024

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Cet article dévoile les pratiques ignobles de James Marion Sims, le « père de la gynécologie moderne« , et examine comment les femmes noires asservies ont été sacrifié sur l’autel de la science occidentale.

James Marion Sims : génie médical ou architecte de l’horreur ?

J. Marion Sims

James Marion Sims est souvent appelé le « père de la gynécologie moderne » pour ses inventions comme le spéculum vaginal et ses méthodes pour traiter certaines complications de l’accouchement. Cependant, ses recherches ont un côté sombre : elles ont été réalisées sur des femmes esclaves noires sans leur donner d’anesthésie, en partant du principe erroné et raciste qu’elles ne ressentaient pas la douleur.

Malgré les honneurs reçus de son vivant, y compris la présidence de l’American Medical Association et de l’American Gynecological Society, les statues à son effigie posent aujourd’hui question. Peut-on vraiment séparer les contributions scientifiques de Sims de la manière dont il les a obtenues, dans un contexte de racisme et d’exploitation ?

Certains défendent Sims en disant qu’il était simplement un homme de son époque, arguant que les femmes esclaves auraient accepté ces traitements pour soulager leur douleur. Mais cette idée oublie une vérité importante : dans un contexte d’esclavage, le consentement authentique n’existe pas.

Ainsi, bien que James Marion Sims ait apporté des contributions importantes à la médecine, il a également laissé derrière lui un héritage controversé, marqué par l’exploitation. Sa vie nous amène à réfléchir sur l’importance de l’éthique en science : jusqu’où peut-on aller au nom du progrès ?

Les expérimentations de Sims : au carrefour de l’innovation et de l’ignominie

J. Marion Sims

James Marion Sims, né en 1813 en Caroline du Sud, a débuté sa carrière médicale à une époque où les études de médecine étaient bien moins strictes qu’aujourd’hui. Après une formation rapide, il s’est installé à Montgomery, en Alabama, où ses premières interventions ont échoué.

À Montgomery, Sims a bâti sa réputation en soignant les esclaves des plantations. Il a même créé un petit hôpital de huit lits en plein cœur de la zone commerciale. Sims était étroitement lié au commerce d’esclaves. Il réparait les esclaves blessés pour qu’ils puissent continuer à travailler et à être vendus.

Au départ, Sims ne s’intéressait pas spécialement à la santé des femmes. Mais tout a changé lorsqu’il a dû soigner une femme blessée dans une chute. En cherchant à l’aider, il a inventé un outil qui est l’ancêtre du spéculum moderne, utilisé pour examiner l’intérieur du vagin. Cela l’a conduit à développer des traitements pour les fistules vésico-vaginales dès 1845, souvent avec l’accord des propriétaires d’esclaves, ce qui lui donnait un contrôle presque total sur ces femmes.

Dans ses mémoires, James Marion Sims parle de cette époque comme d’une grande réussite, sans mentionner l’exploitation des femmes noires esclaves utilisées comme cobayes pour ses expériences.

La douleur inaudible des victimes de Sims

J. Marion Sims

James Marion Sims disait que ses patientes esclaves demandaient elles-mêmes à être opérées pour soulager leurs douleurs. Mais en réalité, le vrai consentement, c’est aussi pouvoir dire non, et cela, les archives historiques ne nous le montrent pas clairement.

Trois femmes, Lucy, Anarcha et Betsey, sont particulièrement connues parmi les patientes de Sims. Lucy, qui avait 18 ans, a enduré une opération d’une heure, sans aucun vêtement, devant douze médecins, en criant de douleur. Sims a même reconnu qu’elle avait souffert « extrêmement » et a failli mourir à cause de complications après l’opération.

Les techniques de Sims pour réparer les fistules ne se sont améliorées qu’après de nombreux échecs, notamment après avoir opéré Anarcha, une jeune femme de 17 ans, à 30 reprises. C’est après ces longues souffrances qu’il a fini par « perfectionner » sa méthode, qu’il a ensuite utilisée sur des femmes blanches, mais cette fois avec de l’anesthésie.

Sims a choisi de ne pas utiliser d’anesthésie sur ses patientes noires en se basant sur une idée fausse et raciste : il croyait que les personnes noires ne ressentaient pas la douleur de la même manière que les personnes blanches. Cette croyance erronée persiste malheureusement, comme le montre une étude récente publiée en décembre 2023.

Les expérimentations cruelles sur les enfants noirs

Les idées racistes de James Marion Sims ont influencé son travail bien au-delà de la gynécologie. Avant et après ses expériences les plus connues, il a aussi pratiqué des opérations sur des enfants esclaves noirs, essayant de traiter une maladie appelée « trismus nascentium » (une forme de tétanos chez les nouveau-nés), mais sans grand succès. Sims pensait que les Afro-Américains étaient moins intelligents car, selon lui, leur crâne se développait trop vite, et il n’hésitait pas à utiliser des outils rudimentaires pour tenter de « corriger » cela.

Dans les années 1850, Sims déménage à New York et ouvre le premier hôpital pour femmes de la ville, où il continue ses traitements controversés. Quand certaines de ses patientes mouraient, il blâmait « la paresse et l’ignorance » de leurs mères ou des sages-femmes noires, sans jamais remettre en question ses propres méthodes.

Ces agissements ont provoqué de vives discussions de son vivant, y compris parmi d’autres médecins qui trouvaient qu’il allait trop loin.

Vers une médecine éthique : honorer les ombres du passé pour éclairer l’avenir

L’histoire de James Marion Sims nous rappelle les côtés sombres de la médecine, où des avancées ont été obtenues au prix de souffrances inimaginables. En exploitant des femmes et des enfants esclaves pour ses expériences, sans leur consentement et sous prétexte de science, Sims a laissé un héritage entaché par l’éthique douteuse et le racisme.

Il est crucial de reconnaître ces erreurs du passé pour ne pas les glorifier aveuglément, mais plutôt pour apprendre d’elles. Cela nous montre l’importance de toujours questionner les méthodes et les motivations derrière les découvertes scientifiques, surtout quand elles ont causé de la douleur à des êtres humains.

Se souvenir des victimes des expériences de Sims est un devoir, pour honorer leur mémoire et s’assurer que de telles injustices ne se répètent pas. Cela nous engage à poursuivre une médecine qui place l’éthique, le respect et la dignité humaine au cœur de toute pratique.

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