La Révolte des Malês ou le soulèvement des esclaves musulmans de Bahia

Plongez dans l’histoire de la Révolte des Malês de 1835 à Bahia, un moment crucial dans la lutte contre l’esclavage au Brésil. Découvrez les causes, le déroulement et l’impact durable de cette insurrection, et comment elle continue d’influencer la quête de justice et d’égalité dans la société moderne.

Au cœur du 19ème siècle, l’état de Bahia au Brésil fut le théâtre d’un événement marquant qui a profondément influencé l’histoire et la société brésiliennes. En 1835, une révolte d’esclaves, connue sous le nom de Révolte des Malês1, éclata, mettant en lumière les tensions raciales, sociales et religieuses qui couvaient sous la surface de l’Empire du Brésil. Cette insurrection, menée par des esclaves africains, principalement de confession musulmane, a non seulement défié l’ordre établi mais a également laissé une empreinte indélébile sur la lutte pour la liberté et l’égalité. Dans cet article, nous plongerons dans les détails de cette révolte historique, explorant ses causes, son déroulement et son impact durable sur la société brésilienne.

Contexte socio-économique et racial à Bahia avant la révolte de 1835

La Révolte des Malês ou le soulèvement des esclaves musulmans de Bahia
« Un marché à Bahia, Brésil« , dessin de Jean Leon Pallière Grandjean Ferreira représentant des Noirs faisant du commerce à Salvador, Bahia. 1865. wikimedia.org

Au cours des années 1830, une décennie après avoir obtenu son indépendance du Portugal, l’Empire du Brésil était confronté à une crise économique sévère, exacerbée par des disparités sociales et raciales marquées. À Bahia2, et plus particulièrement dans sa capitale Salvador, la société était hiérarchisée de manière rigide. Les sommets de cette hiérarchie étaient occupés par des marchands, des planteurs fortunés, ainsi que des hauts fonctionnaires de l’État et de l’Église, des postes exclusivement réservés aux Blancs. À l’autre extrémité de l’échelle sociale, on trouvait les vagabonds, les mendiants, et surtout les esclaves, catégorie composée uniquement de personnes Noires et Métisses, ces dernières ayant parfois la possibilité d’accéder à un statut social légèrement supérieur.

Parmi la population noire, des distinctions étaient établies. D’une part, il y avait les Brésiliens ou crioulos3, nés sur le sol brésilien, et d’autre part, les Africains, nés sur le continent africain. Les premiers étaient différenciés par leur teint, tandis que les seconds l’étaient par leur appartenance ethnique. Parmi ces groupes, on comptait notamment les Haoussas4, les ‘Angolas5‘ (originaires de la région actuelle de l’Angola), les Jeje6 (Aja-Ewe-Fon), et les Nagos7 (Yorubas), ces derniers étant les plus nombreux. Les tentatives précédentes de révoltes d’esclaves en 1830 et 1831 avaient déjà mis en lumière l’importance de ces groupes dans les mouvements insurrectionnels, comme l’avait noté le consul français de l’époque.

L’Influence et la résilience des musulmans à Salvador de Bahia

La Révolte des Malês ou le soulèvement des esclaves musulmans de Bahia

À l’aube du 19ème siècle, la population d’esclaves musulmans à Bahia, principalement d’origine Mandingue, s’est enrichie de nouveaux arrivants, majoritairement issus de régions de l’actuel Nigéria, incluant des groupes ethniques tels que les Haoussa, les Kanuri8 et les Yoruba9. Suite à l’indépendance du Brésil en 1822, le catholicisme était officiellement établi comme religion d’État, reléguant les croyances des esclaves, qu’elles soient musulmanes ou dites ‘païennes‘, à l’illégalité. Cependant, cette marginalisation n’a pas empêché les musulmans de Salvador de Bahia de se regrouper et de pratiquer leur foi en secret.

La communauté musulmane, composée en grande partie de Nago, Haoussa, Tapa (Nupe)10, et Bornu, a connu une période significative d’islamisation parmi les esclaves durant les années 1830. Leur réputation de ‘magiciens‘, en partie due à l’utilisation d’amulettes et à leur système d’écriture unique, a contribué à cette expansion. Dès novembre 1834, des signes de mobilisation étaient perceptibles, les musulmans de Salvador s’efforçant de rallier les esclaves de la région de Reconcavo11, aux alentours de la capitale de l’État de Bahia, autour de leur cause.

Les motivations derrière la révolte

La Révolte des Malês ou le soulèvement des esclaves musulmans de Bahia

La date du 25 janvier 1835 fut stratégiquement choisie par les insurgés pour lancer leur révolte. Cette date revêtait une signification religieuse double, coïncidant avec la fête du Ramadan, un moment sacré pour les musulmans, et avec la fête catholique de Nossa Senhora da Guia12. Les insurgés espéraient peut-être que le Ramadan les aiderait à éloigner les mauvais esprits. De plus, la célébration de Notre Dame de l’Orientation, particulièrement festive ce dimanche-là, semblait offrir une opportunité pour prendre Salvador par surprise, profitant des festivités organisées par la population blanche de la ville.

Bien que les récits varient, il est généralement admis que la révolte visait principalement les Blancs, sans cibler spécifiquement les métis ou les Noirs brésiliens. La révolte était majoritairement menée par des musulmans, mais elle a également attiré des esclaves non-musulmans, souvent par solidarité ethnique. Beaucoup de ces derniers étaient des Nagos qui pratiquaient le culte traditionnel des Orishas.

Quant aux intentions des esclaves après la prise de Salvador, elles restent sujettes à interprétation. Cependant, selon le témoignage indirect d’une femme impliquée dans la révolte, il semble que leur ambition ultime était de renverser le statu quo et de devenir les ‘maîtres du pays‘, marquant ainsi une rupture radicale avec le système d’oppression et de domination en place.

Le déroulement de la révolte

La Révolte des Malês ou le soulèvement des esclaves musulmans de Bahia

La révolte de 1835 à Bahia fut orchestrée sous la direction d’Aluna (ou Ahuna), un esclave Nago exerçant la profession de vendeur d’eau. Suite à une punition et un exil temporaire dans la région de Reconcavo pour sa popularité parmi les autres esclaves, Ahuna retourna à Salvador peu avant le 25 janvier. Alors que les festivités de Notre Dame de l’Orientation battaient leur plein dès le 24 janvier, des rumeurs d’une insurrection imminente commencèrent à circuler. Les premiers avertissements parvinrent aux autorités par l’intermédiaire d’un esclave noir affranchi et de sa femme, ainsi que d’une autre informatrice, compagne de l’insurgé Nago nommé Vitorio Sule, qui perdit la vie dans les premiers affrontements.

La révolte éclata chez Manoel Calafate, un esclave affranchi, et les insurgés, vêtus de tenues traditionnelles musulmanes et munis d’amulettes, se dispersèrent dans plusieurs directions. Malgré quelques succès initiaux lors de deux confrontations, l’insurrection fut finalement réprimée par les forces loyalistes, mieux armées et montées. Les insurgés, principalement équipés d’armes blanches et en infériorité numérique en termes d’armes à feu, furent soit tués, soit capturés, soit parvinrent à s’échapper. La révolte ne parvint pas à s’étendre au-delà de Salvador. Plus de 70 insurgés perdirent la vie cette nuit-là, certains choisissant le suicide plutôt que la capture. Du côté des forces loyalistes, 9 soldats furent tués.

Dans le sillage de la révolte, une répression brutale s’abattit sur la communauté africaine de Bahia. Les autorités s’efforcèrent de « désafricaniser » la région et de l’intégrer dans une identité nationale plus européenne. Des participants à la révolte furent exécutés, d’autres condamnés à la prison, au travail forcé, ou à des châtiments corporels. De nombreux Noirs impliqués ou soupçonnés furent déportés vers le Nigeria, le Bénin, le Togo et le Ghana par les autorités brésiliennes, devenant les ancêtres des Agudas modernes.

Leçons de la Révolte des Malês : vers un avenir de justice et d’égalité

En conclusion, la Révolte des Malês de 1835 à Bahia représente bien plus qu’un simple épisode de l’histoire brésilienne. Elle symbolise la lutte incessante pour la liberté, l’égalité et la reconnaissance des droits fondamentaux. Les échos de cette insurrection résonnent encore aujourd’hui, rappelant l’importance de comprendre notre passé pour construire un avenir plus juste. Les leçons tirées de la révolte de Bahia nous incitent à réfléchir sur les dynamiques sociales et raciales actuelles, et sur la manière dont nous pouvons, ensemble, œuvrer pour une société où la dignité et le respect de chacun sont au cœur de nos valeurs. Que l’histoire de la Révolte des Malês continue d’inspirer et de guider les générations futures dans leur quête d’un monde plus équitable et harmonieux.

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Notes et références

Bibliographie
João José Reis  Slave rebellion in Brazil : the Muslim uprising of 1835 in Bahia
Pierre Verger Flux et reflux de la traite des nègres entre le Golfe de Bénin et Bahia de Todos Os Santos du XVIIe au XIXe siècle

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