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La religion traditionnelle haoussa (19/08/21)

Culture

La religion traditionnelle haoussa (19/08/21)

Par Sandro CAPO CHICHI

Les Haoussa sont un des peuples numériquement les plus importants d’Afrique. S’ils sont souvent islamisés aujourd’hui, la religion traditionnelle haoussa subsiste encore de nos jours. Elle présente de nombreuses similarités avec les religions de l’ensemble du continent, de celle de l’Egypte ancienne au vodun, en passant par le culte des Orishas yoruba.

Les Haoussa

Les Haoussa sont un peuple principalement établi au nord de l’actuel Nigéria et au sud du Niger. En tant que groupe ethnique, ils sont au nombre d’environ 45 millions. Ce nombre est en constante expansion en raison du statut véhiculaire de leur langue qui est parlée par plus de vingt millions de personnes qui ne la considèrent pas comme langue maternelle.

Historiquement, les Haoussa sont connus pour avoir été organisés autour de plusieurs états parmi lesquels: Biram, Daura, Gobir, Kano, Katsina, Rano et Zaria. Les habitants de certains de ces états ont commencé à être islamisés au 14ème siècle. Au 19ème siècle, le jihad d’Usman dan Fodio consolida la présence de l’Islam en pays haoussa. A côté de cette religion est toutefois toujours pratiquée une religion traditionnelle chez les Haoussa.

L’être suprême dans la religion traditionnelle haoussa

La religion traditionnelle haoussa est communément appelée Maguzanci (‘la voie des Maguzawa’=païens, souvent au Nigeria), Azna (souvent au Niger) ou Bori. L’être suprême, du fait de l’influence musulmane, est souvent appelé Allah.

Bien qu’il y soit l’Être Suprême, Allah est dans la religion traditionnelle haoussa considéré de la même manière que dans nombre d’autres religions traditionnelles africaines.  On l’y conçoit comme étant distant et relativement désintéressé du quotidien des humains. Ceux-ci communiquent avec les iska, les divinités, notamment avec les sacrifices et la possession. L’utilisation d’un mot ou d’une expression d’étymologie étrangère pour désigner l’être suprême transcendant typique des religions traditionnelles africaines n’est pas sans rappeler le vaudou haïtien ou Bondyé n’interfère pas directement dans la vie des hommes.

Un des noms indigènes de l’être suprême était Ubangiji, qui signifie ‘le maître’, lit.: le possesseur de serviteurs.

De nombreux auteurs, à commencer par Palmer (1936) ont mis en évidence le fait qu’existait autrefois à Kano, une divinité ou un être suprême appelé Amane, et l’ont comparé à l’Egyptien Amon, faisant remarquer qu’il existait aussi ‘un bélier de pierre’ à Kano, ‘comparable à ceux que l’on trouve à Karnak ou ailleurs en Egypte’.

Si ces comparaisons ne relèvent pas de la méthode comparative et ne peuvent donc pas être considérées comme prouvées, il faut remarquer que des noms d’êtres suprêmes et de divinités en Afrique ont souvent une forme qui ressemble ou ressemblait à celle d’Amon. C’est notamment le cas, chez des populations voisines des Haoussas fortement islamisées comme les Kanuri.

Comme l’a rappelé Palmer (1936), dans l’Empire de Kanem-Bornou, c’est avec la destruction d’un objet ne pouvant être ouvert, le Mune, que s’est établie de manière rigoriste la religion musulmane. Le nom du Mune rappelle phonétiquement celui d’Amon et le fait qu’il ne puisse pas être ouvert rappelle l’étymologie du nom Amon, qui signifie ‘le caché’.

Le bori

Le terme bori est utilisé pour faire référence à la possession d’un adepte. Bori peut aussi, par extension, faire référence à une divinité, voire à la religion traditionnelle haoussa dans son ensemble.

Un des sens primitifs de Bori fait référence à une partie immatérielle de l’être humain qui peut le posséder à l’instar d’une divinité. De cette capacité à posséder l’être humain est notamment venue l’utilisation du terme bori pour signifier ‘divinité’ à côté du terme iska.

Lors de la possession, on dit que l’adepte est chevauché par l’iska ou le bori, une image très répandue parmi les cultes africains traditionnels du continent comme des Amériques comme l’a montré Greenberg (1946).

Le terme bori se retrouve chez des populations en contact historique avec les Haoussas comme les Mandingues et les Peuls qui disent boli. Des linguistes ont montré que bori avait vraisemblablement une origine commune avec le ba, notion ontologique des Egyptiens anciens décrite comme l’âme volatile.

A cause de son sens plus large de religion et de divinité, il a aussi été présenté comme partageant une origine commune  au terme Ewé-Aja-Fon-haïtien vodu(n) (Skinner 1996).

Le boka

Un autre mot possédant une origine commune avec un mot Ewé-Aja-Fon-haïtien, en l’occurrence boko(non), est le mot boka qui fait référence au médecin traditionnel haoussa. Celui-ci est généralement doué dans l’exercice de guérison à partir des plantes et de la divination.

Le kurwa

Le kurwa est une autre partie immatérielle de l’être humain chez les Haoussas. Elle est susceptible d’être dévorée par des sorciers. Contre ces pratiques sont souvent sollicités les boka. Le mot kurwa possède une origine commune avec le mot égyptien k3 ‘force vitale’, même si le sens des deux est aujourd’hui un peu différent (Takacs 1999). Les deux partagent également une origine commune avec l’akan kra~kla (et l’éwé kla), qui comme l’a montré Meyerowitz, a exactement le même sens que le mot égyptien.

Des exemples de divinités haoussas

Parmi les divinités haoussas, on compte Inna, la mère de tous les iska. Associée aux Peuls et à l’agriculture, elle est extrêmement crainte et sa colère est considérée comme étant la cause de la crainte du vol chez de nombreux adeptes de la religion traditionnelle haoussa.

Une autre divinité importante est Gajimari. Il est conçu par les pratiquants comme l’arc-en-ciel prenant la forme d’un serpent. Cette conception est très proche de celle des Yoruba, des Aja-Ewé-Fon et des Haïtiens qui l’appellent Oshumare, Dan ou Danballa. Le nom yoruba Oshumare partage une origine commune avec Gajimari (Greenberg 1946).

Dans la ville de Kano, au début du vingtième siècle, Gajimari a été décrit comme étant l’époux de Ra, la déesse du tonnerre. Dans une autre étude, Ra a été décrite comme étant la maîtresse du soleil (Frobenius 1914). Le mythe qui la décrit comme telle présente de nombreuses similarités avec des mythes rapportés ailleurs sur le continent africain: il met en scène le bélier comme étant associé au soleil.

Lire aussi: Le mythe du bélier solaire chez les Kabyles

Il peut être tentant de rapprocher Ra, la maîtresse du soleil, de rana, le mot pour le soleil en haoussa de l’égyptien Re, divinité solaire égyptienne pharaonique. Toutefois, contrairement aux apparences, le mot rana n’a rien à voir avec le nom de la divinité Ra, ni avec l’égyptien Re.

Ra, qui comme on l’a vu est associé à la fois au soleil et au tonnerre pourrait plutôt être rapproché de la divinité yoruba ara, qui combine les deux associations; celle du tonnerre étant principale, d’autant plus que Ra est associée maritalement à Gajimari, qui comme on l’a vu est cognat avec le Yoruba Oshumare.

La religion traditionnelle haoussa et les femmes

Comme dans le vodun, la prêtrise dans la religion traditionnelle haoussa est en majorité une activité féminine. Devant l’avancée du rigorisme islamique dans la région, la pratique de ses cultes par des femmes ont été décrits comme des stratégies d’émancipation féminine. On peut aussi noter que dans la religion traditionnelle haoussa, la structure du panthéon est parallèle à l’organisation politique des royaumes haoussas précoloniaux. Ainsi, au roi-dieu responsable de l’ordre cosmique correspond l’être suprême créateur et garant du cosmos, qui comme lui est de sexe masculin; les deux personnages, comme ailleurs en Afrique sont physiquement distants de leurs sujets. De même, la partenaire de règne du roi-dieu est une femme et correspond à la principale divinité du panthéon, qui est, comme on l’a vu de sexe féminin.

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