Brown Sugar Night #3

L’investissement immobilier comme outil d’émancipation

Entrepreneuriat

L’investissement immobilier comme outil d’émancipation

Par Anne Rasatie

Dans cet entretien passionnant, Mâra nous expose à quel point il est important d’être dans une optique d’investissement. Ces constats de professionnelle de terrain questionnent la représentation que se fait la communauté de l’accès à la propriété. Au-delà des peurs et de l’absence de modèles d’investissement immobilier au sein de nos propres familles, c’est de notre émancipation dont il s’agit. Comme le dit si bien l’experte: « Pour être plus fort et inatteignable, il faut être propriétaire du sol ».

Depuis plus de 20 ans, Mâra s’investit dans la communauté. Après plusieurs années de marketing, d’organisation d’événements, d’entrepreneuriat, elle s’est lancée un énième défi: la construction immobilière. Il y a quatre ans, elle intègre la société LDT (les Demeures Traditionnelles), constructeur de maisons individuelles depuis 1945; afin d’accompagner les personnes désireuses de sauter le pas et d’accéder à la propriété. À force de travail, de passion et de résultats plus que positifs pour ses clients et l’entreprise qui l’emploie, Mâra devient l’une des numéros un de l’agence.

Bonjour Mâra. Comment êtes-vous arrivée dans l’immobilier et pourquoi ?

L’immobilier c’est un vaste domaine. On pourrait parler de l’ancien, les appartements, de la négociation de biens…Moi je suis dans une branche où je peux accompagner des personnes qui souhaitent acquérir leur première résidence principale ou faire de l’investissement immobilier. Et je me suis spécialisée dans un secteur où il y a beaucoup d’hommes, qui est la construction. J’y suis arrivée par « accident » parce que moi-même j’ai fait construire ma maison et j’ai vécu l’enfer. Quand on est mal accompagné, c’est très fastidieux, très compliqué. Et de cette mésaventure, je suis devenue experte en construction de maison individuelle.

Quelle est votre fonction ? Comment se passe le projet avec le client ?

Je suis mandataire agréée. Donc j’ai la casquette de constructeur, de la construction classique au sur-mesure de maisons qui vont jusqu’à 400m2 habitables, mais je suis aussi à l’aise avec de petites constructions que de très grandes. On part d’une feuille blanche sur laquelle on va décomposer les souhaits du client et je vais l’accompagner du début à la fin, jusqu’à la dernière pierre et je livre la maison au client. Pour cela, je travaille dans un bureau d’études avec une dizaine de dessinateurs. À partir du moment où la construction dépasse 150m2 habitables, on travaille avec un architecte, c’est la loi. Ensuite on chiffre la maison, et là aussi, j’accompagne le client sur la partie financement et la recherche de fonds pour que le projet puisse voir le jour. On dépose les permis de construire, et commence la partie « construction » qui varie en fonction de la taille du logement entre 12mois et 17 mois.

La communauté noire est-elle dans cette démarche d’accès à la propriété ?

J’avais une vingtaine d’années lorsque j’ai acheté mon premier appartement dans le 18e arrondissement. J’ai été contrainte d’acheter, car lorsque j’ai voulu louer, j’ai été confrontée au racisme de plein fouet ! « Les cuisines, les odeurs… ». J’avais tellement été ulcérée de ses remarques que mon associé de l’époque m’avait dit « achète ton appartement ! pourquoi tu veux devenir locataire alors que tu as les moyens de devenir propriétaire ?». Mais j’étais à des années-lumière de penser comme ça, car on ne m’avait pas élevée avec l’optique d’être propriétaire de l’endroit où on vit. C’est comme cela que j’ai acheté mon premier appartement que j’ai revendu ensuite et j’ai incité ma sœur à faire de même lorsqu’elle a eu 21 ans. Pourquoi ? Parce qu’elle commence sa vie professionnelle et dans 10 ans, quand elle aura envie de fonder sa famille, ce sera son capital. Aujourd’hui, elle vit avec sa famille dans son propre logement.

Pourquoi est-ce important de faire construire?

Il faut que nous soyons propriétaires, parce que ça nous donne une force et une reconnaissance. Il peut pleuvoir ou faire beau, on est chez nous ! Lorsqu’on est propriétaire de son lieu de vie, on a une stabilité. J’ai plaisir à accompagner les personnes de la communauté dans ce projet, car comme je leur dis « c’est votre capital, c’est votre épargne de demain ». Vous pourrez décider de revendre pour partir au pays ou le mettre en location, mais au moins, vous avez un socle réel.

Quelles sont les réticences que vous remarquez ?

Ça fait peur ! Les choses deviennent simples quand on a des modèles. C’est comme pour tout, si on connait quelqu’un qui l’a déjà fait, on peut lui demander conseil. Mais c’est seulement avec nous, seconde et troisième générations qu’on arrive à penser à la construction ou à l’achat. On a soit des exemples désastreux, soit des expériences ratées, alors que d’être accompagné, ça rassure et c’est possible. D’autres se disent, « ce n’est pas pour moi, je n’ai pas les moyens » alors qu’il suffirait d’être bien accompagné avec un courtier pour obtenir l’enveloppe qu’il faut pour accéder à la propriété. Donc je pense que c’est le manque d’information, d’accompagnement et de modèles qui rendent les personnes réticentes à se lancer.

Quelles démarches doit-on suivre pour faire construire ?

Avant tout, lancez-vous ! Ensuite, il faut être bien accompagné, car la première étape, ce sont les finances : aller voir un courtier ou sa banque et d’établir une simulation bancaire de sa capacité d’investissement. à partir de là, on sait ce qu’on peut faire et où on peut le faire. Une fois cette étape déterminée, il faut aller voir des personnes qui ont l’expérience dans son réseau et ne pas se limiter à ceux qui ont eu de mauvaises expériences. L’agence dans laquelle je travaille offre ce genre de conseils et il n’y a pas de jugement de valeur. On ne va pas juger quelqu’un qui a envie de laisser quelque chose à sa famille, au contraire, je respecte ces personnes. Il faut qu’on sorte de ce sentiment d’infériorité en voulant se comparer aux autres. Pour certains, je peux par exemple proposer dans un premier temps une construction d’appartement plutôt qu’une maison en fonction du budget et après le revendre pour faire une maison. C’est à moi de m’adapter et de trouver les solutions qu’il faut.

Comment se passe votre travail au sein d’un secteur majoritairement masculin et blanc ?

Je suis dans un milieu d’hommes et je me bats pour garder ma féminité, même si je dois parfois taper du poing sur la table. Depuis quatre ans que j’y travaille, je suis la seule femme noire sur les 300-400 personnes qui m’entourent. Et puis, je dois casser des stéréotypes qui me dérangent. Beaucoup de personnes se font rouler. Ma place, je l’ai faite par le travail, la passion et parce que j’apporte des dossiers bien gérés du début à la fin. Je démontre qu’il faut arrêter de mettre les gens dans des tiroirs et défaire les jugements de valeur. Aujourd’hui, la réalité du marché c’est que ce sont les familles d’origines arabes, antillaises et africaines qui construisent, c’est-à-dire, des personnes qui ont des familles! Après, il y a des personnes qui ont de gros budgets et souhaitent se faire plaisir, mais ils ne sont pas majoritaires. Après quatre années dans la construction de maisons individuelles, je remarque que ces personnes ne se font pas respecter et on leur propose des maisons de très mauvaise qualité parce qu’ils se disent que « Monsieur Keïta, Mr Diallo ou Mr Sisoko » ne dira rien ! À toutes ces personnes, je dis stop ! Vous pouvez avoir mieux au même prix si vous êtes bien accompagnés ! Je veux briser cette méfiance qu’il y a et leur dire qu’ils paient, ils ont donc droit à la qualité !

 

Vous l’aurez compris « il faut que nous soyons propriétaires »!

Si vous souhaitez contacter Mâra, voici ses coordonnées:

Tél: 07 68 89 25 20
Fixe: 09 53 19 93 37
Mail: marina.marville.maisonsldt@gmail.com

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