CULTURE

Une couronne dorée du 18ème siècle enfin restituée à l’Ethiopie

Protégée par pendant 21 ans par un Ethiopien vivant aux Pays-Bas, une couronne dorée du 18ème siècle a officiellement été restituée à son pays d’origine.

Par Sandro CAPO CHICHI / nofi.media

L’Ethiopie, un pionnier des restitutions des oeuvres mal-acquises en Afrique

On présente souvent, dans le monde francophone, la République du Bénin comme étant à l’avant-garde du combat des restitutions d’oeuvres d’art mal-acquises durant la colonisation. Bien avant le Bénin toutefois, l’Ethiopie s’est distinguée par des campagnes similaires de restitution. Le résultat ne fut pas le même qu’ au Bénin. Ce dernier pays a en effet a récemment fait savoir qu’il n’était pas prêt à recevoir les objets qu’il avait demandés (!). Les campagnes éthiopiennes ont en effet parfois rencontré le succès. Ce fut notamment le cas en 2005. Une obélisque d’Axoum, victime d’un pillage suite à l’invasion fasciste de l’Ethiopie par Mussolini y fit finalement l’objet d’une restitution à l’Ethiopie.

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Le trafic d’art, un autre obstacle à la présence des oeuvres d’art africaines sur le continent

Ces dernières années, un certain discours médiatique africain a largement imputé la présence d’oeuvres africaines sur le continent aux pillages coloniaux. La situation est évidemment plus complexe. Nombre des oeuvres africaines  en Europe le sont par le biais d’un autre procédé tout aussi criminel. Ce procédé est celui du trafic d’art.  Au Mali par exemple, des sites archéologiques comme Jenne-Jenno sont souvent victimes de pillages par des populations locales. La demande sur le marché de l’art conduit les pilleurs à mettre en place des stratégies  de contrebande dignes de narcotrafiquants en Amérique latine pour s’enrichir.

La découverte inattendue d’une couronne

C’est probablement ce sort qui semblait devoir être réservé à une couronne éthiopienne datant du 18ème siècle. Sirak Asfaw a fui l’Ethiopie dans les années 70 pour les Pays-Bas. Il découvrit la couronne en 1998 dans les affaires d’un compatriote qu’il hébergeait.  Asfaw la cacha alors dans son appartement de Rotterdam. Il souhaitait ne la rendre qui si elle devait être rendue en toute légalité  à son pays d’origine.  A l’époque toutefois, l’Ethiopie est dans une période d’instabilité politique. Il préféra donc attendre. Lorsque l’Ethiopie signa un accord de  paix avec l’Erythrée en 2018, Asfaw jugea la situation suffisamment stable.

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Une couronne du 18ème siècle du nord de l’Ethiopie

Dans une perspective d’identification et de restitution de l’oeuvre, Sirak Asfaw consulta un célèbre détective d’art néerlandais Arthur Brand. Ce dernier a contacté le gouvernement néerlandais afin de préparer la restitution de l’objet. Des historiens de l’art l’identifièrent ensuite. Il s’agit d’une véritable couronne du 18ème siècle, ornée de cuivre doré. Elle fait partie d’une trentaine d’ autres couronnes de ce type que les Ethiopiens du nord appellent zewd. Elle aurait été la possession d’un puissant chef de guerre local, Wolde Sellase. Dans le cadre d’un rituel attesté depuis la fin de l’antiquité, celui-ci l’aurait offerte à une église près de la ville de Mekelle, dans le nord du pays. C’est de là qu’elle aurait été dérobée.

La couronne figure des représentations de Jésus Christ et de ses apôtres. Son retour en Ethiopie a été officialisé le 20 février 2020. A Addis Abeba, la capitale du pays depuis Sirak Asfaw a posé en rendant la couronne au Premier Ministre Abiy Ahmed.

couronne

Sirak Asfaw et le Premier Ministre éthiopien Abiy Ahmed
Crédit: AFP

L’exposition de l’oeuvre dans le musée national d’Addis Abeba pourra montrer, on l’espère, à tous les visiteurs du ‘pays des origines’ autre chose que l’objet lui-même. Que le seul pays africain à ne pas avoir subi la colonisation européenne est aussi un modèle de résilience et de résistance contre le vol de son patrimoine.

 

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